Les Pardaillan - Livre III - La Fausta
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:
Le dernier mot s’étrangla dans sa gorge. Son visage devint livide, comme s’il eût été frappé d’un mal foudroyant. Sa bouche ouverte pour jeter un cri d’épouvante ne laissa passer aucun son. Ses yeux exorbités venaient de se fixer sur la deuxième condamnée qu’on traînait à son bûcher.
– À l’autre! hurlait le peuple.
Et cette autre, Guise la voyait! Guise affolé, frappé de stupeur et d’horreur, la reconnaissait!… Cette autre, vêtue aussi de la longue tunique blanche, c’était celle qui hantait ses rêves, dont l’image vivait en lui, celle qu’il aimait enfin d’une passion irréfrénable, c’était Violetta!…
Toute blanche dans sa robe blanche, auréolée de ses cheveux d’or, elle marchait, sans comprendre peut-être, et ses yeux d’un bleu presque violet erraient avec une douceur étonnée sur ce peuple qui hurlait la mort. Tout à coup, elle vit le gibet! Elle vit le bûcher! Elle vit le corps de Madeleine qui tournoyait dans les flammes. Elle eut un geste d’indicible terreur et elle se raidit…
Guise poussa un rauque soupir. Comment Violetta était-elle là, près du bûcher, à la place de Jeanne Fourcaud! Il ne se le demanda pas. Il ne vivait plus. Il n’y avait plus en lui qu’une pensée: la sauver! la sauver à tout prix! Il se souleva à demi, prêt à jeter un ordre…
– Qu’allez-vous faire? gronda à son oreille une voix qu’il reconnut.
Guise se tourna, hagard, vers Fausta, et incapable de prononcer un mot, d’un geste fou, lui montra Violetta.
– Je sais! dit Fausta avec une effrayante froideur. Elle est condamnée. Il faut qu’elle meure…
– Non, non! haleta Guise.
– Sauvez-la donc, si vous pouvez!… Insensé! Ne comprenez-vous pas que l’amour de ce peuple pour vous va se changer en haine! que si vous lui arrachez une Fourcaude, vous n’êtes plus le fils de David, le pilier de l’Église! que vous devenez le champion de l’hérésie! qu’on ne vous portera pas au Louvre, mais à la Seine!… Allons, levez-vous! donnez l’ordre qui va sauver la damnée! Et vous allez voir comment Paris exécute ces ordres-là!…
Guise retomba sur son fauteuil!… Il ne jeta pas l’ordre sauveur!… Il trembla pour sa royauté, pour sa vie!… Blême, secoué d’un tremblement convulsif, il baissa la tête et murmura seulement:
– Oh! c’est affreux! Je ne veux pas voir!…
Et il ferma les yeux.
Fausta recula de deux pas, un terrible sourire éclaira son visage et elle murmura:
– J’ai vaincu!…
À cette seconde, des vivats, des applaudissements frénétiques éclatèrent dans la foule; une bande, impatiente sans doute de brûler la deuxième Fourcaude, venait de se ruer sur les gardes qui entraînaient Violetta… Fausta jeta un cri d’effroyable détresse…
À la tête de cette bande, elle venait de reconnaître un homme qui fonçait tête basse, entrait comme un coin dans la multitude, parvenait jusqu’à Violetta et la saisissait. Et cet homme, c’était Pardaillan!…
Le chevalier de Pardaillan et le fils de Charles IX s’étaient élancés de l’auberge de la Devinière, suivis de Picouic. Quant à Croasse, ce départ rapide, les armes à la main, ne lui avait rien présagé de bon, et fidèle à ses habitudes de prudence, il s’était tout simplement renfermé dans la chambre du chevalier en murmurant:
– S’il doit y avoir bataille, autant vaut-il que ce soit ici. Moi, d’abord, j’aime à être seul quand je me bats, depuis que j’ai découvert que j’étais brave.
– Cher ami, disait Charles en courant près de Pardaillan, je me sens revivre puisqu’elle vit. Mais où est-elle? Ah! pour la conquérir, je tiendrais tête à tout Paris!…
– Tant mieux, monseigneur, tant mieux! dit Pardaillan d’une voix singulière. Je ne sais si mon instinct me trompe, mais il me semble flairer une odeur de bataille, et j’ai des fourmillements dans le sang, comme toutes les fois que j’ai eu à en découdre…
– Nous allons donc nous battre?
– Je ne sais… Mais courons toujours.
– Qu’allons-nous faire sur la place de Grève?
– Vous voulez que je vous le dise? dit le chevalier en précipitant sa course.
– Je vous en prie.
– Eh bien, je crois que nous allons voir Violetta!…
Charles pâlit, étouffa un cri, et bondit d’un élan de tout son être.
– Oh! reprit-il au bout de quelques minutes, entendez-vous, Pardaillan?
– Oui! fit le chevalier en frémissant. Je reconnais ces rumeurs-là. Je les ai entendues déjà deux ou trois fois dans ma vie. Et à chaque fois que j’ai entendu Paris pousser de ces grognements, c’est que Paris allait commettre un crime…
– Un crime!… Pardaillan, vous avez appris quelque chose que vous me cachez!…
Pour toute réponse, le chevalier, grommela un juron et précipita sa marche. Que pensait-il? Que redoutait-il? Rien de précis. Il courait à la place de Grève parce que Fausta lui avait donné rendez-vous sur la place de Grève, en prononçant le nom de Violetta.
Lorsqu’ils débouchèrent, haletants et couverts de sueur, sur la place où roulait le flot tumultueux, d’où montaient des hurlements et des acclamations, Pardaillan s’adressa au premier bourgeois venu:
– Que se passe-t-il?…
– Ne le savez-vous pas? on va pendre et brûler les damnées Fourcaudes en présence de Mgr de Guise.
– Ouf! ne put retenir Pardaillan. Ce n’est pas elle qu’on va tuer!…
– Elle! haleta le jeune duc en pâlissant. Qu’aviez-vous donc pensé?…
– Vous êtes sûr, dit Pardaillan au bourgeois, qu’il s’agit des Fourcaudes?
– Parbleu!…
– Et combien sont-elles?…
– Deux: Madeleine et Jeanne.
– Pauvres filles! murmura Pardaillan en se reprochant le mouvement de joie qu’il venait de ressentir.
– Pardaillan! murmura Charles. Au nom du ciel, que soupçonnez-vous donc?…
– Rien maintenant, rien. Je soupçonnais… mais à quoi bon?… Et pourtant! se reprit-il tout à coup.
– Allons-nous-en, si vous ne soupçonnez rien, reprit Charles. Ces spectacles me font un mal affreux.
– Avançons au contraire! dit Pardaillan.
Et aussitôt, se mettant à jouer des coudes et des épaules, il s’avança vers les bûchers surmontés de leurs potences.
– Bonjour, monsieur le chevalier, dit tout à coup près de lui une voix féminine.
Pardaillan considéra attentivement la jeune femme fardée qui venait si hardiment de le saisir par le bras.
– Où diable vous ai-je vue, mignonne?
– Quoi! vous ne vous souvenez pas de l’Auberge de l’Espérance ?. La soirée où vous vîntes voir la bohémienne qui disait la bonne aventure?… Vous m’avez donné deux écus, et moi je vous ai donné… mon adresse.
– Loïson! fit le chevalier avec un sourire.
– Ah! vous vous rappelez mon nom! s’écria gaîment la ribaude.
Une rafale de hurlements interrompit Loïson… C’était Guise qui, à ce moment, débouchait sur la place avec sa royale escorte et allait, au milieu des acclamations, s’installer sur l’échafaud.
– Et que fais-tu ici? reprit Pardaillan attendri par le regard de gratitude admirative de la ribaude.