La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]
- Автор: Duneton Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Éditions Livre de Poche
- ISBN: 978-2253027041
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]». Краткое содержание книги:
Pourquoi dit-on lorsqu'on ne sent pas bien, qu'on n'est pas dans son assiette, ou au contraire qu'on reprend du poil de la bête si l'on va mieux ? Pourquoi passer l'arme à gauche veut-il dire « mourir » et mettre à gauche « faire des économies » ?…
Ce livre a pour objet de répondre à toutes ces questions. Ce n'est pas un dictionnaire mais un récit, écrit à la première personne par un écrivain fouineur, sensible à l'originalité du langage.
Un récit alerte, souvent drôle, qui mêle l'érudition au calembour, mené à la manière d'une enquête policière et qui aiguillonne à vif la curiosité du lecteur.
En 1622, l’objet était encore tout à fait dans le vent : « La voilà damoiselle mariée à un homme de qualité, et porte les colets montez a quatre et cinq estages, les cotillons de satin à fleurs ! » dit une des visiteuses de L’Accouchée. Pourtant, même en pleine vogue, ce parement semble avoir contenu une certaine pruderie qui portait en germe le succès futur de l’expression ; une autre visiteuse remarque ainsi : « Si aujourd’huy une passementière porte un colet monté à cinq étages, elle le fait pour une considération qui est très bonne, sçavoir, afin qu’on ne puisse atteindre à son pucelage, qu’elle met et constitue au dernier estage de son colet. » Une autre ajoute : « Pourveu que vous ne touchiez point au colet ; vous estes le plus galand cavalier du monde ; mais, si une fois vous avez rompu un rang de passement vous perdez toute l’estime qu’on avait de vous auparavant[190]. »
C’est que ça devait être fragile, ces échafaudages ! Un peu trop précieux même pour autoriser les plus menues galipettes !
Servir de chaperon
À la même mode appartient le chaperon, bien qu’il soit plus ancien que le collet. Au Moyen Âge c’était la coiffure qui allait avec la chape (voir p. 386) — un des anciens proverbes dit : « Qui a fait la chape doit faire le chaperon. » Le mot désigne aussi le capuchon de cuir qui enveloppe la tête de l’oiseau de proie pendant les déplacements, et qui l’empêche d’être effrayé.
Au début du XVIIe il était devenu une « coiffure de tête qui avait un bourrelet sur le haut et une queue pendante sur l’épaule. » Il suivit, dans le même temps, le même sort que le collet monté. En 1666, dans Le Roman bourgeois, Furetière constate sa disparition : « C’est là [l’église des Carmes] que, sur le midy, arrive une caravane de demoyselles à fleur de corde[191], dont les mères, il y a dix ans, portoient le chapperon, qui estoit la vraye marque & le caractère de la bourgeoisie, mais qu’elles ont tellement rogné petit à petit, qu’il s’est evanouy tout à fait. »
Littré définit le chaperon de naguère comme une « personne âgée ou grave qui accompagne une jeune femme par bienséance, et comme pour répondre de sa conduite ; locution prise — ajoute-t-il — de ce que cette personne couvre, protège, comme un chaperon. »
Cela se comprend, mais je ne suis pas sûr qu’il n’y ait pas eu aussi dans l’expression l’image du collet monté, comme le dit plus haut Furetière, d’une « vieille femme critique, un grand chaperon. »
Le travail
Ici et en Espagne, mal vit qui ne gagne.