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Les Pardaillan - Livre IV - Fausta Vaincue

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre IV - Fausta Vaincue». Краткое содержание книги:

Fausta vaincue est la suite de La Fausta, la subdivision en deux tomes ayant été faite lors de la publication en volume, en 1908. Nous sommes donc toujours en 1588, sous le règne d'Henri III, en lutte contre le duc de Guise et la Sainte ligue, le premier soutenu par Pardaillan, et le second par Fausta… Sans vous dévoiler les péripéties multiples et passionnantes de cette histoire, nous pouvons vous dire que le duc de Guise et Henri III mourront tous deux (Zévaco, malgré son imagination, ne peut changer l'Histoire…), et que Pardaillan vaincra Fausta…
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Un judas s’entrouvrit, à travers lequel le frère portier lui demanda ce qu’il voulait, l’informant aussitôt qu’on ne recevait ni pèlerins, ni voyageurs dans ce couvent – ce qui était vrai.

Mais Pardaillan ayant répondu qu’il ne venait ni faire une neuvaine ni demander l’hospitalité, mais qu’il venait simplement faire visite à un révérend père, le portier l’informa alors qu’il était interdit aux moines de communiquer avec les laïcs – ce qui n’était pas vrai. Enfin, Pardaillan d’abord désappointé ayant fini par prononcer le nom de frère Jacques Clément, le portier, avec un empressement qui parut bizarre à Pardaillan, ouvrit la porte et le pria d’entrer.

– Et mon cheval? demanda Pardaillan.

– N’en ayez souci. Cette digne bête va être conduite à l’écurie de notre très révérend prieur où elle se trouvera en bonne et sainte compagnie.

– Amen! fit le chevalier en éclatant de rire.

– Veuillez attendre dans ce parloir, reprit le moine ébahi. Notre bon frère Clément va être prévenu.

Et le frère portier partit en toute hâte, laissant le visiteur sous la surveillance d’un frater ad succurrendum qui l’aidait dans ses fonctions. Seulement, ce ne fut pas vers la cellule de Jacques Clément qu’il se dirigea, mais vers l’appartement du prieur Bourgoing à qui il raconta qu’un laïc, un homme de guerre, voulait voir le frère Clément.

Bourgoing ne douta pas un instant que ce visiteur ne fût un Homme envoyé dans le but de s’aboucher avec Jacques Clément en vue du grand œuvre, c’est-à-dire l’assassinat d’Henri III. Il donna donc l’ordre non pas de faire venir frère Jacques au parloir, mais bien de conduire le visiteur à la cellule du révérend. Le digne prieur se promettait bien d’ailleurs d’aller examiner de près cet inconnu, et d’assister sans se faire voir à l’entretien qu’il aurait avec Clément.

Il faut ajouter que ces allées et venues avaient peu surpris Pardaillan, et qu’il n’y avait prêté qu’une médiocre attention. Lorsque le frère portier revint donc lui annoncer qu’il était autorisé à pénétrer dans le couvent et allait être conduit à la cellule du révérend, il se contenta donc de remercier d’un signe de tête et se mit à suivre le moine qui le conduisait. Après de nombreux tours et détours, ce moine s’arrêta devant la porte entrebâillée d’une cellule et dit:

– C’est ici, vous pouvez entrer, mon frère…

Pardaillan poussa la porte, entra, et vit Jacques Clément qui, assis à une petite table, écrivait. Jacques Clément comme nous l’avons dit, jouissait de faveurs et de libertés qui n’étaient pas accordées aux autres moines. Il pouvait notamment écrire à sa guise et avoir dans sa cellule de l’encre et du papier.

Lorsque le chevalier entra, le moine se retourna, l’aperçut, cacha précipitamment sous un livre ce qu’il écrivait, et une vive rougeur envahit ses joues pâles. Il se leva et s’avança vers Pardaillan les mains tendues.

– Que Dieu soit loué, dit-il de cette voix de profonde sensibilité comme en ont les gens que mine quelque maladie et dont la nervosité est surexcitée par une idée fixe.

– Mordieu! fit Pardaillan qui serra les mains du moine, qu’on a donc du mal à parvenir jusqu’à vous!… Ouf! vous permettez que je m’installe?

Il dégrafa son épée, s’assit sur le bord du lit, et jetant un regard autour de lui:

– Comment pouvez-vous vivre ici? fit-il avec un frisson. C’est le tombeau anticipé… pour des gens comme vous qui prennent les choses trop à cœur. Que n’imitez-vous votre digne confrère le portier?… À la bonne heure! En voilà un qui vous a une figure enluminée à donner envie de s’enterrer vif dans un couvent!

Clément eut un sourire amer.

– Cher et digne ami, fit-il, vous êtes en effet comme un rayon de soleil qui entrerait dans une tombe. Dès que vous paraissez, tout s’éclaire et sourit… C’est si triste, ici!

– Pourquoi y restez-vous?

– Ce n’est pas moi qui l’ai voulu ainsi. Élevé dans un couvent, j’ai vécu au couvent, comme le lierre vit attaché à l’arbre au pied duquel il est né. Je ne vais pas, chevalier: je suis ma destinée…

– Que faisiez-vous donc quand je suis entré? reprit curieusement Pardaillan au bout d’un instant de silence.

Jacques Clément rougit encore.

– C’est bien, c’est bien, fit le chevalier, je ne vous demande pas vos secrets.

Mais en même temps, il jeta un rapide regard sur le bas de la feuille que le moine avait cachée, et qui dépassait sous le livre. Et il eut un sourire de stupéfaction.

– Des vers! s’écria-t-il. Vous ne m’aviez pas dit que vous étiez poète!

En effet, c’étaient des vers qu’écrivait le jeune moine. À l’exclamation de Pardaillan, il demeura tout interdit.

– Oh! oh! continuait le chevalier, qui sans façon avait saisi la feuille et la parcourait, quel zèle… religieux! Car je suppose que cet amour dont il est ici question ne peut être que l’amour de Dieu… et de Marie… Or ça… quelle est cette Marie?…

Le moine avait pâli.

– Je me distrais parfois, balbutia-t-il, à ces amusements profanes…

Le chevalier tournait et retournait le papier en tous sens. Soudain, il tressaillit et murmura:

– Marie de Montpensier!… Ah! ah!… C’est à la duchesse de Montpensier qu’il fait ces déclarations enflammées!…

Pardaillan demeura quelques instants pensif.

«Est-ce que cette grande haine contre Henri III… songea-t-il. Oui, pardieu! j’y suis… Je sais maintenant qui a persuadé ce malheureux de tuer le roi de France!…»

– Tenez, ajouta-t-il tout haut en rendant le papier à Jacques Clément, je ne me connais guère en poésie; mais je trouve ces vers admirables, et il faudra que la personne à qui ils sont destinés soit bien difficile de n’être pas de mon avis…

Le moine reprit sa feuille de papier, et la cacha cette fois dans son sein.

– Voyons, dit alors le chevalier, avez-vous un peu abandonné ces idées effrayantes qui vous bouleversaient quand nous nous rencontrâmes à Chartres?

– Quelles idées? murmura sourdement le moine.

– Mais, par exemple, celle de…

Et Pardaillan fit le geste de l’homme qui donne un coup de dague.

– Vous voulez parler, dit Jacques Clément d’une voix basse, mais ferme et tranquille, de ma résolution de tuer Valois?…

– Oui, dit Pardaillan étonné de ce calme farouche, tragique.

– Pourquoi y aurais-je renoncé?… Valois est condamné… Valois mourra!… J’ai, pour vous, pour l’infinie gratitude que je vous dois, reculé l’heure de l’exécution. Mais cette heure viendra!…

Pardaillan frissonna. Il y avait dans l’attitude et la voix du moine une effrayante résolution. Ce n’était plus de la haine qui poussait Jacques Clément. C’était un étrange sentiment où il y avait comme de l’extase. Le chevalier comprit que jamais il n’arriverait à ébranler une pareille résolution. Et de quel droit, d’ailleurs, l’eût-il essayé? Que lui importait le roi de France?…

– Pardaillan, reprit Jacques Clément, vous m’avez demandé d’attendre. Vous m’avez dit que l’existence du roi vous était utile jusqu’au jour où Guise ne pourrait plus profiter de la mort de Valois… Je n’ai pas sondé vos desseins, mon ami. Et vous auriez besoin de mon aide pour faire vivre Valois tant que cette vie vous sera utile, je vous dirais: Me voici prêt. J’obéirai aveuglément… Mais à votre tour, quand vos desseins sur Guise seront accomplis, laissez-moi marcher à ma destinée… La mère du roi a tué ma mère… Eh bien, le fils d’Alice tuera le fils de Catherine!… Et rien, rien, entendez-vous, ne peut le sauver si vous êtes venu me dire: Allez! la vie de Valois m’est à cette heure inutile!… Est-ce là ce que vous êtes venu me dire, chevalier?…

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