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Le Livre des Baltimore

Электронная книга - «Le Livre des Baltimore». Краткое содержание книги:

Jusqu'au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair.
Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l'auteur de La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey.
Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne.
Huit ans après le Drame, c est l'histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu'en février 2012, il quitte l'hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s'atteler à son prochain roman.
Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu'il éprouva jadis pour cette famille de l'Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s'effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu'au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu'est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ?
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Dans la voiture, j'essayais de nous imaginer, Alexandra, Hillel et moi, dans cinq ans. Je me demandais ce que nous deviendrions d'ici au 25 octobre 2009.

*

Le lendemain, Alexandra et moi prîmes un vol de très bonne heure pour Nashville, Tennessee. Nous avions une réunion importante avec Eric Tanner, son manager, le jour même.

Je voulais parler encore une fois à Woody avant qu'il n'entre au pénitencier de Cheshire. Mais je n'arrivai pas à le joindre. Son téléphone était coupé, celui d'Hillel aussi. Je passai la journée à essayer. En vain. Je me laissai envahir par un mauvais pressentiment. J'appelai à la maison des Baltimore, pas de réponse. Je finis par téléphoner à Oncle Saul sur son portable : il était avec des clients et ne pouvait pas me parler. Je lui demandai de me rappeler aussitôt que possible, il ne le fit que le lendemain après-midi.

— Marcus ? C'est Oncle Saul.

— Bonjour, Oncle Saul. Comment vas… Il ne me laissa pas parler.

— Marcus, écoute-moi bien : j'ai besoin que tu viennes tout de suite à Baltimore. Sans me poser de question. Il s'est produit un événement grave.

Il raccrocha. Je pensais d'abord que la ligne avait été coupée et je le rappelai aussitôt : il ne répondit pas. Comme j'insistais, il finit par décrocher et me dit d'une traite : « Viens à Baltimore. »

Il raccrocha de nouveau.

44.

26 octobre 2004.

Woody ne s'était pas présenté au pénitencier.

Oncle Saul me l'expliqua quand j'arrivai chez lui, dans la soirée, après avoir sauté à bord du premier vol pour Baltimore.

Oncle Saul était paniqué, nerveux. Je ne l'avais jamais vu ainsi.

— Comment ça, il ne s'est pas présenté ? demandai-je.

— Il est en fuite, Marcus. Woody est un fugitif.

— Et Hillel ?

— Il est avec lui. Il a disparu aussi. Il est parti en même temps que vous avant-hier soir et il n'est jamais revenu.

Oncle Saul me raconta s'être douté d'un problème la veille, quand il avait constaté, comme moi, qu'Hillel et Woody étaient injoignables. Un agent du U.S. Marshals Service, en charge d'appuyer les polices d'État dans les recherches de fugitifs, était venu le matin à la maison d'Oak Park. Il avait longuement interrogé Oncle Saul.

— Savez-vous où pourrait se trouver Woodrow ? avait demandé l'agent.

— Non. Pourquoi le saurais-je ?

— Parce qu'il était ici la veille de son entrée en prison. Des voisins l'ont vu. Ils sont formels. Woodrow n'avait pas le droit de quitter le Connecticut. Vous êtes avocat, vous devriez le savoir.

Oncle Saul avait compris que le Marshal avait une longueur d'avance sur lui.

— Écoutez, je vais jouer franc jeu avec vous. Oui, Woody était ici la veille de son entrée en prison. Il a grandi dans cette maison, il avait envie de passer une dernière journée ici avant d'aller pourrir en prison pendant cinq ans. Rien de bien méchant. Mais j'ignore où il se trouve à présent.

— Qui était avec lui ici ? avait interrogé l'agent.

— Des amis. Je ne sais plus très bien. Je n'ai pas voulu trop m'en mêler.

— Il y avait votre fils, Hillel. Des voisins l'ont identifié également. Où est votre fils, Monsieur Goldman ?

— À l'université, j'imagine.

— Est-ce qu'il n'habite pas ici ?

— Officiellement, oui. Dans les faits, il n'est jamais là. Toujours fourré chez des copines. Et puis je travaille beaucoup, je pars le matin et je rentre tard le soir. D'ailleurs, j'étais sur le point de partir pour mon cabinet.

— Monsieur Goldman, vous me le diriez si vous saviez quelque chose ?

— Évidemment.

— Parce que nous finirons par retrouver Woodrow. En général, les gens ne nous échappent pas. Et si je devais découvrir que vous l'avez aidé d'une façon ou d'une autre, cela ferait de vous un complice. Voici ma carte. Demandez à Hillel de me passer un coup de fil quand vous le verrez.

Oncle Saul n'avait eu aucune nouvelle d'Hillel de la journée.

— Est-ce que tu penses qu'il est avec Woody ? lui demandai-je.

— Ça m'en a tout l'air. Je ne pouvais pas te parler de cela au téléphone. Ma ligne est peut-être sur écoute. Ne parle de cela à personne, Marcus. Et surtout, ne communique pas avec moi par téléphone. Je pense qu'Hillel est allé aider Woody à se cacher quelque part et qu'il va revenir. Il faut essayer de gagner du temps avec les enquêteurs. Si Hillel revient ce soir, il n'aura qu'à dire qu'il était à l'université toute la journée. Il se pourrait que des policiers t'interrogent. Dis-leur la vérité, ne te mets pas dans le pétrin. Mais évite de mentionner Hillel, dans la mesure du possible.

— Qu'est-ce que je peux faire, Oncle Saul ?

— Rien. Et surtout, reste en dehors de tout cela. Rentre chez toi. N'en parle à personne.

— Et si Woody me contacte ?

— Il ne te contactera pas. Il ne prendra pas le risque de te mêler à ça.

À mille miles de Baltimore, Woody et Hillel passèrent la ville de Des Moines, en Iowa.

Lors de notre dernière soirée, ils savaient déjà qu'ils n'iraient pas à la prison de Cheshire. Woody ne pouvait pas supporter l'idée de la prison.

Ils avaient dormi dans des motels à proximité de l'autoroute. Ils payaient tout en liquide.

Leur plan de route était de traverser le pays jusqu'au Canada, en passant par le Wyoming et le Montana. Ils traverseraient ensuite l'Alberta, puis toute la Colombie-Britannique jusqu'au Yukon. Ils s'installeraient là-bas, ils trouveraient une petite maison. Ils referaient leur vie. Personne ne viendrait les chercher là-bas. Dans un sac, en général sous la garde de Woody, ils avaient 200 000 dollars en liquide.

De retour à Nashville le lendemain, je racontai à Alexandra ce qui s'était passé. Je lui donnai les consignes reçues d'Oncle Saul. Ne parler de cela à personne, et entre nous surtout pas au téléphone.

Je me demandai si je devais aller à leur recherche. Elle m'en dissuada. « Woody ne s'est pas perdu, Markie. Il s'est enfui. Ce qu'il veut, c'est justement qu'on ne le retrouve pas. »

*

29 octobre 2004.

Hillel n'avait pas réapparu.

Le Marshal retourna interroger Oncle Saul.

— Où est votre fils, Monsieur Goldman ?

— Je ne sais pas.

— Cela fait plusieurs jours qu'il n'a pas été vu à l'université.

— Il est majeur, il fait ce qu'il veut.

— Il a vidé son compte-épargne il y a une semaine. D'où avait-il autant d'argent d'ailleurs ?

— Sa mère est morte il y a deux ans. C'était sa part d'héritage.

— Donc votre fils a disparu avec beaucoup d'argent en même temps que son ami recherché. Je crois que vous voyez où je veux en venir.

— Pas du tout, inspecteur. Mon fils fait ce qu'il veut de son temps et de son argent. Nous sommes dans un pays libre, non ?

Hillel et Woody étaient à une vingtaine de miles de Cody, dans le Wyoming. Ils s'étaient trouvé un petit motel où l'on payait les nuits en liquide, et le patron ne posait aucune question. Ils ne savaient pas comment passer la frontière avec le Canada sans risquer d'être pris. Au moins, dans le motel, ils étaient à l'abri.

La chambre disposait d'une petite kitchenette. Ils pouvaient se faire à manger sans avoir besoin de sortir. Ils avaient fait provision de pâtes et de riz, des produits faciles à stocker et qui n'étaient pas périssables.

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