Couleurs de l'incendie
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Trilogie de l’entre deux-guerres #2
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226392121
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Couleurs de l'incendie». Краткое содержание книги:
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l'Europe.
— Vous allez être, dans quelques jours, sous les projecteurs de l’actualité. Une sale affaire de fraude fiscale sera rendue publique. Votre serez au cœur du scandale, et cela, pendant des semaines. Je vais écrire là-dessus, je serai le premier parce que c’est moi qui ai levé ce lièvre. Je ne pense pas que les colonnes du Soir de Paris soient le lieu idéal pour étaler… tout ça. Voilà pourquoi je vous remets ma démission.
Jules Guilloteaux était scandalisé. Non seulement d’être ainsi désigné à la vindicte, mais d’avoir été trompé par Madeleine Péricourt.
— Combien voulez-vous ? avait-il dit à André.
— C’est trop tard, Jules, l’affaire est aux mains de la justice. Je vous en parle aujourd’hui par loyauté. Et parce que je dois reprendre ma liberté…
— Je vous ai payée pour vous taire !
Guilloteaux s’était aussitôt rendu chez elle, comme ça, sans prévenir, il était monté, il avait poussé Vladi, où est votre patronne, il avait ouvert la porte, il était tombé sur Paul qui écoutait de la musique, sa mère était près de lui. Sans même la saluer :
— Vous m’aviez promis ! hurla-t-il.
— Oui, Jules, répondit Madeleine en souriant, et je vous ai menti. Je n’ai jamais eu l’intention de tenir parole. Vous n’êtes pas un homme si scrupuleux que vous puissiez m’en faire le reproche.
Il retint une insulte, à cause de l’enfant, mais qui se lut sur ses lèvres.
Guilloteaux s’activa, tout son carnet d’adresses fut mobilisé, ses amis, ses relations, mais le scandale était sur les rails, plus personne n’y pouvait rien.
Parmi toutes les propositions qui lui étaient faites, André Delcourt choisit L’Événement parce qu’il était à son image, nationaliste et antiparlementaire. Il donna à la rédaction tous les éléments dont il disposait afin que l’on rende compte du détail de cette affaire, et lui vint camper sur les hauteurs de l’analyse et du commentaire :
Les banquiers suisses sont des gens serviables. Ils viennent jusque sur le territoire français aider nos concitoyens à frauder le fisc.
Les suspects ne vont pas manquer d’argumenter : Qui peut s’étonner qu’à un fisc voleur, vienne répondre un public fraudeur ! Il est indubitable que le contribuable est la cible incessante des responsables de la gabegie républicaine, mais enfin, peut-on raisonnablement dire que le vol, ce n’est pas de la faute du voleur… mais du volé, que le malfaiteur n’y est pour rien, que sa victime n’avait qu’à pas avoir de portefeuille ?
La première liste des fraudeurs, plus de mille, présente un bel échantillon de la décadence nationale. Le plus édifiant d’entre eux est évidemment M. Charles Péricourt, président de la commission parlementaire chargée de la lutte contre… l’évasion fiscale. Ne riez pas. On a retrouvé dans sa voiture, le jour de l’enterrement de sa femme, deux cent mille francs suisses qu’il est bien en peine de justifier. Il pensait peut-être qu’il fallait payer la concession en espèces le jour des obsèques… Il a été inculpé, mais laissé en liberté. Il hurle qu’il est victime d’un complot, c’est une fin de carrière bien indécente pour un nom aussi prestigieux.
Après cela, s’étonnera-t-on que le pays exige des institutions plus fermes, des dirigeants plus vertueux, des lois plus simples et plus justes ? Et que l’on réclame quelqu’un capable d’y mettre un peu d’ordre ?