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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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– À votre tour, un mot seulement. Dites-moi donc le nom de celui de vos amis auquel j’ai remis le volume.

– Il se nomme le comte Albert de Villeroge.

– Ah ! Diable ! Vous m’en direz tant. Je crois, Dieu me pardonne, que le drôle qui a enlevé sa femme va passer avant peu un mauvais moment.

» Cela le regarde, d’ailleurs, et il aura ce qu’il mérite. Quant à moi, je viens de négocier une excellente affaire. La cession de mon arme me gênera peut-être pour conquérir le Trésor des rois Cafres... Mais, bah ! il vaut mieux tenir que de courir. D’autant plus que vous m’avez fait large mesure...

» Tiens !... Où sont-ils donc passés ?...

Albert, Alexandre et Joseph, laissant le bandit à son monologue, avaient pris leur course à travers bois. Ils disparaissaient déjà derrière les taillis, au grand ébahissement des noirs, qui, ravis d’échapper, grâce à ce dramatique incident, à une bataille meurtrière, s’apprêtaient à célébrer le traité de paix par une de ces réjouissances dont ils ont seuls le secret.

Les trois amis, sans souci de leurs forces à ménager, marchent, ou plutôt volent à travers bois. Nulle parole n’est échangée. La vie pour eux se résume dans une seule fonction, faire de la route.

Qu’importent les épines qui ensanglantent leur chair, les fondrières où ils s’envasent, les racines qui les font trébucher ! Qu’importent aussi les nuées d’insectes au dard venimeux, la température de serre chaude que nulle brise ne rafraîchit, la sueur qui ruisselle sur leurs membres ! Qu’importent enfin la courbature, la soif, la faim !

Ils vont, à travers tous les obstacles, franchissant les troncs pourris, allongés sur le sol, et sous lesquels sommeillent les reptiles, trouent les taillis épais devant lesquels reculeraient les fauves, s’élancent à travers les rivières aux eaux traîtresses, sans autre préoccupation que cette direction de l’Est dans laquelle ils se maintiennent grâce à leur science de coureurs des bois.

C’est tantôt l’un, tantôt l’autre qui tient la tête, selon que l’un d’eux a été un moment retardé par une chute, un faux pas ou un hallier impénétrable. Nul ne pense à s’arrêter. Un cri, un coup de sifflet, une branche cassée, servent à indiquer la voie au retardataire d’un moment qui, bientôt, de la dernière place passe à la première, tant une fraternelle et touchante émulation les pousse irrésistiblement vers leur unique but. Ils sentent, en outre, que cette marche désordonnée, à laquelle ne saurait résister une organisation vulgaire, ne pourrait plus être reprise si elle était interrompue ; et puisant dans leur mortelle angoisse de nouvelles forces, ils bondissent sans mot dire, le flanc haletant, le regard fou, terribles de colère et de douleur.

La nuit seule interrompit cette course furieuse. Il fallait bien s’arrêter, sous peine de multiples et inévitables périls. Ils se laissèrent tomber lourdement sous un banian isolé, et s’endormirent de ce sommeil de plomb qui suit les fatigues écrasantes, les émotions poignantes, et sur lequel, trop souvent hélas ! plane lourdement le cauchemar lugubre.

Un formidable coup de tonnerre les éveilla soudain. Le jour allait apparaître. Mais les hôtes ailés de la forêt ne saluaient pas le retour de l’astre du matin par leur habituelle fanfare. Tous se taisaient effrayés devant la convulsion de la nature. Cette diane brutale, sonnée par la nuée sombre, les fit tressaillir, comme le coup de canon annonçant à deux armées en présence que l’instant fatal approche. Rappelés soudain au sentiment de la réalité, ils étendirent douloureusement leurs membres brisés, se serrèrent silencieusement la main, et Alexandre prononça ce seul mot :

– Partons.

Les premiers pas furent horriblement pénibles, et les trois amis, tenaillés par la faim, à demi paralysés, les articulations comme ankylosées, se demandèrent avec angoisse, s’ils pouvaient continuer leur marche. De larges gouttes de pluie claquèrent bientôt sur les feuilles, et cette ondée bienfaisante, en rafraîchissant l’air embrasé, eut aussi pour effet de rendre à leur corps sa souplesse et sa vigueur. Puis la trombe s’abattit sur la forêt, et enveloppa d’un ruissellement indescriptible les cimes, les branches et les herbes.

– Mais, nous sommes donc maudits ! s’écria Albert dont un sanglot déchira la gorge.

– En avant ! hurla Alexandre entre deux rafales. Quand bien même nous ne pourrions faire que cent pas.

– En avant ! reprit Joseph, comme un écho plein d’énergie.

Et tous trois, sublimes de volonté, indomptables devant le cataclysme qui se déchaînait dans toute son horreur, s’avançaient, eux, les infiniment petits, perdus dans l’immensité, se heurtant aux géants déracinés, trébuchant dans les lianes rompues, roulant au milieu des herbes géantes, mais se relevant toujours plus forts, plus audacieux.

Tant de courage devait être enfin récompensé. Peu à peu, la forêt s’éclaircit. Un sable fin, tassé par la pluie, remplaça bientôt la terre accidentée des grands bois. L’ouragan s’apaisait lentement, les grondements de la foudre s’éteignaient. Bientôt, le soleil, chassant les nuées, troua l’opaque rideau de brumes, et incendia d’une coulée lumineuse une portion du sol foulé par les trois amis. Ils se trouvaient sur une vaste dépression de terrain absolument découvert. À leurs pieds, un torrent grossi par la pluie d’orage, roulait ses eaux jaunâtres, chargées de sable, sur lesquelles tourbillonnaient des débris de toute sorte.

Ce torrent, large d’environ deux cents mètres, devait, en temps ordinaire, n’être qu’un humble ruisselet facile à franchir. De l’autre côté, un lourd chariot, à demi submergé, apparaissait au milieu des eaux comme un îlot de bois et de toile. La situation de ce véhicule était des plus critiques, et ses habitants devaient courir un danger immédiat, s’ils n’avaient pu l’abandonner à temps pour fuir l’inondation.

Par un de ces pressentiments mystérieux que rien ne semble justifier et qui s’imposent fatalement à l’esprit, la vue de ce wagon produisit sur Albert une étrange impression. Il eut comme un éblouissement. D’un geste inconscient, il le montra du doigt à Alexandre qui secoua doucement la tête et murmura :

– Tous les drays se ressemblent, mon cher Albert. Pourquoi celui-là plutôt qu’un autre ?

– Mais pourquoi ne serait-ce pas lui ?

– Il faudrait, pour nous en assurer, attendre le retrait des eaux.

– Je ne puis pas attendre.

– Essayer de franchir cette rivière à la nage, serait courir à une mort certaine. Dans quelques heures, elle sera rentrée dans son lit.

– Si nous trouvions en remontant un passage un peu plus resserré.

– Je ne demande pas mieux. Mais, procédons sans précipitation, d’autant plus que le wagon me semble inhabité.

Les couches d’air lavées par la pluie possédaient une diaphanéité qui permettait d’analyser les moindres détails comme si la distance eût été diminuée de moitié. À ce moment, les trois amis stupéfaits apercevaient distinctement une forme humaine émergeant de l’eau, et se hissant jusque sur la galerie de l’avant.

– Tiens !... Vois, fit Albert haletant.

Puis, on entendit répercuté sur la masse des eaux comme l’appel désespéré d’une voix de femme.

Un frémissement convulsif les secoua soudain en entendant ce cri. La forme aperçue, tout d’abord, se dressa de toute sa hauteur, et Albert laissa échapper une terrible exclamation de fureur en reconnaissant cette silhouette massive :

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