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Marianne, une étoile pour Napoléon

Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:

La vie prodigieuse de Marianne d'Asselnat de Villeneuve commence en Angleterre, dans le paisible domaine de sa tante Ellis Selton qui l'a recueillie après la mort de ses parents, guillotinés sous la Terreur. Son adolescence prend fin brutalement le jour même où elle épouse le beau Francis Cranmere dont elle est secrètement éprise depuis longtemps. Au cours d'une nuit de noces effroyable elle perd à la fois son amour, sa fortune et sa sécurité. Marianne doit fuir, abandonner tout ce qu'elle aime, revenir en France où règne l'homme qu'on lui a appris à haïr jour après jour : Napoléon.
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— Cessez de vous tourmenter ainsi, coupa soudain la voix apaisante de Jolival. Vous pensez trop, ma chère ! Pourquoi donc l’homme tout-puissant à qui vous avez su plaire, la nuit passée, ne vous ferait-il pas rechercher ?

— J’aurais une chance s’il souhaitait me voir ce soir, mais il ne m’a pas caché que plusieurs jours, peut-être, se passeraient avant qu’il me fasse demander. Si même il le fait jamais.

— Vous vous dépréciez ! Je suis sûr qu’il pense à vous !

— Vous êtes surtout gentil, mon ami. Vous cherchez à me rassurer, mais comment croire que j’aie pu être pour lui autre chose qu’un instant de plaisir ? N’y a-t-il aucune autre femme dans sa vie ? Chez le prince de Bénévent, j’ai entendu parler d’une comtesse polonaise...

— La Walewska ? Elle en était folle, en effet. Elle a tout abandonné pour le suivre, et c’est même parce qu’elle était enceinte qu’il s’est décidé à répudier Joséphine.

— Vous voyez bien ! soupira Marianne tristement.

— La Walewska est partie. Pas depuis longtemps, mais-elle est partie.

— Parce qu’il doit se remarier, parce qu’elle ne veut pas souffrir ! Pourquoi serais-je plus heureuse qu’elle ! On l’appelait 1’« épouse polonaise ». Elle est jeune, belle, noble, et cependant il la laisse partir. Que puis-je espérer d’autre que cette unique nuit ?

Cette fois, Arcadius de Jolival ne répondit pas. « Il sait que j’ai raison, pensa Marianne, mais il ne veut pas me l’avouer. Il craint que je ne me laisse aller au désespoir... »

Une quinte de toux lui coupa la respiration. Jolival se hâta de lui faire boire un peu de potion, puis essaya de lui faire manger un peu de la soupe chaude qu’avait apportée le Requin. Mais Marianne n’avait pas faim. La seule odeur de la nourriture, pas très appétissante à vrai dire, lui soulevait le cœur.

— J’ai soif ! dit-elle. J’ai seulement soif, mais terriblement !

Hochant la tête d’un air soucieux, il lui fit boire un peu d’eau qu’il avait réchauffée légèrement au-dessus du brasero, puis, ramenant les couvertures autour d’elle, s’installa à son chevet pour attendre. Livrée au silence, à la torpeur née de sa fièvre, Marianne, pour la première fois, songea à Jason Beaufort. Elle regrettait, maintenant, d’avoir refusé ce qu’il lui offrait. Fascinée par le miroir aux alouettes d’un brillant avenir théâtral, elle n’avait pas voulu comprendre sa mise en garde. Pourtant, il avait eu raison : le danger annoncé était venu... et il ne pouvait plus rien pour elle. Quand reviendraient Bruslart et sa bande, l’Américain serait déjà en haute mer. Bien sûr il avait parlé d’un ami, le consul américain à Nantes, un certain Paterson, mais, pour la prisonnière des carrières de Chaillot, Nantes était aussi éloignée que la planète Mars. Marianne ferma les yeux, s’efforçant de ne plus penser. Cela lui faisait mal, cela augmentait sa fièvre et elle désirait désespérément guérir.

Des heures, des heures interminables ! Jours et nuits mêlés sans qu’il fût possible de les distinguer ! Des heures qui devaient faire des jours, peut-être des semaines ! Le temps semblait si long ! Pour Marianne, ce fut une succession de moments de veille, anxieux, crispés, et de sommeil lourd dont, parfois, un cauchemar l’arrachait, épouvantée et trempée de sueur. Pendant tout ce temps, Arcadius, qui s’était mué en un compagnon inépuisablement fraternel, se dépensa sans compter, obligeant la malade à se nourrir un peu, lui faisant avaler potions et tisanes qu’il réclamait sans arrêt à Requin. Une fois par jour, la vieille Fanchon venait voir où en étaient les choses. Il n’y avait, dans son attitude, ni sollicitude ni compassion, rien que le froid calcul du maquignon dont le bétail est en train de s’abîmer.

— Elle vous surveille comme un maraîcher surveille ses salades menacées par la grêle ! disait Arcadius en essayant de rire.

Mais le rire tournait court. L’atmosphère écrasante du souterrain se faisait sentir. Le reste du temps, c’était Requin qui ravitaillait les captifs, toujours aussi hargneux, toujours inabordable. Même si elle avait eu de l’argent sur elle, Marianne ne se serait pas risquée à essayer de l’acheter. Il était le dogue de Fanchon-Fleur-de-Lys. Aucun os ne pouvait venir à bout de ce genre de gardien.

Pourtant, peu à peu, elle se remettait. Les quintes de toux s’espaçaient, la fièvre baissait, la voix brisée de la jeune femme reprenait lente ment sa couleur. Vint un moment où Marianne put sourire à son fidèle compagnon et lui dire :

— Je crois que je vais mieux... Mais sans vous je suis certaine que je n’aurais pas pu guérir.

— Vous êtes si jeune ! Je n’ai fait qu’aider la nature ! Vous vous en seriez très bien tirée sans moi.

Elle hocha la tête négativement, réfléchit un instant, puis murmura :

— Non, parce que si vous n’aviez pas été là, je n’aurais plus du tout eu envie de vivre.

Pour la première fois depuis son enlèvement, elle s’endormit d’un de ces vrais sommeils qui réparent les forces amoindries mieux que toutes les potions de la terre. Elle rêvait que la voiture noire la ramenait vers un Butard irréel, brillant comme une grosse étoile sous une neige étincelante, quand un bruit insolite la réveilla en sursaut. Elle se dressa aussitôt sur son séant, vit que, dans son coin, Arcadius était réveillé lui aussi et écoutait. Dans la pénombre, leurs regards se croisèrent :

— Qu’est-ce que c’était ? chuchota Marianne.

— On aurait dit la chute d’une pierre... Tenez ! Cela recommence ! Cela vient du fond de la carrière.

Le couloir qui passait devant la grotte-prison s’achevait, un peu plus loin, en cul-de-sac, ainsi que Jolival l’avait expliqué à Marianne.

On entendait maintenant un bruit de grattement, puis, très net, un juron étouffé. Aussitôt, Arcadius fut debout. Dans le couloir, la lumière d’une chandelle était apparue et progressait en tremblant le long des murailles blanchâtres. Oppressée, Marianne s’était levée, elle aussi, et avait rejoint son compagnon. Quelqu’un venait, à n’en pas douter ! Mais qui pouvait venir et par quel chemin ?

— On a dû percer un mur, chuchota Jolival.

La pierre de craie se travaille assez facilement avec de bons outils. Reste à savoir...

Il n’acheva pas. La lumière se rapprochait. Des pas précautionneux se faisaient entendre, légers, mais réels. Une ombre grandit sur le mur et, malgré elle, Marianne se serra contre Arcadius. Et, soudain, elle dut retenir un cri de stupeur. Même dans la lumière déformante de la bougie qu’il tenait, elle reconnaissait la tignasse rousse et les traits de Gracchus-Hannibal Pioche, le commissionnaire qui lui avait fait remarquer la présence de la voiture noire. Un soupir de soulagement lui échappa.

— C’est un ami ! dit-elle à Jolival.

D’ailleurs, Gracchus-Hannibal avait déjà repéré le renfoncement grillé que le brasero éclairait vaguement. Il s’approcha de la grille et son visage inquiet s’éclaira d’un large sourire.

— Enfin, j’vous retrouve, mademoiselle Marianne ! Vous pouvez vous vanter de m’avoir fait faire des cheveux !

— Pourquoi ? Est-ce que vous me cherchiez ? Comment avez-vous découvert que j’avais disparu ?

Un espoir se levait en elle. Si le modeste Gracchus avait eu des soupçons, un homme aussi remarquable que Talleyrand ne pouvait pas ne pas en avoir.

— Oh, c’est simple ! La voiture noire s’était attachée à vous et moi je m’étais attaché à la voiture noire. Le jour tout au moins, parce que la nuit, en général, je dors !

— Peste ! coupa Arcadius, vous avez de bonnes jambes ! Suivre une voiture...

— Dans Paris, ça ne va jamais très vite, surtout quand on suit quelqu’un ! Et puis, c’est vrai, j’ai de bonnes jambes. Où est-ce que j’en étais ? Ah ! oui... il y a une semaine, en venant le matin prendre ma faction aux environs de la voiture, je ne l’ai plus trouvée. Je ne vous ai pas vue sortir non plus. Ça m’a paru bizarre. Alors, je me suis arrangé pour lier conversation avec Joris, le portier de l’hôtel Talleyrand. Je lui ai balayé la neige de son trottoir, on a causé. Je suis revenu plus tard pour lui prêter la main et j’avais apporté une bonne bouteille. Ça suffit pour vous délier la langue d’un honnête homme. En deux jours j’étais devenu son plus proche parent ! Il a dit que vous étiez sortie, une nuit, avec le prince et que vous n’étiez pas rentrée. Même qu’on chuchotait dans la maison qu’un grand personnage s’était pris d’intérêt pour vous. Mais l’absence de cette voiture, ça me travaillait... d’autant plus que je savais où elle remisait et que j’avais vu plusieurs fois l’homme qui était dedans se rendre au cabaret de l’Homme-de-Fer. Ça ne collait pas tout à fait avec l’histoire du grand personnage. Alors, j’ai commencé ma petite enquête.

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