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Les Habits Noirs Tome II - Cœur D’Acier

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome II - Cœur D’Acier». Краткое содержание книги:

Cet épisode nous conte l'ascension criminelle de la belle aventurière Marguerite Sadoulas, dite Marguerite de Bourgogne, devenue comtesse de Clare et l'un des principaux chefs des Habits noirs, ainsi que la lutte du jeune Roland de Clare, l'héritier légitime de la fortune et du nom de Clare, pour retrouver son héritage, convoité par les Habits noirs, et son identité.
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Léon laissa échapper un geste d’étonnement; il hésita, cette fois, avant de parler.

– Ma sœur, dit-il enfin, tu sais maintenant tout ce que tu avais besoin de savoir. Tu ne m’as pas appris encore comment tu as découvert la soustraction de ces papiers qui menace mon honneur et peut tuer tout mon avenir. Je n’ai confié mon secret à personne.

– En tout cas, Nita garderait toujours les biens de sa mère… murmura Rose, suivant un ordre d’idées qui restait comme une énigme pour son frère.

Celui-ci répondit:

– La princesse d’Eppstein ne garderait rien!

– Comment cela?

– La princesse d’Eppstein a perdu, l’an dernier, son procès contre le gouvernement autrichien: les biens d’Allemagne ne lui appartiennent plus. Si la succession de Clare lui échappe, la princesse d’Eppstein est ruinée.

– Ruinée! répéta Rose dont les yeux brillèrent sous ses longs cils baissés. Pauvre Nita! C’est un cœur fier, mais saurait-elle supporter le malheur?

– Je me suis fait cette question, prononça le jeune notaire à voix basse.

– Et quelle a été la réponse de ta conscience, mon frère? Léon courba la tête.

– Je ne croyais pas, murmura-t-il, au début de cette entrevue, que ma confession pourrait aller jusque-là!

– Il faut que je sache tout! déclara Rose résolument.

– Oui, fit Léon, tu as raison. J’ai besoin moi-même de te laisser, à défaut d’autre héritage, la connaissance entière et sincère des faits qui sont ma pauvre histoire. Ce n’est pas ma conscience que j’interrogeais, ma sœur: j’ai été follement épris de la princesse d’Eppstein… follement! éperdument!

– Tu parles de cet amour au passé, mon frère?…

– C’est que, pensa tout haut Léon, dont la main pâle tourmentait son front, sillonné de rides précoces, je l’ai tant combattu, cet amour! On dit que, pour aimer, il faut espérer. Je ne crois pas avoir espéré jamais. Peut-être qu’on espère sans le savoir…

Rose poussa un long soupir et serra la main de son frère, qui poursuivit:

– Tu as raison, tu as raison! j’éprouve je ne sais quel soulagement triste à me confesser à toi, qui remplaces toute ma famille, comme elle eût remplacé pour moi l’univers. Je dis que je n’avais pas d’espoir, parce que je suis d’un monde et d’un caractère à sentir très vivement certaines impossibilités. Nous sommes de race noble, ma sœur, mais j’ai pris cette profession de notaire qui appliquerait profondément la tare bourgeoise au nom le plus illustre. Je ne sais pourquoi, mais je le sens: il serait moins invraisemblable pour une princesse d’Eppstein, fille d’un duc et pair de France, d’épouser un comédien, un aventurier, que sais-je? cherche ce qu’il y a de plus déclassé dans notre ordre social, que d’épouser un notaire. Les préjugés se meurent ou sont morts, les gens et les livres vont criant cela. Et pourtant, ce que je te dis, c’est la vérité vraie. Moi qui parle, ce rêve m’apparaît comme une monstruosité, à ce point que le rêve perdrait pour moi de son invraisemblance, si, de notaire honnête, je devenais tout à coup quelque chose d’osé, de bizarre, de hardi, quelque chose d’en dehors, comme certains disent quand le mot leur manque pour exprimer une pensée qui effraye; moi, j’ai le mot et je le dis: quelque chose de criminel!

Rose resta froide.

Léon de Malevoy s’arrêta et reprit avec amertume:

– Au moins, si cela sort de la vie commune, cela rentre dans le roman qui émeut et qui étonne. Le roman, de nos jours, est une chose méprisée, mais c’est une chose souveraine.

Rose était de marbre.

Comme son frère s’arrêtait encore, elle dit avec un calme étrange:

– Je te comprends parfaitement.

Puis elle ajouta tout bas:

– Mon frère, as-tu songé parfois à franchir ce pas dont tu parles?

– Peut-être, répliqua Léon d’une voix altérée. Mais tu es bien tranquille, ma sœur, en écoutant le récit d’une torture qui m’a vieilli de vingt ans au moins en douze mois!

Rose attira la main de son frère sur sa poitrine et l’y appuya fortement. Il tressaillit. Le cœur de Rose battait à briser sa poitrine.

– Je ne te dirai pas le reste! s’écria-t-il. Cela pourrait te tuer!

– Non, fit-elle avec un navrant sourire. Ne crains rien. Si j’avais dû mourir d’angoisse, depuis hier mon cœur ne battrait plus. Continue.

Léon fit un pénible effort pour se recueillir.

– Je n’ai point franchi la ligne du vulgaire devoir, reprit-il d’une voix plus ferme. Si, en apparence et tout à la fois en réalité, je me trouve hors de cette ligne, c’est que la main du hasard a poussé à la roue. Quand une maison a glissé sur la pente par suite d’un tremblement de terre et se trouve inopinément au milieu de l’héritage voisin, que peut-on reprocher au maître de cette maison? Mais pourquoi plaiderais-je ma cause? Un simple exposé te fera juge:

«C’est pour toi, Rose, et ceci n’est pas un reproche, c’est pour toi seule que j’ai acheté autrefois l’étude de maître Deban. Mon adolescence a été plus sage que ma jeunesse. J’avais choisi pour nous deux, enfants d’un gentilhomme sans fortune, pour toi surtout qu’il faudrait marier, cette position de milieu, facile à soutenir, qui n’engage pas et qui borne nécessairement la fougue des jeunes ambitions.

«Eussé-je été seul et libre, j’aurais porté l’épée. J’ai le cœur d’un soldat: brave, mais faible contre les sourdes batailles où il faut aller, quand on n’est pas soldat et qu’on est notaire.

«J’ai relevé l’étude Deban; c’est un miracle. Je ne pense pas qu’il y ait au monde beaucoup d’hommes plus solidement honnêtes que moi. J’ai eu l’amitié autant que la confiance du dernier duc de Clare qui m’a dit une fois: «Léon, si, avec le nom que vous portez, vous étiez simple spahi ou chasseur d’Orléans, je vous choisirais pour mon gendre!»

«J’étais notaire, c’est-à-dire bien plus, mais bien moins aussi qu’un conscrit. Il n’y a aucun bâton de maréchal dans le portefeuille d’un notaire. Tel il naît, tel il meurt! notaire, notaire! Soldat est un mot immense qui comprend tous les grades, toutes les gloires. Notaire est un mot étroit qui n’a qu’une signification: notaire!

«La confiance du général duc de Clare me laissa, au moment de sa mort, deux missions qui, malheureusement, ne concordaient point entre elles: le décès de la mère Françoise d’Assise, qui était aussi ma cliente, rendit plus sacrée l’une de ces missions: celle qui m’était la moins chère.

«Tu as deviné ces deux missions, ma sœur: la première était la tutelle de Nita, que j’ai gardée, malgré les tribunaux et les gens de l’hôtel de Clare, qui sont mes mortels ennemis; la seconde était la recherche de l’héritier légitime des grands biens de Clare.

«Dès longtemps, je te parle au moins de douze ans, j’avais eu vaguement connaissance d’un complot, ourdi à l’entour de cette riche succession, et tout à fait indépendant de ce marché dont je t’ai parlé déjà: l’achat des papiers, agité entre Madame Thérèse et maître Deban. Presque tous les clercs de l’étude trempaient plus ou moins dans cette machination, à la tête de laquelle était un homme d’une intelligence profonde, d’une audace remarquable, et que ses relations dans certain monde mystérieux auquel peu de gens croient, mais qui existe, rendaient très puissant.

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