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Les Enfants Du Capitaine Grant

Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:

Lord et Lady Glenarvan, ainsi que le géographe Paganel, aident Mary et Robert Grant à retrouver leur père qui a fait naufrage sur une île dont on ne connait que la latitude, ce qui les amène à traverser l'Amérique du sud, puis l'Australie où un bagnard évadé, Ayrton, tente de s'emparer du yacht de Glenarvan, et enfin l'Océanie où, après avoir échappé aux anthropophages, il retrouveront enfin la trace de leur père…
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– L’Océanie, l’Asie, l’Afrique, l’Amérique et l’Europe, répondit Toliné.

– Parfait. Parlons d’abord de l’Océanie, puisque nous y sommes en ce moment. Quelles sont ses principales divisions?

– Elle se divise en Polynésie, en Malaisie, en Micronésie et en Mégalésie. Ses principales îles sont l’Australie, qui appartient aux anglais, la Nouvelle Zélande, qui appartient aux anglais, la Tasmanie, qui appartient aux anglais, les îles Chatham, Auckland, Macquarie, Kermadec, Makin, Maraki, etc., qui appartiennent aux anglais.

– Bon, répondit Paganel, mais la Nouvelle Calédonie, les Sandwich, les Mendana, les Pomotou?

– Ce sont des îles placées sous le protectorat de la Grande-Bretagne.

– Comment! Sous le protectorat de la Grande-Bretagne! s’écria Paganel. Mais il me semble que la France, au contraire…

– La France! fit le petit garçon d’un air étonné.

– Tiens! Tiens! dit Paganel, voilà ce que l’on vous apprend à l’école normale de Melbourne?

– Oui, monsieur le professeur; est-ce que ce n’est pas bien?

– Si! Si! Parfaitement, répondit Paganel. Toute l’Océanie est aux anglais! C’est une affaire entendue! Continuons.»

Paganel avait un air demi-vexé, demi-surpris, qui faisait la joie du major.

L’interrogation continua.

«Passons à l’Asie, dit le géographe.

– L’Asie, répondit Toliné, est un pays immense.

Capitale: Calcutta. Villes principales: Bombay, Madras, Calicut, Aden, Malacca, Singapoor, Pegou, Colombo; îles Laquedives, îles Maldives, îles Chagos, etc., etc. Appartient aux anglais.

– Bon! Bon! élève Toliné. Et l’Afrique?

– L’Afrique renferme deux colonies principales: au sud, celle du Cap, avec Cape-Town pour capitale, et à l’ouest, les établissements anglais, ville principale: Sierra-Leone.

– Bien répondu! dit Paganel, qui commençait à prendre son parti de cette géographie anglo-fantaisiste, parfaitement enseigné! Quant à l’Algérie, au Maroc, à l’Égypte… Rayés des atlas britanniques! Je serais bien aise, maintenant, de parler un peu de l’Amérique!

– Elle se divise, reprit Toliné, en Amérique septentrionale et en Amérique méridionale. La première appartient aux anglais par le Canada, le Nouveau Brunswick, la Nouvelle écosse, et les États-Unis sous l’administration du gouverneur Johnson!

– Le gouverneur Johnson! s’écria Paganel, ce successeur du grand et bon Lincoln assassiné par un fou fanatique de l’esclavage! Parfait! on ne peut mieux. Et quant à l’Amérique du Sud, avec sa Guyane, ses Malouines, son archipel des Shetland, sa Géorgie, sa Jamaïque, sa Trinidad, etc., etc., elle appartient encore aux anglais! Ce n’est pas moi qui disputerai à ce sujet. Mais, par exemple, Toliné, je voudrais bien connaître ton opinion sur l’Europe, ou plutôt celle de tes professeurs?

– L’Europe? répondit Toliné, qui ne comprenait rien à l’animation du géographe.

– Oui! L’Europe! à qui appartient l’Europe?

– Mais l’Europe appartient aux anglais, répondit l’enfant d’un ton convaincu.

– Je m’en doute bien, reprit Paganel. Mais comment? Voilà ce que je désire savoir.

– Par l’Angleterre, l’écosse, l’Irlande, Malte, les îles Jersey et Guernesey, les îles Ioniennes, les Hébrides, les Shetland, les Orcades…

– Bien! Bien, Toliné, mais il y a d’autres états que tu oublies de mentionner, mon garçon!

– Lesquels? Monsieur, répondit l’enfant, qui ne se déconcertait pas.

– L’Espagne, la Russie, l’Autriche, la Prusse, la France?

– Ce sont des provinces et non des états, dit Toliné.

– Par exemple! s’écria Paganel, en arrachant ses lunettes de ses yeux.

– Sans doute, l’Espagne, capitale Gibraltar.

– Admirable! Parfait! Sublime! Et la France, car je suis français et je ne serais pas fâché d’apprendre à qui j’appartiens!

– La France, répondit tranquillement Toliné, c’est une province anglaise, chef-lieu Calais.

– Calais! s’écria Paganel. Comment! Tu crois que Calais appartient encore à l’Angleterre?

– Sans doute.

– Et que c’est le chef-lieu de la France?

– Oui, monsieur, et c’est là que réside le gouverneur, lord Napoléon…»

À ces derniers mots, Paganel éclata. Toliné ne savait que penser. On l’avait interrogé, il avait répondu de son mieux. Mais la singularité de ses réponses ne pouvait lui être imputée; il ne la soupçonnait même pas. Cependant, il ne paraissait point déconcerté, et il attendait gravement la fin de ces incompréhensibles ébats.

«Vous le voyez, dit en riant le major à Paganel. N’avais-je pas raison de prétendre que l’élève Toliné vous en remontrerait?

– Certes! Ami major, répliqua le géographe. Ah! Voilà comme on enseigne la géographie à Melbourne! Ils vont bien, les professeurs de l’école normale! L’Europe, l’Asie, l’Afrique, l’Amérique, l’Océanie, le monde entier, tout aux anglais! Parbleu, avec cette éducation ingénieuse, je comprends que les indigènes se soumettent! Ah çà! Toliné, et la lune, mon garçon, est-ce qu’elle est anglaise aussi?

– Elle le sera», répondit gravement le jeune sauvage.

Là-dessus, Paganel se leva. Il ne pouvait plus tenir en place. Il lui fallait rire tout à son aise, et il alla passer son accès à un quart de mille du campement.

Cependant, Glenarvan avait été chercher un livre dans la petite bibliothèque de voyage. C’était le précis de géographie de Samuel Richardson, un ouvrage estimé en Angleterre, et plus au courant de la science que les professeurs de Melbourne.

«Tiens, mon enfant, dit-il à Toliné, prends et garde ce livre. Tu as quelques idées fausses en géographie qu’il est bon de réformer. Je te le donne en souvenir de notre rencontre.»

Toliné prit le livre sans répondre; il le regarda attentivement, remuant la tête d’un air d’incrédulité, sans se décider à le mettre dans sa poche.

Cependant, la nuit était tout à fait venue. Il était dix heures du soir. Il fallait songer au repos afin de se lever de grand matin. Robert offrit à son ami Toliné la moitié de sa couchette.

Le petit indigène accepta.

Quelques instants après, lady Helena et Mary Grant regagnèrent le chariot, et les voyageurs s’étendirent sous la tente, pendant que les éclats de rire de Paganel se mêlaient encore au chant doux et bas des pies sauvages.

Mais le lendemain, quand, à six heures, un rayon de soleil réveilla les dormeurs, ils cherchèrent en vain l’enfant australien. Toliné avait disparu.

Voulait-il gagner sans retard les contrées du Lachlan? S’était-il blessé des rires de Paganel?

On ne savait.

Mais, lorsque lady Helena s’éveilla, elle trouva sur sa poitrine un frais bouquet de sensitives à feuilles simples, et Paganel, dans la poche de sa veste, «la géographie» de Samuel Richardson.

Chapitre XIV

Les mines du mont Alexandre
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