Le facteur
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1985
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-22261-5
- Переводчик: Gérard Lebec
- Жанр: Социально-философская фантастика
Электронная книга - «Le facteur». Краткое содержание книги:
Depuis quinze ans, Gordon Krantz court les bois à la recherche de communautés désireuses de repartir de zéro, en s’efforçant d’échapper à la vigilance des « survivalistes ». Jusqu’au jour où il rencontre successivement le facteur, l’ordinateur Cyclope et le chef indien Powatan…
Les Etats-Unis sont morts ? Vivent les Etats-Unis Restaurés ! Les hommes ont peut-être provoqué l’Apocalypse... Restent les femmes…
Le plus dur avait suivi, plus terrible encore que ce qu’elles avaient prévu, car ces femmes avaient dû simuler de quoi étayer leur fable jusqu’à la nuit prévue pour être celle des « longs couteaux » ; jusqu’à la nuit où elles étaient censées sauver les vestiges fragiles de la civilisation contre les monstres qui voulaient la détruire.
Nul ne savait ce qui avait cloché dans la manœuvre. On l’ignorait encore à l’époque où la contre-offensive printanière avait abouti à la reprise des premiers villages. Peut-être un des envahisseurs, pris de soupçon, avait-il fait torturer l’une de ces malheureuses pour la faire parler. Peut-être que l’une d’elles était tombée amoureuse de son bourreau et lui avait fait, sur l’oreiller, des confidences équivalant à une trahison en bonne et due forme. Dena ne s’était pas trompée en affirmant que l’histoire rapportait des cas semblables. En l’occurrence, les choses avaient fort bien pu se passer ainsi.
Plus simplement, certaines n’avaient peut-être pas su mentir ou dissimuler leur dégoût lorsque leurs nouveaux seigneurs et maîtres les approchaient.
Quel que fût le détail qui fit déraper le scénario prévu, la nuit décisive se révéla sanglante. Là où l’alerte n’avait pas pu être donnée à temps, les femmes avaient fait main basse sur les couteaux de cuisine et, à minuit, s’étaient glissées de chambre en chambre pour tuer et tuer encore, jusqu’à ce qu’elles fussent maîtrisées par les survivants.
Ailleurs, tout de suite rendues inoffensives, elles avaient dû se contenter d’agonir d’insultes leurs bourreaux et, jusqu’à la fin, de leur cracher au visage.
L’échec avait été total. Tout un chacun eût raisonnablement pu le prédire. Même dans les cantonnements survivalistes où le « plan » avait réussi, trop peu d’envahisseurs avaient péri pour que cela fît véritablement la différence. En tant qu’opération militaire, le sacrifice des éclaireuses n’avait servi à rien.
À rien, sinon, à un tragique fiasco.
La nouvelle s’en était toutefois répandue, franchissant la ligne de front et pénétrant au cœur des vallées. Les hommes l’avaient écoutée, muets d’étonnement, et avaient secoué leur tête incrédule. Les femmes aussi l’avaient apprise et, entre elles, en avaient parlé. Elles avaient discuté, froncé des sourcils perplexes… et s’étaient mises à réfléchir.
Enfin, elle avait atteint les lointaines terres du Sud. D’ores et déjà transformée en légende, l’histoire avait abouti au mont Pain de Sucre.
Là, surplombant le confluent rugissant des bras de la Coquille, les éclaireuses de la Willamette avaient fini par remporter leur victoire.
Tout ce que je puis vous dire, c’est que j’espère ne pas voir tourner cette affaire en dogme, en religion. Mes pires cauchemars me représentent des femmes qui ont pour tradition de noyer leurs fils dès que ceux-ci manifestent la première tendance à devenir des brutes. Je me les imagine, accomplissant leur devoir en s’arrogeant secrètement le droit de vie ou de mort sur tout enfant mâle avant qu’il devienne une menace pour l’entourage.
Il se peut ; certes, qu’il y ait parmi nous, les hommes, un certain nombre d’individus « trop fous pour mériter de vivre » mais, poussée à l’extrême, pareille « solution » me terrifie… dans son aspect idéologique, il y a là quelque chose que mon esprit se refuse à saisir.
Évidemment, il est probable que les choses se décanteront d’elles-mêmes. Les femmes ont la tête sur les épaules ; elles n’en arriveront pas à ces extrémités. C’est peut-être là, en fin de compte, que réside notre espoir.
À présent, il est temps que je poste cette lettre. Je ferai mon possible pour vous écrire de Coos Bay, ainsi qu’à Abby. D’ici là, madame Thompson, soyez assurée de mes sentiments les plus dévoués.