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Le vicomte de Bragelonne Tome I - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le vicomte de Bragelonne Tome I

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome I». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Oh! s'écria Mazarin, il y avait M. le prince… je l'ai bien tourmenté, celui-là!

– Il n'est pas à plaindre, il a acquis assez de gloire et assez de bien.

– Soit pour M. le prince; mais M. de Beaufort, par exemple… que j'ai tant fait souffrir au donjon de Vincennes?

– Ah! mais c'était un rebelle, et la sûreté de l'État exigeait que vous fissiez le sacrifice… Passons.

– Je crois que j'ai épuisé l'orgueil. Il y a un autre péché que j'ai peur de qualifier…

– Je le qualifierai, moi… Dites toujours.

– Un bien grand péché, mon révérend.

– Nous verrons, monseigneur.

– Vous ne pouvez manquer d'avoir ouï parler de certaines relations que j'aurais eues… avec Sa Majesté la reine mère… Les malveillants…

– Les malveillants, monseigneur, sont des sots… Ne fallait-il pas, pour le bien de l'État et pour l'intérêt du jeune roi, que vous vécussiez en bonne intelligence avec la reine? Passons, passons.

– Je vous assure, dit Mazarin, que vous m'enlevez de la poitrine un terrible poids.

– Vétilles que tout cela!… Cherchez les choses sérieuses.

– Il y a bien de l'ambition, mon révérend…

– C'est la marche des grandes choses, monseigneur.

– Même cette velléité de la tiare?…

– Être pape, c'est être le premier des chrétiens… Pourquoi ne l'eussiez vous pas désiré?

– On a imprimé que j'avais, pour arriver là, vendu Cambrai aux Espagnols.

– Vous avez fait peut-être vous-même des pamphlets sans trop persécuter les pamphlétaires?

– Alors, mon révérend, j'ai vraiment le cœur bien net. Je ne sens plus que de légères peccadilles.

– Dites.

– Le jeu.

– C'est un peu mondain; mais enfin, vous étiez obligé, par le devoir de la grandeur, à tenir maison.

– J'aimais à gagner…

– Il n'est pas de joueur qui joue pour perdre.

– Je trichais bien un peu…

– Vous preniez votre avantage. Passons.

– Eh bien! mon révérend, je ne sens plus rien du tout sur ma conscience. Donnez-moi l'absolution, et mon âme pourra, lorsque Dieu l'appellera, monter sans obstacle jusqu'à son trône.

Le théatin ne remua ni les bras ni les lèvres.

– Qu'attendez-vous, mon révérend, dit Mazarin.

– J'attends la fin.

– La fin de quoi?

– De la confession, monseigneur.

– Mais j'ai fini.

– Oh! non! Votre Éminence fait erreur.

– Pas que je sache.

– Cherchez bien.

– J'ai cherché aussi bien que possible.

– Alors je vais aider votre mémoire.

– Voyons.

Le théatin toussa plusieurs fois.

– Vous ne me parlez pas de l'avarice, autre péché capital, ni de ces millions, dit-il.

– Quels millions, mon révérend?

– Mais ceux que vous possédez, monseigneur.

– Mon père, cet argent est à moi, pourquoi vous en parlerais-je?

– C'est que, voyez-vous, nos deux opinions diffèrent. Vous dites que cet argent est à vous, et, moi, je crois qu'il est un peu à d'autres.

Mazarin porta une main froide à son front perlé de sueur.

– Comment cela? balbutia-t-il.

– Voici. Votre Éminence a gagné beaucoup de biens au service du roi…

– Hum! beaucoup… ce n'est pas trop.

– Quoi qu'il en soit, d'où venait ce bien?

– De l'État.

– L'État, c'est le roi.

– Mais que concluez-vous, mon révérend? dit Mazarin, qui commençait à trembler.

– Je ne puis conclure sans une liste des biens que vous avez. Comptons un peu, s'il vous plaît: vous avez l'évêché de Metz.

– Oui.

– Les abbayes de Saint-Clément, de Saint-Arnoud et de Saint-Vincent, toujours à Metz.

– Oui.

– Vous avez l'abbaye de Saint-Denis, en France, un beau bien.

– Oui, mon révérend.

– Vous avez l'abbaye de Cluny, qui est si riche.

– Je l'ai.

– Celle de Saint-Médard, à Soissons, cent mille livres de revenus.

– Je ne le nie pas.

– Celle de Saint-Victor, à Marseille, une des meilleures du Midi.

– Oui, mon père.

– Un bon million par an. Avec les émoluments du cardinalat et du ministère, c'est peut-être deux millions par an.

– Eh!

– Pendant dix ans, c'est vingt millions… et vingt millions placés à cinquante pour cent donnent, par progression, vingt autres millions en dix ans.

– Comme vous comptez, pour un théatin!

– Depuis que Votre Éminence a placé notre ordre dans le couvent que nous occupons près de Saint-Germain-des-Prés, en 1644, c'est moi qui fais les comptes de la société.

– Et les miens, à ce que je vois, mon révérend.

– Il faut savoir un peu de tout, monseigneur.

– Eh bien! concluez à présent.

– Je conclus que le bagage est trop gros pour que vous passiez à la porte du paradis.

– Je serai damné?

– Si vous ne restituez pas, oui.

Mazarin poussa un cri pitoyable.

– Restituer! mais à qui, bon Dieu!

– Au maître de cet argent, au roi!

– Mais c'est le roi qui m'a tout donné!…

– Un moment! le roi ne signe pas les ordonnances!

Mazarin passa des soupirs aux gémissements.

– L'absolution, dit-il.

– Impossible, monseigneur… Restituez, restituez, répliqua le théatin.

– Mais, enfin, vous m'absolvez de tous les péchés; pourquoi pas de celui là?

– Parce que, répondit le révérend, vous absoudre pour ce motif est un péché dont le roi ne m'absoudrait jamais, monseigneur.

Là-dessus, le confesseur quitta son pénitent avec une mine pleine de componction, puis il sortit du même pas qu'il était entré.

– Holà! mon Dieu, gémit le cardinal… Venez ça, Colbert; je suis bien malade, mon ami!

Chapitre XLVI – La donation

Colbert reparut sous les rideaux.

– Avez-vous entendu? dit Mazarin.

– Hélas! oui, monseigneur.

– Est-ce qu'il a raison? Est-ce que tout cet argent est du bien mal acquis?

– Un théatin, monseigneur, est un mauvais juge en matière de finances, répondit froidement Colbert. Cependant il se pourrait que, d’après ses idées théologiques, Votre Éminence eût de certains torts. On en a toujours eu… quand on meurt.

– On a d'abord celui de mourir, Colbert.

– C'est vrai, monseigneur. Envers qui cependant le théatin vous aurait-il trouvé des torts? Envers le roi.

Mazarin haussa les épaules.

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