Le vicomte de Bragelonne Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:
– À demain, Louise.
La Vallière poussa un soupir; puis, sans force contre la demande royale:
– Puisque vous le voulez, Sire, à demain, répéta-t-elle.
Et, à ces mots, elle monta légèrement les degrés et disparut aux yeux de son amant.
– Eh bien! Sire?… demanda de Saint-Aignan lorsqu’elle fut partie.
– Eh bien! de Saint-Aignan, hier, je me croyais le plus heureux des hommes.
– Et Votre Majesté, aujourd’hui, dit en souriant le comte, s’en croirait-elle par hasard le plus malheureux?
– Non, mais cet amour est une soif inextinguible; en vain je bois, en vain je dévore les gouttes d’eau que ton industrie me procure: plus je bois, plus j’ai soif.
– Sire, c’est un peu votre faute, et Votre Majesté s’est fait la position telle qu’elle est.
– Tu as raison.
– Donc, en pareil cas, Sire, le moyen d’être heureux, c’est de se croire satisfait et d’attendre.
– Attendre! Tu connais donc ce mot-là, toi, attendre?
– Là, Sire, là! ne vous désolez point. J’ai déjà cherché, je chercherai encore.
Le roi secoua la tête d’un air désespéré.
– Et quoi! Sire, vous n’êtes plus content déjà?
– Eh! si fait, mon cher de Saint-Aignan; mais trouve, mon Dieu! trouve.
– Sire, je m’engage à chercher, voilà tout ce que je puis dire.
Le roi voulut revoir encore le portrait, ne pouvant revoir l’original. Il indiqua quelques changements au peintre, et sortit.
Derrière lui, de Saint-Aignan congédia l’artiste.
Chevalets, couleurs et peintre n’étaient pas disparus, que Malicorne montra sa tête entre les deux portières.
De Saint-Aignan le reçut à bras ouverts, et cependant avec une certaine tristesse. Le nuage qui avait passé sur le soleil royal voilait, à son tour, le satellite fidèle.
Malicorne vit, du premier coup d’œil, ce crêpe étendu sur le visage de de Saint-Aignan.
– Oh! monsieur le comte, dit-il, comme vous voilà noir!
– J’en ai bien le sujet, ma foi! mon cher monsieur Malicorne; croiriez vous que le roi n’est pas content?
– Pas content de son escalier?
– Oh! non, au contraire, l’escalier a plu beaucoup.
– C’est donc la décoration des chambres qui n’est pas selon son goût?
– Oh! pour cela, il n’y a pas seulement songé. Non, ce qui a déplu au roi…
– Je vais vous le dire, monsieur le comte: c’est d’être venu, lui quatrième, à un rendez-vous d’amour. Comment, monsieur le comte, vous n’avez pas deviné cela, vous?
– Mais comment l’eussé-je deviné, cher monsieur Malicorne, quand je n’ai fait que suivre à la lettre les instructions du roi?
– En vérité, Sa Majesté a voulu, à toute force, vous voir près d’elle?
– Positivement.
– Et Sa Majesté a voulu avoir, en outre, M. le peintre que j’ai rencontré en bas?
– Exigé, monsieur Malicorne, exigé!
– Alors, je le comprends, pardieu! bien, que Sa Majesté ait été mécontente.
– Mécontente de ce que l’on a ponctuellement obéi à ses ordres? Je ne vous comprends plus.
Malicorne se gratta l’oreille.
– À quelle heure, demanda-t-il, le roi avait-il dit qu’il se rendrait chez vous?
– À deux heures.
– Et vous étiez chez vous à attendre le roi?
– Dès une heure et demie.
– Ah! vraiment!
– Peste! il eût fait beau me voir inexact devant le roi.
Malicorne, malgré le respect qu’il portait à de Saint-Aignan, ne put s’empêcher de hausser les épaules.
– Et ce peintre, fit-il, le roi l’avait-il demandé aussi pour deux heures?
– Non, mais moi, je le tenais ici dès midi. Mieux vaut, vous comprenez, qu’un peintre attende deux heures, que le roi une minute.
Malicorne se mit à rire silencieusement.
– Voyons, cher monsieur Malicorne, dit Saint-Aignan, riez moins de moi et parlez davantage.
– Vous l’exigez?
– Je vous en supplie.
– Eh bien! monsieur le comte, si vous voulez que le roi soit un peu plus content la première fois qu’il viendra…
– Il vient demain.
– Eh bien! si vous voulez que le roi soit un peu plus content demain…
– Ventre-saint-gris! comme disait son aïeul, si je le veux! je le crois bien!
– Eh bien! demain, au moment où arrivera le roi, ayez affaire dehors, mais pour une chose qui ne peut se remettre, pour une chose indispensable.
– Oh! oh!
– Pendant vingt minutes.
– Laisser le roi seul pendant vingt minutes? s’écria de Saint-Aignan effrayé.
– Allons, mettons que je n’ai rien dit, fit Malicorne, tirant vers la porte.
– Si fait, si fait, cher monsieur Malicorne; au contraire, achevez, je commence à comprendre. Et le peintre, le peintre?
– Oh! le peintre, lui, il faut qu’il soit en retard d’une demi-heure.
– Une demi-heure, vous croyez?
– Oui, je crois.
– Mon cher monsieur, je ferai comme vous dites.
– Et je crois que vous vous en trouverez bien; me permettez-vous de venir m’informer un peu demain?
– Certes.
– J’ai bien l’honneur d’être votre serviteur respectueux, monsieur de Saint Aignan.
Et Malicorne sortit à reculons.
«Décidément ce garçon-là a plus d’esprit que moi», se dit de Saint-Aignan entraîné par sa conviction.
Chapitre CLXXVI – Hampton-Court
Cette révélation que nous venons de voir Montalais faire à La Vallière, à la fin de notre avant-dernier chapitre, nous ramène tout naturellement au principal héros de cette histoire, pauvre chevalier errant au souffle du caprice d’un roi.
Si notre lecteur veut bien nous suivre, nous passerons donc avec lui ce détroit plus orageux que l’Europe qui sépare Calais de Douvres; nous traverserons cette verte et plantureuse campagne aux mille ruisseaux qui ceint Charing, Maidstone et dix autres villes plus pittoresques les unes que les autres, et nous arriverons enfin à Londres.
De là, comme des limiers qui suivent une piste, lorsque nous aurons reconnu que Raoul a fait un premier séjour à White-Hall, un second à Saint-James; quand nous saurons qu’il a été reçu par Monck et introduit dans les meilleures sociétés de la Cour de Charles II, nous courrons après lui jusqu’à l’une des maisons d’été de Charles II, près de la ville de Kingston, à Hampton-Court, que baigne la Tamise.
Le fleuve n’est pas encore, à cet endroit, l’orgueilleuse voie qui charrie chaque jour un demi-million de voyageurs, et tourmente ses eaux noires comme celles du Cocyte, en disant: «Moi aussi, je suis la mer.»
Non, ce n’est encore qu’une douce et verte rivière aux margelles moussues, aux larges miroirs reflétant les saules et les hêtres, avec quelque barque de bois desséché qui dort çà et là au milieu des roseaux, dans une anse d’aulnes et de myosotis.