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Le compte de Monte-Cristo Tome IV

Электронная книга - «Le compte de Monte-Cristo Tome IV». Краткое содержание книги:

Victime d'un terrible complot, Edmond Dantès est emprisonné au Château d'If alors qu'il sur le point d'épouser celle qu'il aime. A sa libération et sous l'identité du compte de Monte-Cristo, sa vengeance n'épargnera personne…
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«Di quà», dit un des quatre hommes en descendant un petit sentier qui conduisait de la voie Appienne au milieu de ces inégales hachures de la campagne de Rome.

Danglars suivit son guide sans discussion, et n’eut pas besoin de se retourner pour savoir qu’il était suivi des trois autres hommes.

Cependant il lui sembla que ces hommes s’arrêtaient comme des sentinelles à des distances à peu près égales.

Après dix minutes de marche à peu près, pendant lesquelles Danglars n’échangea point une seule parole avec son guide, il se trouva entre un tertre et un buisson de hautes herbes; trois hommes debout et muets formaient un triangle dont il était le centre.

Il voulut parler; sa langue s’embarrassa.

«Avanti», dit la même voix à l’accent bref et impératif.

Cette fois Danglars comprit doublement: il comprit par la parole et par le geste, car l’homme qui marchait derrière lui le poussa si rudement en avant qu’il alla heurter son guide.

Ce guide était notre ami Peppino, qui s’enfonça dans les hautes herbes par une sinuosité que les fouines et les lézards pouvaient seuls reconnaître pour un chemin frayé.

Peppino s’arrêta devant une roche surmontée d’un épais buisson; cette roche entrouverte comme une paupière, livra passage au jeune homme, qui y disparut comme disparaissent dans leurs trappes les diables de nos féeries.

La voix et le geste de celui qui suivait Danglars engagèrent le banquier à en faire autant. Il n’y avait plus à en douter, le banqueroutier français avait affaire à des bandits romains.

Danglars s’exécuta comme un homme placé entre deux dangers terribles, et que la peur rend brave. Malgré son ventre assez mal disposé pour pénétrer dans les crevasses de la campagne de Rome, il s’infiltra derrière Peppino, et, se laissant glisser en fermant les yeux, il tomba sur ses pieds.

En touchant la terre, il rouvrit les yeux.

Le chemin était large, mais noir. Peppino, peu soucieux de se cacher, maintenant qu’il était chez lui, battit le briquet, et alluma une torche.

Deux autres hommes descendirent derrière Danglars, formant l’arrière-garde, et, poussant Danglars lorsque par hasard il s’arrêtait, le firent arriver par une pente douce au centre d’un carrefour de sinistre apparence.

En effet, les parois des murailles, creusées en cercueils superposés les uns aux autres, semblaient, au milieu des pierres blanches, ouvrir ces yeux noirs et profonds qu’on remarque dans les têtes de mort.

Une sentinelle fit battre contre sa main gauche les capucines de sa carabine.

«Qui vive? fit la sentinelle.

– Ami, ami! dit Peppino. Où est le capitaine?

– Là, dit la sentinelle, en montrant par-dessus son épaule une espèce de grande salle creusée dans le roc et dont la lumière se reflétait dans le corridor par de grandes ouvertures cintrées.

– Bonne proie, capitaine, bonne proie», dit Peppino en italien.

Et prenant Danglars par le collet de sa redingote, il le conduisit vers une ouverture ressemblant à une porte, et par laquelle on pénétrait dans la salle dont le capitaine paraissait avoir fait son logement.

«Est-ce l’homme? demanda celui-ci, qui lisait fort attentivement la Vie d’Alexandre dans Plutarque.

– Lui-même, capitaine, lui-même.

– Très bien, montrez-le-moi.»

Sur cet ordre assez impertinent, Peppino approcha si brusquement sa torche du visage de Danglars, que celui-ci se recula vivement pour ne point avoir les sourcils brûlés. Ce visage bouleversé offrait tous les symptômes d’une pâle et hideuse terreur.

«Cet homme est fatigué, dit le capitaine, qu’on le conduise à son lit.

– Oh! murmura Danglars, ce lit, c’est probablement un des cercueils qui creusent la muraille; ce sommeil, c’est la mort qu’un des poignards que je vois étinceler dans l’ombre va me procurer.»

En effet, dans les profondeurs sombres de l’immense salle, on voyait se soulever, sur leurs couches d’herbes sèches ou de peaux de loup, les compagnons de cet homme qu’Albert de Morcerf avait trouvé lisant les Commentaires de César, et que Danglars retrouvait lisant la Vie d’Alexandre.

Le banquier poussa un sourd gémissement et suivit son guide: il n’essaya ni de prier ni de crier. Il n’avait plus ni force, ni volonté, ni puissance, ni sentiment; il allait parce qu’on l’entraînait.

Il heurta une marche, et, comprenant qu’il avait un escalier devant lui, il se baissa instinctivement pour ne pas se briser le front, et se trouva dans une cellule taillée en plein roc.

Cette cellule était propre, bien que nue, sèche, quoique située sous la terre à une profondeur incommensurable.

Un lit fait d’herbes sèches, recouvert de peaux de chèvre, était, non pas dressé, mais étendu dans un coin de cette cellule. Danglars, en l’apercevant, crut voir le symbole radieux de son salut.

«Oh! Dieu soit loué! murmura-t-il, c’est un vrai lit!»

C’était la seconde fois, depuis une heure, qu’il invoquait le nom de Dieu; cela ne lui était pas arrivé depuis dix ans.

«Ecco», dit le guide.

Et poussant Danglars dans la cellule, il referma la porte sur lui.

Un verrou grinça; Danglars était prisonnier.

D’ailleurs n’y eût-il pas eu de verrou, il eût fallu être saint Pierre et avoir pour guide un ange du ciel, pour passer au milieu de la garnison qui tenait les catacombes de Saint-Sébastien, et qui campait autour de son chef, dans lequel nos lecteurs ont certainement reconnu le fameux Luigi Vampa.

Danglars aussi avait reconnu ce bandit, à l’existence duquel il n’avait pas voulu croire quand Morcerf essayait de le naturaliser en France. Non seulement il l’avait reconnu, mais aussi la cellule dans laquelle Morcerf avait été enfermé, et qui, selon toute probabilité, était le logement des étrangers.

Ces souvenirs, sur lesquels au reste Danglars s’étendait avec une certaine joie, lui rendaient la tranquillité. Du moment où ils ne l’avaient pas tué tout de suite, les bandits n’avaient pas l’intention de le tuer du tout.

On l’avait arrêté pour le voler, et comme il n’avait sur lui que quelques louis, on le rançonnerait.

Il se rappela que Morcerf avait été taxé à quelque chose comme quatre mille écus; comme il s’accordait une apparence beaucoup plus importante que Morcerf, il fixa lui-même dans son esprit sa rançon à huit mille écus.

Huit mille écus faisaient quarante-huit mille livres.

Il lui restait encore quelque chose comme cinq millions cinquante mille francs.

Avec cela on se tire d’affaire partout.

Donc, à peu près certain de se tirer d’affaire, attendu qu’il n’y a pas d’exemple qu’on ait jamais taxé un homme à cinq millions cinquante mille livres, Danglars s’étendit sur son lit, où, après s’être retourné deux ou trois fois, il s’endormit avec la tranquillité du héros dont Luigi Vampa étudiait l’histoire.

CXV. La carte de Luigi Vampa.

À tout sommeil qui n’est pas celui que redoutait Danglars, il y a un réveil.

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