Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:
– Mon fils, en ce moment, M. le chancelier de Birague, M. Gondi, le duc de Nevers, le maréchal de Tavannes et votre frère Henri d’Anjou sont réunis dans mon oratoire pour y prendre des décisions propres à vous sauver, à sauver l’État. Et ils attendent le roi pour lui soumettre le résultat de leur délibération.
Charles IX demeura un instant stupéfait.
– Madame, dit-il enfin, si je ne connaissais toute votre force d’âme et toute votre fermeté d’esprit, je me demanderais si une vision n’a pas troublé votre sang-froid et si vous êtes bien dans votre bon sens. Quoi, madame! vous me venez éveiller une heure après minuit pour me dire que ces messieurs délibèrent! De quel droit délibèrent-ils? Qui les a convoqués? Quel danger me menace et menace l’État? Les Espagnols sont-ils en France, ayant eu vent du bon tour que je leur veux jouer aux Pays-Bas avec l’aide de mon féal ami l’amiral? Ou bien la peste est-elle dans Paris? Vraiment? M. Gondi délibère! Le fils du maître d’hôtel de mon père… le fils d’un faquin qui se veut à toute force mêler de ce qui ne le regarde pas. Qu’il se mêle de cuisine [22]! Nevers délibère! Une belle brute, qui a fait plus de mal au royaume avec sa bande de soudards, sous prétexte de nous aider, qu’une armée ennemie n’eut commis de dévastations! M. de Birague délibère! Un ambitieux qui ne rêve que carnage dans l’espoir de pêcher dans le sang quelque nouveau titre. Tavannes délibère! Un soldat violent qui me jette parfois d’étranges regards et que je soupçonne de… mais je n’en dis pas plus… Je ne dis rien de mon frère: c’est peut-être que j’en pense trop long sur lui, madame!… Donc, ces messieurs délibèrent? Eh bien, qu’ils délibèrent donc et me laissent dormir en paix!… Bonsoir, madame!
Et Charles IX, tournant le dos à sa mère, commença à défaire les aiguillettes de son pourpoint noir.
– Charles, dit froidement Catherine, ne vous déshabillez pas. Ou bien, ce sera peut-être pour la dernière fois.
Le roi se retourna vivement vers elle. Ses yeux avaient pris cette expression de terreur, ses joues cette pâleur plombée qu’il avait au moment de ses crises. Catherine comprit qu’elle tenait son fils: l’épouvante, comme toujours dans leurs discussions, le lui livrait.
– Que se passe-t-il donc? balbutia Charles IX.
– Il se passe que vous avez heureusement des amis qui veillent sur vous. Il se passe que sous quarante-huit heures au plus tard, le Louvre doit être envahi, le roi massacré, moi exilée. Il se passe que les vaillants serviteurs que je viens de vous nommer sont venus m’avertir, et qu’à mon tour je vous avertis. Maintenant, sire, recouchez-vous, si vous voulez: je vais prévenir ces amis dévoués que leur délibération est inutile et que le roi veut dormir en paix…
– Le Louvre envahi! Le roi massacré! répétait Charles en passant ses mains sur son front jaune. Je rêve. C’est de la folie…
Catherine le saisit par un bras qu’elle serra nerveusement.
– Charles, dit-elle d’une voix sombre, ce qui est un rêve, c’est que vous vous défiez de votre mère, de votre frère, de ceux qui vous aiment et dont l’intérêt même, à défaut de leur affection, vous garantit le dévouement. Ce qui est de la folie, c’est de vous livrer pieds et poings liés à ces maudits hérétiques qui ont horreur de notre religion, qui ont juré de faire triompher leurs détestables doctrines et qui, pour en arriver à leurs fins, sont obligés de commencer par tuer le fils aîné de l’Église… Qu’avez-vous fait, Charles? Vous avez comblé ces gens-là des marques de votre affection, au point que la chrétienté catholique du royaume est réduite au désespoir, au point que trois mille seigneurs catholiques. Guise en tête, ont pris la résolution de sauver la France et l’Église malgré vous!… Vous voilà donc pris entre ces deux forces également redoutables: les huguenots, remplis d’orgueil, audacieux, ne connaissant plus de frein et résolus à nous imposer la réforme; les catholiques, désespérés, furieux, acculés à la révolte suprême. L’instant est grave, sire! Si grave que je me demande si, sur le point de tout perdre, honneur et couronne, nous ne ferions pas bien de sauver tout au moins notre vie en prenant la fuite! Votre attitude d’aujourd’hui a mis le feu aux poudres. En jurant publiquement, en pleine rue, de venger un malheureux coup d’arquebuse qui a effleuré le cher amiral, vous avez soulevé le peuple entier, que deux miracles successifs ont averti des volontés divines. Le prévôt Le Charron m’est venu dire qu’il n’est plus maître des capitaines de quartier, et que partout la foule s’assemble autour des églises. En faisant crier l’édit qui désarme les bourgeois, vous avez accrédité le bruit que vous voulez faire massacrer les Parisiens par les huguenots. En vous faisant escorter par les hérétiques, vous avez signifié aux gentilshommes catholiques qu’ils ne vous étaient plus rien, et que, sous peu, il leur faudrait céder le pas aux huguenots. Voilà ce que vous avez fait, sire! Oh! je sais bien, moi, que vous voulez seulement la paix, et que vous avez entrepris de vous débarrasser des huguenots en les envoyant aux Pays-Bas, et que vous demeurez le roi catholique, le fils bien-aimé de Rome! Mais qui voudra croire une mère dont l’affection est trop connue, et qui est par conséquent suspecte de partialité! Je vous le dis, Charles: c’est à peine s’il nous reste quelques heures pour prendre une résolution suprême! Ô mon Dieu! ajouta-t-elle tout à coup en levant les bras, éclairez le roi, et dites-lui, vous, puisqu’il se méfie de sa mère, dites-lui que l’heure est venue de mourir ou de tuer!
– Tuer! gronda Charles. Toujours tuer!… Qui faut-il tuer, voyons!…
– Coligny!
– Jamais!
Charles se redressa, livide, hagard. Les paroles de sa mère lui donnaient le vertige. Une exhorbitante terreur s’était emparée de lui. Il jetait autour de lui des regards de fou, et sa main s’incrustait au manche de son poignard. Mais la pensée de ce procès terrible qu’il faudrait faire à l’amiral (car dans son esprit, c’était de cela qu’il s’agissait) l’idée de faire condamner à mort cet homme qui était son hôte, qu’il avait attiré à Paris, qu’il avait fini par aimer, cela lui causait une insurmontable horreur.
Il est vrai qu’il avait quelque temps cru sa mère; il avait admis que l’amiral conspirait contre lui.
Mais les preuves de l’innocence du vieux chef s’étaient accumulées si nombreuses, si évidentes dans son esprit qu’il avait dû se rendre à cette évidence.
– Vous m’aviez dit, continua-t-il, que j’aurais les preuves de la trahison de Coligny et des huguenots. Où sont-elles, ces preuves?
– Vous voulez des preuves! fit rapidement Catherine. Vous en aurez!
– Et quand cela?
– Demain matin: pas plus tard. Écoutez. Je suis parvenue à faire saisir deux aventuriers qui ont surpris bien des secrets et qui en savent long à la fois sur Guise, sur Montmorency et sur Coligny. L’un d’eux est ce jeune homme, le chevalier de Pardaillan, qui vint au Louvre en compagnie du maréchal et qui eut une si étrange attitude. L’autre est son père. Je tiens ces deux hommes. Demain matin, ils vont être interrogés au Temple où ils sont prisonniers. Je vous apporterai le procès-verbal de l’interrogatoire et vous verrez que Coligny n’est venu à Paris que pour vous frapper!
La reine parlait avec une telle force de conviction que Charles, déjà terrorisé, se sentit cette fois convaincu.
Toutefois, il ne voulut pas avoir l’air de céder et dit avec une fermeté apparente qui était bien loin de son esprit:
[22] Ce Gondi avait épousé Claude de Clermont de Retz et obtint plus tard d’être créé duc de Retz. On sait quelle fut la fortune de cette famille et quel rôle les de Retz jouèrent notamment pendant la Fronde (Note de M. Zévaco.)