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Mars la verte [Green Mars - fr]

Электронная книга - «Mars la verte [Green Mars - fr]». Краткое содержание книги:

Mars la rouge… Les hommes ont débarqué sur un nouveau monde, qu’ils ont entrepris de modifier pour le rendre habitable. C’est une utopie à long terme : créer une atmosphère, changer les déserts et les cratères arides en prairies, la glace des pôles en fleuves, en mers.
Mais les hommes et les femmes ont changés, eux aussi. Depuis leur révolution, durement réprimée, de 2061, les Cent Premiers sur Mars se sont dispersés sur toute l’étendue de la planète. Certains, constructeurs de villes radieuses, vivent au grand jour sous la surveillance orbitale de l’ONU. D’autres ont rejoint l’underground, la résistance, ses opérations de sabotage écologique, ses factions extrémistes, Mars-Unistes ou Rouges.
Tout peut à nouveau basculer dans la violence, et le rêve d’une Mars vivable et douce se transformer en cauchemar.
Mais pendant ce temps, sur Terre, entre toutes les multinationales avides, une seule a compris l’enjeu. Il faut libérer Mars. Avec ceux qui sont en train d’en faire Mars la verte…
Après Mars la rouge (récompensé par le prix Nebula), voici Mars la verte qui a obtenu le prix Hugo en 1994.
Depuis toujours, Kim Stanley Robinson est fasciné par Mars, une planète qu’il a longuement étudiée, en étroite collaboration avec les services spécialisés de la NASA. Il est le chef de file d’une nouvelle « école » qui se qualifie de Real Science-Fiction, la science-fiction réelle (on pourrait même dire hyper-réaliste). Cette trilogie qui s’achèvera bientôt avec la publication de Mars la bleue, lui aura demandé dix-sept années de recherche et d’écriture.
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La femme finit par l’interrompre en criant :

— Écoute ! On ne peut quand même pas accepter un lot d’uranium que nous ne sommes pas sûrs de pouvoir récupérer ! Ou bien tu fais du dumping ou tu nous dépouilles ! Tout dépend si nous trouvons ton camion ou non ! Mais c’est quoi, ton marché ? De toute façon, ça ressemble plutôt à un mauvais coup !

Coyote secoua la tête d’un air malicieux.

— Il fallait bien que je vous propose ça, non ? Ou alors, vous m’auriez enterré dans votre caliche blanco. On est en expédition, on a quelques graines, mais pas énormément – en tout cas certainement pas des millions de tonnes de nouveaux filons de caliche ! Et on a vraiment besoin de péroxyde et de pâtes aussi. Ça n’est pas un luxe comme les semences de romaine. Je vais te dire : si vous retrouvez le camion, vous pourrez brûler son équivalent, et nous aurons quand même fait un bon marché. Si vous ne le retrouvez pas, alors vous nous en devrez un, je le reconnais, mais dans ce cas, vous pourrez brûler un cadeau, et c’est vous qui aurez fait un bon marché !

— Il va nous falloir une semaine de recherches et pas mal de carburant pour récupérer ce camion !

— D’accord, alors on prendra dix picobars de plus et on en brûlera six !

— Marché conclu. (La femme secoua la tête, impressionnée.) Tu es sacrément dur en affaires !

Coyote acquiesça et remplit les tasses.

Art regarda à droite et à gauche, ahuri, avant de revenir à Nirgal.

— Explique-moi ce qui vient de se passer.

Nirgal sentait l’effet bienfaisant du kava qui se propageait dans ses veines.

— Eh bien… nous avons négocié. Nous avons besoin de ravitaillement et de carburant, et nous étions désavantagés, mais Coyote s’est bien débrouillé.

Art souleva le bloc de roc blanc.

— Mais c’était quoi ce discours sur « vous prenez l’azote et vous nous donnez de l’azote, et on brûle de l’azote » ? Ça veut dire que vous grillez l’argent que vous gagnez ?

— Ma foi, en partie, oui…

— Alors ils essayaient tous les deux de perdre ?

— De perdre ?

— De se faire avoir dans ce marché ?

— De se faire avoir ?

— De donner plus qu’ils ne recevaient ?

— Mais oui, bien sûr.

— Oh, oui, bien sûr ! (Art roula des yeux.) Mais vous… vous ne pouvez pas donner beaucoup plus que vous ne recevez. Ai-je bien compris ?

— C’est exactement ça.

Nirgal observa son nouvel ami tandis qu’il digérait en silence cette révélation.

— Mais si vous donnez toujours plus que vous ne recevez, d’où sortez-vous ce que vous donnez, si tu vois ce que je veux dire ?

Nirgal haussa les épaules et jeta un regard à Vijika, qui lui serrait la taille avec passion.

— Il faut le trouver. Ou le faire.

— Ah…

— C’est de l’économie de cadeau, lui dit Vijika.

— L’économie de cadeau ?

— Ça fait partie de la façon dont nous gérons les choses, ici. Il existe une économie monétaire pour le vieux système d’achat-paiement, avec comme unité le péroxyde d’hydrogène. Mais la plupart des gens essaient au maximum d’utiliser l’unité azote, qui est à la base de l’économie de cadeau. Ce sont les soufis qui l’ont lancée, et les gens du refuge de Nirgal.

— Et Coyote, ajouta Nirgal.

Pourtant, en jetant un regard à son père, il se dit qu’Art Randolph aurait quelque mal à se faire à l’idée d’un Coyote théoricien économiste. Pour l’instant, Coyote, installé à côté d’un autre homme, tapait frénétiquement sur une console. Ils jouaient ensemble. Il perdit et expulsa son partenaire de son coussin en expliquant aux autres que sa main avait glissé.

— On finit au bras de fer, sinon rien, proposa-t-il.

Les deux hommes plantèrent les coudes sur la table et leurs bras se raidirent.

— Le bras de fer ! s’exclama Art. Voilà le genre de chose que je connais !

Coyote perdit en quelques secondes et Art prit sa place pour défier le vainqueur. Il gagna en un clin d’œil et, très vite, il devint évident que personne ne pouvait lui résister. Les Bogdanovistes finirent par se mettre à trois contre lui, puis quatre, mais ils les battit tous.

— OK, conclut-il. Je gagne. (Il se laissa retomber sur son coussin.) Alors, combien je vous dois ?

4

Pour éviter les auréoles de terrain brisé qui marquaient le nord d’Olympus Mons, ils décrivirent un vaste demi-cercle. Comme d’habitude, ils dormaient durant la journée.

Art et Nirgal conduisaient la plupart du temps, en bavardant. Art posait des flots de questions auxquelles Nirgal répondait avant d’en poser d’autres à son tour, aussi fasciné par la Terre qu’Art l’était par Mars. Ils faisaient un bon tandem, chacun passionné par l’autre, ce qui avait toujours été un terrain propice à l’amitié.

Nirgal avait été effrayé à l’idée de contacter les Terriens, quand elle lui était venue pour la première fois. Cette possibilité dangereuse lui était apparue une nuit, à Sabishii, et ne l’avait jamais abandonné. Durant plusieurs mois, il avait passé de longues heures à l’envisager sous tous ses aspects et à chercher qui il devait contacter s’il devait passer à l’action. Plus il en apprenait, plus il se confortait dans la certitude que cette idée était bonne, qu’une alliance avec un pouvoir terrestre était essentielle à la réalisation de leurs espoirs. Pourtant, il était convaincu que tous ceux des Cent Premiers qu’il connaissait ne voudraient pas prendre le risque d’un contact. C’était à lui de jouer. De courir le danger, d’assumer les enjeux…

Il avait approché Praxis à cause de ce qu’il avait pu lire à propos de cette transnat. Il tirait un peu au hasard, comme on le fait dans les situations critiques. Il avait agi instinctivement : d’abord le voyage jusqu’à Burroughs, une visite dans les bureaux de Praxis de Hunt Mesa, des demandes répétées pour entrer en contact avec William Fort.

Il avait réussi, bien que cela n’eût pas de signification propre. Mais dès le premier instant, quand il avait approché Art dans la rue, à Sheffield, il avait su qu’il ne s’était pas trompé. Et Praxis non plus. Au premier regard, il avait lu dans cet homme corpulent une certaine qualité qu’il avait trouvée immédiatement rassurante : une ouverture, une capacité, une facilité dans l’amitié. S’il s’était servi de son vocabulaire d’enfant, il aurait dit qu’il avait vu en Art l’équilibre des deux mondes. Un homme auquel il faisait confiance.

Ce qui identifie une bonne action, c’est que, rétrospectivement, elle apparaît comme inévitable. Et, durant les longues nuits qu’ils passaient ensemble dans la clarté des écrans infrarouges, ils se parlaient comme s’ils se voyaient eux aussi à travers un écran infrarouge. Leur dialogue se poursuivait sans fin, ils finissaient par se connaître – par devenir amis. La pulsion qui poussait Nirgal vers la Terre se concrétisait : il la lisait sur le visage d’Art, au fil des heures – la même curiosité que la sienne, le même intérêt.

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