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L'apprenti [Prentice Alvin - fr]

Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:

Au bord de la rivière Hatrack, près des forêts profondes où règne encore l’homme rouge, un enfant va naître en des circonstances tragiques. Un enfant au destin exceptionnel. Septième fils d’un septième fils, il détiendra, dit-on, les immenses pouvoirs d’un « Faiseur ! ». Si les forces du mal ne parviennent à le détruire. Car il existe un autre pouvoir, obscur, prêt à tout pour l’empêcher de vivre et de grandir.
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
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Il sentit les particules affluer de partout autour du soc pour se joindre à celles déjà présentes dans le métal et constituer des éléments beaucoup plus lourds, se positionner de différentes manières jusqu’à correspondre au modèle qu’il leur montrait en pensée.

Entre les mains il tenait un soc d’or. Il passa les doigts dessus. De l’or, oui, d’un jaune éclatant à la lumière du feu de la forge, mais toujours mort, toujours froid. Comment lui apprendre la vie ? Pas en lui montrant le modèle de sa propre chair ; ce genre de vie, le soc n’en avait pas besoin. C’étaient les atomes mêmes qu’Alvin voulait éveiller, pour leur montrer la différence entre ce qu’ils étaient et ce qu’ils pouvaient être. Pour allumer en eux le feu de la vie.

Le feu de la vie. Alvin souleva le soc d’or – bien plus lourd à présent – et, malgré la chaleur du feu mourant, il le déposa dans la forge, au milieu des braises de charbon de bois.

* * *

Ils étaient à nouveau en selle, les pisteurs, ils remontaient calmement au pas la route de Hatrack River, regardaient dans toutes les maisons, huttes et cabanes en brandissant la capsule pour la comparer avec les flammes de vie qu’ils y découvraient. Mais aucune ne correspondait, ils ne reconnurent personne. Ils passèrent devant la forge et aperçurent une flamme de vie qui brûlait dedans, mais il ne s’agissait pas du petit marronneur sang-mêlé. Ce devait être le forgeron qui avait fabriqué les menottes, sûrement.

« Ça m’plairait d’lui trouer la peau, souffla le pisteur brun. J’connais qu’il a mis ce charme dans les menottes, il s’est arrangé pour que l’drôle arrive à s’en échapper.

— On aura l’temps pour ça après qu’on aura trouvé le p’tit moricaud », dit celui aux cheveux blancs.

Ils virent deux flammes de vie brûler dans l’ancienne resserre, mais aucune ne coïncidait avec le contenu de la capsule, aussi s’en furent-ils plus loin chercher un enfant qu’ils reconnaîtraient.

* * *

Le feu avait maintenant gagné l’intérieur de l’or, mais il n’avait pas d’autre effet que de le fondre. Ça n’allait pas du tout ; c’était de la vie que le soc avait besoin, pas de la mort du métal dans le feu. Il garda la forme du soc dans sa tête et la montra aussi clairement que possible à chacun des éléments de métal ; cria silencieusement à chaque atome : « Ça suffit pas d’vous mettre en ordre pour prendre la forme de l’or, faut aussi garder la forme de tout l’soc, même dans l’feu, même si une autre force veut vous écraser, vous déchirer, vous fondre ou vous mutiler. »

Il sentit qu’il était entendu : il y eut une réaction dans l’or, réaction contre l’écoulement du métal qui se liquéfiait. Mais elle manquait de force, elle manquait d’assurance. Sans réfléchir, Alvin plongea les mains dans le feu et empoigna l’or, lui montrant la forme du soc, lui criant du fond du cœur : « Comme ça ! J’te veux comme ça ! Voilà ce que t’es ! » Oh, la brûlure lui faisait horriblement mal, mais il savait qu’il devait laisser ses mains où elles étaient, car le Faiseur fait partie de ce qu’il crée. Les atomes l’entendirent et se disposèrent selon des configurations auxquelles Alvin n’avait même jamais songé, mais le résultat en fut que l’or absorbait maintenant la chaleur du feu sans fondre, sans se déformer. C’était fait ; le soc ne vivait pas vraiment, pas comme Alvin l’aurait voulu, mais il pouvait séjourner dans la forge sans se liquéfier. L’or était davantage que de l’or à présent. C’était de l’or qui se savait soc de charrue et tenait à le rester.

Alvin retira ses mains du soc et vit des flammes qui lui dansaient toujours sur la peau, une peau carbonisée par endroits, qui se détachait de l’os. Dans un silence de mort, il les immergea dans la barrique d’eau et entendit le grésillement sur sa chair du feu qui s’éteignait. Puis, avant que la douleur ne revienne en force, il entreprit de se guérir et se dépouilla de la peau morte pour en faire pousser une neuve.

Immobile, affaibli par les efforts que son corps devait fournir pour lui reconstituer les mains, Alvin regardait dans le feu. Le soc d’or y reposait, conscient de sa forme, à laquelle il se tenait, mais ça ne suffisait pas à le rendre vivant. Il lui fallait savoir à quoi servait un soc. Savoir pourquoi il vivait afin de répondre à ce qu’on attendait de lui. Être Faiseur, c’était ça, Alvin en avait la certitude maintenant ; voilà ce que l’oiseau rouge était venu lui dire trois ans plus tôt. Ça n’avait rien à voir avec le travail du menuisier ou du forgeron qui coupent, tordent ou fondent pour imposer de nouvelles formes aux choses. C’était plus subtil et plus fort : pousser les choses à vouloir changer, leur donner l’idée d’une nouvelle forme pour qu’elles la prennent naturellement. Alvin faisait ça depuis des années sans le savoir. Quand il pensait seulement trouver les fissures naturelles dans la roche, en fait il les créait ; en imaginant leur position qu’il montrait aux atomes contenus dans les éléments des morceaux de roche, il leur apprenait à vouloir se conformer au modèle qu’il leur proposait.

C’est ce qu’il avait fait aujourd’hui avec ce soc de charrue, mais délibérément, non par accident ; et il avait appris à l’or à gagner en force, à mieux conserver sa forme que tout ce qu’il avait créé à ce jour. Mais comment lui apprendre davantage, lui apprendre à agir, à se mouvoir ? On n’avait jamais appris ça à l’or.

Au fond de lui, il savait que ce soc d’or n’était pas le vrai problème. Le vrai problème, c’était la Cité de Cristal ; là, les matériaux ne seraient pas de simples atomes dans une structure de métal. Les atomes d’une ville, ce sont des hommes et des femmes, et eux ne croient pas à la forme qu’on leur indique avec la foi naïve des atomes, ils ne comprennent pas aussi clairement, et quand ils agissent, ils n’ont jamais leur perfection. Mais si je peux instruire cet or pour en faire un soc de charrue vivant, alors j’arriverai peut-être à créer une cité de cristal à partir d’hommes et de femmes ; je trouverai peut-être des gens aussi parfaits que ces atomes d’or, qui parviendront à comprendre la forme de la Cité de Cristal et à l’aimer comme je l’ai aimée dès l’instant où je l’ai vue en montant avec Tenskwa-Tawa à l’intérieur de la tornade. Alors, ils ne garderont pas seulement cette forme, mais ils la feront aussi agir, ils feront de la Cité de Cristal quelque chose de vivant, bien plus grand, bien plus important que chacun d’entre nous qui serons ses atomes.

Le Faiseur, c’est celui qui fait partie de ce qu’il crée.

Alvin courut au soufflet et pompa jusqu’à ce que le charbon de bois de la forge rougeoie dans une fournaise qui aurait forcé n’importe quel forgeron à sortir respirer l’air nocturne en attendant que le feu se calme. Mais pas Alvin. Au contraire, il s’avança sans hésiter vers la forge et grimpa carrément dans le brasier, au milieu des flammes. Il sentit ses vêtements brûler sur sa peau mais n’y prêta aucune attention. Il se lova autour du soc et entreprit de se guérir lui-même, non pas petit à petit, une partie après l’autre, mais en ordonnant à tout son corps d’un coup : « Reste en vie ! Transmets au soc ce feu qui te brûle ! »

En même temps, il disait au soc : « Fais comme moi ! Vis ! Apprends auprès de tous mes éléments vivants à quoi sert chaque partie du corps et comment elle remplit sa fonction. J’peux pas t’montrer quelle forme prendre ni comment y arriver, je l’ignore. Mais j’peux t’montrer à quoi ça ressemble d’être en vie, par la douleur qu’endure mon corps, par sa guérison, par son combat contre la mort. J’te veux comme ça ! Même si ça te coûte, même si c’est dur d’apprendre, ça, c’est toi, deviens comme moi ! »

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