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Les dossiers de l'Agence "O" - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les dossiers de l'Agence "O"

Электронная книга - «Les dossiers de l'Agence "O"». Краткое содержание книги:

Nouvelles figurant dans le recueil :> La cabane en bois>> La cage d'Émile>> Le chantage de l'Agence O>> Le Club des Vieilles Dames>> Le docteur Tant-Pis>> Émile à Bruxelles>> L'étrangleur de Moret>> La fleuriste de Deauville>> L'homme tout nu>> La jeune fille de La Rochelle>> Le prisonnier de Lagny>> Le ticket de métro>> Les trois bateaux de la calanque>> Le vieillard au porte-mine.
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— On y va?

— Si vous voulez...

— Je ne « fais » pas trop miteux?

Heureusement que Torrence a mis sa gabardine neuve et un chapeau à peine fatigué. Grâce à son embonpoint, il peut passer pour un bon bourgeois, et il n'est pas interdit à un bourgeois d'être amateur de tableaux.

Quelques instants plus tard, ils franchissent la passerelle, que coupe en deux une barrière munie d'une sonnette. Le chien danois, menaçant, tire sur sa chaîne. Un visage d'homme paraît un instant à la plus large des baies vitrées et les deux chefs de l'Agence O commencent à comprendre ce que l'Auvergnat a voulu dire en parlant des yeux froids.

Une porte s'ouvre. L'homme est là, une palette de peintre à la main. Il est vêtu d'un gros chandail blanc et de pantalons de flanelle, chaussé de pantoufles.

— Qu'est-ce que c'est? Questionne-t-il sans se donner la peine d'être poli.

On le prendrait plutôt pour un Nordique que pour un Français.

Ses cheveux sont à peu près couleur paille et ses yeux ont la teinte glauque des fjords norvégiens dont ils ont aussi la transparence.

— M. Dassonville?

— Ensuite?

— On m'a beaucoup parlé de vos tableaux, et j'aurais aimé...

Une petite voix à l'accent extrêmement curieux fait, à l'intérieur:

— Fermez la porte, Jean... Je gèle...

Le peintre se décide à ouvrir la barrière et à calmer son chien.

— A qui ai-je l'honneur?

— Rousseau... bégaie Torrence. Joseph Rousseau... Je suis industriel en province... Des amis m'ont parlé de vos œuvres...

— Entrez...

Une bouffée de chaleur. Et ce n'est pas que la chaleur. D'un instant à l'autre, on pénètre dans un monde si différent que le sang monte à la tête d'Emile et de Torrence. La pièce dans laquelle ils se trouvent est toute tendue d'étoffes soyeuses, meublée uniquement, dirait-on, de divans profonds et moelleux. Il y règne une odeur qui rappellerait un peu, en plus subtil, l'odeur de l'encens.

Sur le divan qui fait face à la porte, un personnage, qu'on pourrait prendre pour une statuette, est étendu. Est-ce vraiment une femme? N'est-ce pas plutôt une figurine de cire?

C'est bien une femme, une jeune Japonaise entièrement nue, qui fume une cigarette orientale et dont le regard indifférent glisse sur Torrence et sur son compagnon. Sur un autre divan, la jeune fille brune que les deux hommes ont admirée tout à l'heure est vêtue d'une somptueuse robe de chambre et joue avec un chat siamois.

Il est évident qu'au moment où les deux hommes se sont présentés, le peintre était occupé à faire le portrait de la jeune Orientale. Il prend d'ailleurs place devant son chevalet.

— Si vous voulez vous asseoir, messieurs... Vous permettez?...

Il rallume sa cigarette, reprend ses pinceaux. Le modèle à la peau couleur safran reprend la pose.

— Quels sont les amis qui vous ont envoyés?

On sent qu'il a l'habitude de travailler tout en recevant des visites.

Torrence, qui n'a jamais conversé ainsi en présence d'une femme en tenue aussi sommaire, toussote, murmure:

— Je pense que vous ne les connaissez pas... Ce sont de gros commerçants de Lyon qui viennent souvent à Paris et qui fréquentent les bars de Montparnasse... C'est là qu'ils ont entendu parler du « peintre de la péniche »...

« Pas mal! » approuve Emile d'un battement de paupières.

— On parle beaucoup de moi à Montparnasse, c'est exact! concède le peintre, que la modestie n'étouffe pas. Mais on en parle encore plus à Amsterdam, à Londres, à New York... Germaine! Il reste quelque chose à boire?

— Si c'est pour nous, madame...

— Laissez!... Il doit rester du whisky... Nous avons eu une bande d'amis, la nuit dernière... On n'est jamais en paix... C'est le défaut de la célébrité... Eh bien! Germaine!...

Celle-ci, qui a ouvert un placard aménagé dans la cloison, pose sur un plateau une bouteille de whisky, des verres et des siphons.

— Pas de glace?

— Je peux aller en chercher en face...

— Merci! J'en ai assez de cette vilaine tête d'Auvergnat... A votre santé, messieurs!...

Torrence, qui a le whisky en horreur, retient une grimace. Le peintre, sans lâcher sa palette, vide son verre d'un trait.

— Je crois d'ailleurs, reprend Torrence, qui préfère décidément, pour garder son sang-froid, ne pas regarder la vivante statuette asiatique, je crois que j'ai déjà aperçu votre charmante et confortable péniche...

— Nous avons parcouru à peu près toute la France...

— C'était, si je ne me trompe, sur la Marne... Je passais en canot automobile avec un ami...

Emile avait envie de lancer à son patron: « Trop vite! Beaucoup trop vite... »

Et en effet, Dassonville les regardait avec vraiment ce qu'on peut appeler des yeux froids et il laissait tomber l'entretien.

— Je peux d'ailleurs m'être trompé, tentait de se rattraper le bon Torrence. Toujours est-il que je suis heureux de vous surprendre en plein travail et que je serais plus heureux encore si je pouvais acquérir une des œuvres que...

— Montrez les tableaux, Germaine...

Cela semblait faire partie d'un rite. La jeune femme brune, fort peu vêtue, elle aussi, ouvrait un placard et en retirait une douzaine de toiles non encore encadrées, certaines inachevées.

Non seulement Dassonville semblait n'avoir jamais peint un seul personnage habillé, mais encore ses œuvres étaient pour le moins lascives, certaines d'une indécence fort poussée.

— Très bien... Très bien... faisait Torrence. Évidemment!... C'est exactement ce qu'on me disait...

Et Emile, arrivant à son secours:

— On nous disait, monsieur, que vous êtes le premier peintre de l'amour de notre époque... Je suis le secrétaire particulier de M. Martin...

— Il me semble qu'il avait dit Rousseau?

— Martin Rousseau...

— Vous n'aviez pas dit Joseph?

— La firme est Joseph-Martin Rousseau... Dans l'intimité...

--- Bref, vous êtes venus pour acheter un tableau... Il ne vous reste qu'à choisir et, comme je suis très occupé, c'est Mlle Germaine qui a l'habitude de ces choses...

— Savez-vous à quoi je pense depuis que je suis entré ici?... Je pense à vos œuvres, c'est évident... Comment ne pas y penser quand on a l'honneur et l'avantage...

Pauvre Torrence! Et cette femme nue qui s'étale sans la plus élémentaire pudeur et qui les regarde comme un sphinx...

— Je pense que je connais certainement Mlle Germaine... J'ai son nom de famille au bout de la langue... Je suis sûr que je l'ai déjà rencontrée et...

— Vous faites sûrement erreur...

— Je m'excuse d'insister... J'ai d'habitude très bonne mémoire, surtout la mémoire des physionomies... Mlle Germaine me rappelle... Attendez donc... Non! Ce n'était pas chez un avocat... Chez un notaire... J'ai plusieurs amis dans le notariat... Attendez... Je crois...

Elle a rougi, il en est sûr. Elle évite, maintenant, de le regarder en face. Est-ce qu'il aurait touché juste? Est-ce que le petit exercice de graphologie auquel s'est livré Emile sur l'étrange lettre reçue par l'Agence O porterait déjà ses fruits?

— Voulez-vous nous laisser, Germaine?

L'homme aux yeux froids a dit cela d'une voix changée, et aussitôt la jeune fille brune disparaît derrière une portière de velours ancien aux tons passés.

Le peintre, lui, dépose sa palette et ses pinceaux sur un guéridon. Il ne s'occupe pas plus de la petite Asiatique que si elle était vraiment une statuette plus ou moins précieuse, et la jeune idole, de son côté, ne paraît pas accorder le moindre intérêt à la conversation. Puisqu'on ne peint pas, elle peut s'étirer, croiser et décroiser les jambes, exactement comme le fait sur l'autre divan le chat siamois.

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