La main tendue [The Helping Hand - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: LIBRAIRIE DES CHAMPS-
- Переводчик: Maxime Barriere
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La main tendue [The Helping Hand - fr]». Краткое содержание книги:
— Il n’y a rien d’étonnant à cela, lui dit Skorrogan. La plupart parlent solien. Les langues natales sont en train de disparaître rapidement.
Un Solien grassouillet en vêtement de sport criard était en train d’interpeller un commerçant qui, impassible, se tenait sur le seuil de sa boutique:
— Hé, toi! Toi donner à moi souvenir, là, vite vite!…
— Du solien petit nègre, fit Skorrogan avec une grimace. Lui aussi est en voie de disparition, étant donné que les tous jeunes Cundaloiens apprennent entièrement la manière correcte de parler. Mais les touristes, eux, n’apprendront jamais.
Il lança un regard menaçant à l’adresse du touriste solien et, l’espace d’un instant, il fit le geste de porter la main à son fulgureur.
Mais non… les temps ont changé. On ne supprime pas quelqu’un parce qu’il s’est simplement trouvé vous déplaire personnellement. Même pas sur Skontar. Cela ne se fait plus.
Le touriste se retourna et faillit lui rentrer dedans.
— Oh! je suis vraiment désolé! fit-il aussi poliment qu’il le put. J’aurais dû faire attention où je marchais.
— Cela n’avoir pas d’importance, dit Skorrogan en haussant les épaules.
Alors le Solien se mit à lui parler dans un haut-naarhaym laborieux encore alourdi par un fort accent:
— Permettez-moi cependant de vous présenter toutes mes excuses. Puis-je vous offrir un verre?
— Pas d’importance, répéta Skorrogan, agacé.
— Quelle planète! Aussi arriérée que… que Pluton! D’ici, je me rends à Skontar ensuite: j’espère y décrocher un contrat, car au moins vous savez vous y prendre en affaires, vous autres Skontariens!
Skorrogan le gratifia d’un regard de profond mépris et tourna les talons, tirant littéralement Thordin par le bras pour l’entraîner à sa suite. Lorsqu’ils eurent parcouru une centaine de mètres, le Valtam s’enquit:
— Mais que vous est-il arrivé? Il faisait tous ses efforts pour être courtois envers nous. Est-ce parce que vous ne pouvez pas vous empêcher de détester les Humains?
— Je les aime bien dans l’ensemble, mais par leurs touristes. Louons le Destin que nous n’ayons pas beaucoup de représentants de cette engeance sur Skontar. Je n’ai rien à redire à propos de leurs ingénieurs, hommes d’affaires et étudiants; je me réjouis même que nos relations avec Sol soient suffisamment étroites pour que nous puissions recevoir en grand nombre les membres de ces catégories. Mais que le Destin nous préserve éternellement des touristes!
— Pourquoi?
Skorrogan désigna d’un geste rageur une affiche illuminée par le néon:
— Voilà pourquoi!
Et il traduisit du solien:
ASSISTEZ AUX CEREMONIES ANTIQUES
DE MAUIROA COLORÉE! AUTHENTIQUE! TOUTE LA MAGIE
DE L’ANCIENNE CUNDALOA!
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— La religion de Mauiroa représentait quelque chose autrefois, expliqua-t-il. Elle reposait sur une noble foi, même si elle comportait certains aspects peu scientifiques. Ces aspects auraient pu être changés…. mais il est trop tard maintenant. La plupart des Cundaloiens sont ou bien néopanthéistes, ou bien agnostiques, et ils célèbrent les anciens rites pour de l’argent. Comme un spectacle!
«Cundaloa n’a pas perdu ses vieilles maisons, son folklore, sa musique, tout ce que sa culture compte de pittoresque: mais elle est devenue consciente, précisément, que c’est pittoresque, ce qui est pire.
— Je ne vois pas très bien ce qui vous rend si furieux, dit Thordin. Les temps ont changé. Il en est de même sur Skontar.
— Pas de cette façon. Regardez autour de vous! Vous n’avez jamais été dans le Système Solien, mais vous en avez certainement vu des photos. Vous devez alors vous rendre compte que ceci est une cité solienne typique — un peu arriérée peut-être, mais typique. Vous ne trouverez aucune cité dans le Système Avaikien qui ne soit essentiellement… humaine.
«Vous ne trouvez plus ici d’art original, de littérature, de musique originales: seulement des imitations bon marché de produits soliens, ou alors carrément l’expression archaïque de traditions parfaitement dépassées, une contrefaçon romantique du passé. Vous ne trouvez plus de science qui ne soit essentiellement solienne, de machines qui soient fondamentalement différentes de celles des Soliens: vous verrez peu de maisons qui se distinguent réellement des constructions humaines. L’ancienne société est morte; il n’en reste aujourd’hui que quelques infimes fragments. La cellule familiale, base même de toute culture propre, a disparu, et les liens consécutifs au mariage sont aussi distendus que sur la Terre elle-même. L’amour de la terre natale n’existe plus. Il ne reste pratiquement plus de fermes tribales: les jeunes affluent, tous dans les villes pour gagner toujours plus d’argent. Ils mangent les produits fabriqués par des usines alimentaires de type solien, et l’on ne fait plus de cuisine originale que dans quelques restaurants très chers. «Il n’existe plus de poterie artisanale, de vêtements tissés à la main. Tout le monde ne porte plus aujourd’hui que ce qui sort d’une usine. Il n’y a plus de bardes pour chanter les vieux lais d’autrefois et en composer de nouveaux. On ne regarde plus que le télécran maintenant. Il n’y a plus de philosophes de l’école aracléienne ou vranamauienne, mais désormais seulement quelques mauvais ouvrages opposant Aristote à Korzybski ou traitant de la théorie du savoir de Russell…
La phrase de Skorrogan resta en suspension, inachevée. Au bout d’un moment de silence, Thordin reprit la parole d’une voix douce:
— Je vois ce que vous voulez dire: Cundaloa s’est aliénée au modèle solien, c’est cela?
— Exactement. Et cela était inévitable à partir du moment où ils acceptaient l’aide de Sol. Ils étaient obligés d’adopter la science solienne, l’économie solienne, et finalement toute la culture solienne. Parce que c’était le seul modèle qui paraissait concevable aux Humains qui prenaient la direction de la reconstruction. Et, comme cette culture semblait avoir fait ses preuves, Cundaloa l’a adoptée. A présent il est trop tard pour espérer pouvoir revenir en arrière. De toute façon, personne ne veut plus retourner en arrière.
"Ce phénomène s’est déjà produit, vous savez. J’ai étudié l’histoire de Sol. Bien avant que la race humaine ait atteint les autres planètes de son système, il existait de nombreuses cultures, souvent radicalement différentes les unes des autres. Mais en fin de compte, une seule, celle de ce qui s’appelait la Société Occidentale, est parvenue à acquérir une supériorité technologique tellement écrasante que… eh bien, qu’aucune autre n’a pu coexister avec elle. Pour être concurrentielles, elles ont dû adopter les techniques de l’Occident. Et quand l’Occident les a aidées à rattraper leur retard, il les a évidemment aidées selon le modèle occidental. C’est ainsi qu’avec les meilleures intentions du monde l’Occident a fait disparaître tous les autres modes de civilisation.
— Et c’est de cela que vous vouliez nous sauver? interrogea Thordin. Je comprends votre point de vue en un sens. Pourtant je me demande si la valeur sentimentale attachée à de vieilles institutions compensait des millions de vies perdues, une décade de sacrifices et de souffrances.
— C’était bien plus que du sentiment! fit Skorrogan avec véhémence. Ne voyez-vous donc pas? L’avenir est dans la science, c’est vrai. Pour parvenir à un résultat, nous devions en passer par la science. Mais la science solienne était-elle la seule possible? Fallait-il que nous devenions des Humains de second ordre pour survivre?… Ou pouvions-nous choisir résolument une voie inédite, où nous n’aurions pas à porter le fardeau écrasant que représentait l’influence d’un type de civilisation hautement développé mais essentiellement autre. J’ai pensé que nous pouvions. J’ai pensé que nous devions.