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Maupassant

Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:

Ce livre des œuvres complètes de Guy de Maupassant est exhaustif. Il réunit ses huit romans (dont deux inachevés), ses quelques 350 nouvelles réunies en 24 recueils, ses sept pièces de théâtre (dont deux inachevées), toutes ses poésies (réunies en deux volumes), ses carnets de voyages ainsi que les centaines d’articles qu’il écrivit pour la presse entre 1876 et 1891 (classées par dates de publication et par recueils annuels). Une introduction de l’éditeur explique le parcours et l’œuvre de Guy de Maupassant. Ce livre est le fruit d'une somme de travail considérable. Les quelques milliers de pages de « Maupassant : Œuvres complètes » sont réparties en 57 volumes, ayant chacun un sommaire interactif propre. Aussi, un sommaire général permet d’accéder instantanément à n'importe lequel de ses volumes, ou, au choix, à un de ses chapitres, nouvelles, contes fantastiques, poésies, articles de presse, etc. Toutes ces œuvres ont été relues, corrigées lorsque cela était nécessaire, et mises en page avec soin pour en rendre leur lecture aussi agréable que possible.
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
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Ancien pair de France, ancien colonel de cavalerie, il ne croyait, disait-on, ni à Dieu ni à diable. Doutant donc de la vie future, il avait abusé, de toutes les façons, de la vie présente ; et il était devenu la plaie vive du cœur de maman.

Elle dit : « Donnez-moi cette lettre, Paul. »

Quand elle eut fini de la lire, je la demandai à mon tour. La voici :

« Monsieur le comte, je croi devoir vou faire asavoir que votre bôfrère le marqui de Fumerol, va mourir. Peut etre voudré vous prendre des disposition, et ne pas oublié que je vous ai prévenu.

Votre servante,

MÉLANI. »

Papa murmura : « Il faut aviser. Dans ma situation, je dois veiller sur les derniers moments de votre frère. »

Maman reprit : « Je vais faire chercher l’abbé Poivron et lui demander conseil. Puis j’irai trouver mon frère avec l’abbé et Roger. Vous, Paul, restez ici. Il ne faut pas vous compromettre. Une femme peut faire et doit faire ces choses-là. Mais pour un homme politique dans votre position, c’est autre chose. Un adversaire aurait beau jeu à se servir contre vous de la plus louable de vos actions.

— Vous avez raison, dit mon père. Faites suivant votre inspiration, ma chère amie.

Un quart d’heure plus tard, l’abbé Poivron entrait dans le salon, et la situation fut exposée, analysée, discutée sous toutes ses faces.

Si le marquis de Fumerol, un des grands noms de France, mourait sans les secours de la religion, le coup assurément serait terrible pour la noblesse en général et pour le comte de Tourneville en particulier. Les libres-penseurs triompheraient. Les mauvais journaux chanteraient victoire pendant six mois ; le nom de ma mère serait traîné dans la boue et dans la prose des feuilles socialistes ; celui de mon père éclaboussé. Il était impossible qu’une pareille chose arrivât.

Donc une croisade fut immédiatement décidée, qui serait conduite par l’abbé Poivron, petit prêtre gras et propre, vaguement parfumé, un vrai vicaire de grande église dans un quartier noble et riche.

Un landau fut attelé et nous voici partis tous trois, maman, le curé et moi, pour administrer mon oncle.

Il avait été décidé qu’on verrait d’abord Mme Mélanie, auteur de la lettre et qui devait être la concierge ou la servante de mon oncle.

Je descendis en éclaireur devant une maison à sept étages et j’entrai dans un couloir sombre où j’eus beaucoup de mal à découvrir le trou obscur du portier. Cet homme me toisa avec méfiance.

Je demandai :

— Madame Mélanie, s’il vous plaît ?

— Connais pas !

— Mais, j’ai reçu une lettre d’elle.

— C’est possible, mais connais pas. C’est quelque entretenue que vous demandez ?

— Non, une bonne, probablement. Elle m’a écrit pour une place.

— Une bonne ?… Une bonne ?… P’t’être la celle au marquis. Allez voir, cintième à gauche.

Du moment que je ne demandais pas une entretenue, il était devenu plus aimable et il vint jusqu’au couloir. C’était un grand maigre avec des favoris blancs, un air bedeau et des gestes majestueux.

Je grimpai en courant un long limaçon poisseux d’escalier dont je n’osais toucher la rampe et je frappai trois coups discrets à la porte de gauche du cinquième étage.

Elle s’ouvrit aussitôt ; et une femme malpropre, énorme, se trouva devant moi barrant l’entrée de ses bras ouverts qui s’appuyaient aux deux portants.

Elle grogna :

— Qu’est-ce que vous demandez ?

— Vous êtes Madame Mélanie ?

— Oui.

— Je suis le vicomte de Tourneville.

— Ah bon ! Entrez.

— C’est que… maman est en bas avec un prêtre.

— Ah bon… Allez les chercher. Mais prenez garde au portier.

Je descendis et je remontai avec maman que suivait l’abbé. Il me sembla que j’entendais d’autres pas derrière nous.

Dès que nous fûmes dans la cuisine, Mélanie nous offrit des chaises et nous nous assîmes tous les quatre pour délibérer.

— Il est bien bas ? demanda maman.

— Ah oui, Madame, il n’en a pas pour longtemps.

— Est-ce qu’il semble disposé à recevoir la visite d’un prêtre ?

— Oh !.. je ne crois pas.

— Puis-je le voir ?

— Mais… oui… Madame… seulement… seulement… ces demoiselles sont auprès de lui.

— Quelles demoiselles ?

— Mais… mais… ses bonnes amies donc.

— Ah !

Maman était devenue toute rouge.

L’abbé Poivron avait baissé les yeux.

Cela commençait à m’amuser et je dis :

— Si j’entrais le premier ? Je verrai comment il me recevra et je pourrai peut-être préparer son cœur.

Maman, qui n’y entendait pas malice, répondit :

— Oui, mon enfant.

Mais une porte s’ouvrit quelque part et une voix, une voix de femme cria :

— Mélanie !

La grosse bonne s’élança, répondit :

— Qu’est-ce qu’il faut, mamzelle Claire ?

— L’omelette, bien vite.

— Dans une minute, mamzelle.

Et revenant vers nous, elle expliqua cet appel :

— C’est une omelette au fromage qu’elles m’ont commandée pour deux heures comme collation.

Et tout de suite elle cassa les œufs dans un saladier et se mit à les battre avec ardeur.

Moi, je sortis sur l’escalier et je tirai la sonnette afin d’annoncer mon arrivée officielle.

Mélanie m’ouvrit, me fit asseoir dans une antichambre, alla dire à mon oncle que j’étais là, puis revint me prier d’entrer.

L’abbé se cacha derrière la porte pour paraître au premier signe.

Assurément, je fus surpris en voyant mon oncle. Il était très beau, très solennel, très chic, ce vieux viveur.

Assis, presque couché dans un grand fauteuil, les jambes enveloppées d’une couverture, les mains, de longues mains pâles, pendantes sur les bras du siège, il attendait la mort avec une dignité biblique. Sa barbe blanche tombait sur sa poitrine, et ses cheveux, tout blancs aussi, la rejoignaient sur les joues.

Debout, derrière son fauteuil, comme pour le défendre contre moi, deux jeunes femmes, deux grasses petites femmes, me regardaient avec des yeux hardis de filles. En jupe et en peignoir, bras nus, avec des cheveux noirs à la diable sur la nuque, chaussées de savates orientales à broderies d’or qui montraient les chevilles et les bas de soie, elles avaient l’air, auprès de ce moribond, des figures immorales d’une peinture symbolique. Entre le fauteuil et le lit, une petite table portant une nappe, deux assiettes, deux verres, deux fourchettes et deux couteaux, attendait l’omelette au fromage commandée tout à l’heure à Mélanie.

Mon oncle dit d’une voix faible, essoufflée, mais nette :

— Bonjour, mon enfant. Il est tard pour me venir voir. Notre connaissance ne sera pas longue.

Je balbutiai : « Mon oncle, ce n’est pas ma faute… »

Il répondit :

— Non. Je le sais. C’est la faute de ton père et de ta mère plus que la tienne… Comment vont-ils ?

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