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Le Livre des Baltimore

Электронная книга - «Le Livre des Baltimore». Краткое содержание книги:

Jusqu'au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair.
Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l'auteur de La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey.
Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d'une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne.
Huit ans après le Drame, c est l'histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu'en février 2012, il quitte l'hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s'atteler à son prochain roman.
Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu'il éprouva jadis pour cette famille de l'Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s'effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu'au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu'est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ?
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— Ils disent que, si ça leur plaît, ils rappelleront, m'expliquait-elle.

Pendant plusieurs mois, personne ne téléphona.

En dehors de mes parents, personne ne sut vraiment ce que je faisais. Officiellement, j'étais dans mon bureau de Montclair occupé à écrire mon premier roman.

Il n'y avait personne pour vérifier.

La seule autre personne à connaître la vérité était Patrick Neville, par le biais d'Alexandra. Je n'étais pas parvenu à renouer avec lui. Il était l'homme qui m'avait pris ma tante.

C'était l'unique ombre au tableau dans ma relation avec Alexandra. Je ne voulais pas le voir : j'avais trop peur de lui sauter à la gorge. Il valait mieux que j'en reste éloigné. Parfois Alexandra me disait :

— Tu sais, à propos de mon père…

— N'en parlons pas. Il faut laisser le temps passer.

Elle n'insistait pas.

Au fond, la seule personne à qui je voulais cacher la vérité sur Alexandra et moi était Hillel. Je m'étais enfoncé dans un mensonge dont je ne pouvais plus m'extraire.

J'étais en contact très irrégulier avec lui ; ce n'était plus comme avant. C'était comme si, avec la mort de Tante Anita, notre relation s'était brisée. Mais ce n'était pas lié à la seule disparition de sa mère, il y avait autre chose que je ne saisis pas immédiatement.

Hillel était devenu sérieux. Il suivait ses cours à la faculté de droit et s'en contentait. Il avait perdu sa magie. Et il avait perdu son alter ego. Il avait coupé les ponts avec Woody.

Woody avait refait sa vie à Madison. Je l'appelais de temps en temps : il n'avait plus rien à raconter. Je compris le mal qui les frappait lorsqu'il me dit un jour au téléphone : « Rien de spécial. La station-service, le boulot au restaurant. Le train-train, quoi. » Ils avaient cessé de rêver : ils s'étaient laissé dévorer par une forme de renoncement à la vie. Ils étaient rentrés dans le rang.

Ils avaient défendu les opprimés, créé leur entreprise de jardinage, ils avaient rêvé de football et d'amitié éternelle. Le liant du Gang des Goldman était là : nous étions des rêveurs de première catégorie. C'est ce qui nous rendait si uniques. Mais désormais, de nous trois, j'étais le dernier à être animé par un rêve. Le rêve originel. Pourquoi voulais-je devenir un écrivain célèbre et pas un écrivain tout court ? À cause des Baltimore. Ils avaient été mes modèles, ils étaient devenus mes rivaux. Je n'aspirais qu'à les dépasser.

En cette année 2002, mes parents et moi nous rendîmes à Oak Park pour célébrer Thanksgiving. Il n'y avait qu'Hillel et Oncle Saul pour manger du bout des lèvres le repas préparé par Maria.

Ce n'était plus comme avant.

Cette nuit-là, je n'arrivais pas à dormir. Vers deux heures du matin, je descendis à la cuisine pour chercher une bouteille d'eau. Je vis de la lumière dans le bureau d'Oncle Saul. J'allai voir et je le trouvai assis dans un fauteuil de lecture, en contemplation devant une photo de Tante Anita et lui.

Il remarqua ma présence et je lui fis signe timidement, gêné de l'interrompre dans ses réflexions.

— Tu ne dors pas, Marcus ?

— Non. Je n'arrive pas à trouver le sommeil, Oncle Saul.

— Quelque chose te tracasse ?

— Que s'est-il passé avec Tante Anita ? Pourquoi t'a-t-elle quitté ?

— Ce n'est pas important.

Il refusait d'aborder le sujet. Pour la première fois, entre les Baltimore et moi, s'était installée une barrière infranchissable : il y avait des secrets.

*

New York. Août 2011.

Qui était cet oncle que je ne reconnaissais plus ? Pourquoi m'avait-il chassé de chez lui ?

Au téléphone, je sentis que sa voix était dure.

J'avais aimé la Floride car elle m'avait rendu mon oncle Saul. Entre la mort de Tante Anita en 2002, et le Drame, en 2004, il aurait eu de quoi sombrer dans une profonde dépression. Mais son déménagement pour Coconut Grove en 2006 l'avait transfiguré. Mon oncle Saul de Floride était redevenu l'oncle aimé. Et pendant cinq ans, j'avais vécu avec la joie de l'avoir retrouvé.

Mais voilà que, de nouveau, je sentais que notre relation périclitait. Il était redevenu cet oncle qui me cachait quelque chose. Il avait un secret, mais lequel ? Était-ce lié au stade de Madison ? Comme j'insistais au téléphone, il me dit :

— Tu veux savoir pourquoi j'ai financé l'entretien du stade de Madison ?

— Je voudrais bien.

— À cause de Patrick Neville.

— Patrick Neville ? Qu'a-t-il à voir avec tout cela ?

Le départ de Woody et Hillel pour l'université eut des conséquences sur la vie d'Oncle Saul et de Tante Anita que je n'aurais jamais soupçonnées. Pendant des années, ils avaient été le noyau existentiel de la vie des Baltimore. Tout avait été construit autour d'eux : les frais de scolarité, les vacances, les cours extrascolaires. Leur routine quotidienne était organisée en fonction de la leur. Les entraînements de football, les sorties, les ennuis à l'école. Pendant des années, Oncle Saul et Tante Anita avaient vécu pour eux et à travers eux.

Mais la roue de la vie tourne : à trente ans, Oncle Saul et Tante Anita avaient la vie devant eux. Ils avaient eu Hillel, ils avaient acheté une immense maison. Et voilà que vingt années avaient passé comme un éclair. Le temps d'un clin d'œil et Hillel, l'enfant tant attendu, était déjà en âge de partir à l'université.

Un jour de 1998, à Oak Park, installés dans la voiture qu'Oncle Saul venait de leur offrir, Hillel et Woody étaient partis pour l'université. Et après vingt ans de plénitude, la maison avait soudain été vide.

Il n'y eut plus d'école, plus de devoirs, plus de cours de football, plus d'échéances. Il y eut cette maison tellement déserte que les voix y résonnaient. Il n'y eut plus de bruit et plus d'âme.

Tante Anita s'efforce de cuisiner pour son mari. Malgré ses horaires contraignants à l'hôpital, elle trouve le temps de préparer des plats mijotés et compliqués. Mais une fois à table, ils mangent en silence. Avant, la conversation sortait d'elle-même : Hillel, Woody, l'école, les devoirs, le football. À présent il y a des silences lourds.

Ils invitent des amis, se rendent à des soirées de charité : la présence de tiers leur évite l'ennui. Les discussions embrayent avec plus de facilité. Mais dans la voiture du retour, plus un mot. Ils parlent d'un tel, ou d'un autre. Mais jamais d'eux. Ils ont été tellement occupés avec leurs enfants qu'ils ne se sont pas rendu compte qu'ils n'avaient plus rien à se dire.

Ils se murent dans le silence. Et dès qu'ils revoient Woody et Hillel, ils se réaniment. Aller les retrouver à l'université les occupe. Les voir revenir à la maison quelques jours les regonfle de joie. L'activité reprend, la maison s'anime, il faut faire des courses pour quatre. Puis ils repartent, et le silence reprend sa place.

Peu à peu, ce ne fut pas seulement la maison de Baltimore qui perdit sa résonance, une fois vidée d'Hillel et Woody, mais aussi tout le cycle de la vie de Tante Anita et Oncle Saul. Tout devint différent. Ils s'efforcèrent de faire ce qu'ils avaient toujours fait : les Hamptons, la Buenavista, Whistler. Mais sans Hillel et Woody, ces lieux de bonheur étaient devenus des lieux d'ennui.

Pour ne rien arranger, l'université avala peu à peu Hillel et Woody. Oncle Saul et Tante Anita eurent l'impression de les perdre. Ils avaient le football, le journal universitaire, les cours. Ils avaient de moins en moins de temps pour leurs parents. Lorsqu'ils se retrouvaient enfin, il n'était trop souvent question que de Patrick Neville.

Ce fut un coup terrible pour mon oncle.

Il commença à se sentir moins important, moins indispensable. Lui, le chef de famille, le conseiller, le guide, le sage, le tout-puissant, perdait du terrain. Planait sur Hillel et Woody l'ombre de Patrick Neville. Dans le désert d'Oak Park, Oncle Saul se sentait lentement écarté par Woody et Hillel au profit de Patrick.

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