Germinal
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #13
- Год: 1885
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Germinal». Краткое содержание книги:
Le milieu ouvrier minier, dans le nord de la France à la fin du XIXe siècle, les premières revendications des mineurs, la grève qui tourne à la violence…
Catherine, épuisée, épouvantée, le regardait. Elle se souvenait de ses confidences, de son envie de manger un homme, lorsqu’il buvait, empoisonné dès le troisième verre, tellement ses soûlards de parents lui avaient mis de cette saleté dans le corps. Brusquement, elle s’élança, le souffleta de ses deux mains de femme, lui cria sous le nez, étranglée d’indignation:
– Lâche! lâche! lâche!… Ce n’est donc pas de trop, toutes ces abominations? Tu veux l’assassiner, maintenant qu’il ne tient plus debout!
Elle se tourna vers son père et sa mère, elle se tourna vers les autres.
– Vous êtes des lâches! des lâches!… Tuez-moi donc avec lui. Je vous saute à la figure, moi! si vous le touchez encore. Oh! les lâches!
Et elle s’était plantée devant son homme, elle le défendait, oubliant les coups, oubliant la vie de misère, soulevée dans l’idée qu’elle lui appartenait, puisqu’il l’avait prise, et que c’était une honte pour elle, quand on l’abîmait ainsi.
Etienne, sous les claques de cette fille, était devenu blême. Il avait failli d’abord l’assommer. Puis, après s’être essuyé la face, dans un geste d’homme qui se dégrise, il dit à Chaval, au milieu d’un grand silence:
– Elle a raison, ça suffit… Fous le camp!
Tout de suite, Chaval prit sa course, et Catherine galopa derrière lui. La foule, saisie, les regardait disparaître au coude de la route. Seule, la Maheude murmura:
– Vous avez tort, fallait le garder. Il va pour sûr faire quelque traîtrise. Mais la bande s’était remise en marche. Cinq heures allaient sonner, le soleil d’une rougeur de braise, au bord de l’horizon, incendiait la plaine immense. Un colporteur qui passait leur apprit que les dragons descendaient du côté de Crèvecœur. Alors, ils se replièrent, un ordre courut.
– A Montsou! à la Direction!… Du pain! du pain! du pain!
V
M. Hennebeau s’était mis devant la fenêtre de son cabinet, pour voir partir la calèche qui emmenait sa femme déjeuner à Marchiennes. Il avait suivi un instant Négrel trottant près de la portière; puis, il était revenu tranquillement s’asseoir à son bureau. Quand ni sa femme ni son neveu ne l’animaient du bruit de leur existence, la maison semblait vide. Justement, ce jour-là, le cocher conduisait Madame; Rose, la nouvelle femme de chambre, avait congé jusqu’à cinq heures; et il ne restait qu’Hippolyte, le valet de chambre, se traînant en pantoufles par les pièces, et que la cuisinière, occupée depuis l’aube à se battre avec ses casseroles, tout entière au dîner que ses maîtres donnaient le soir. Aussi, M. Hennebeau se promettait-il une journée de gros travail, dans ce grand calme de la maison déserte.
Vers neuf heures, bien qu’il eût reçu l’ordre de renvoyer tout le monde, Hippolyte se permit d’annoncer, Dansaert, qui apportait des nouvelles. Le directeur apprit seulement alors la réunion tenue la veille, dans la forêt; et les détails étaient d’une telle netteté, qu’il l’écoutait en songeant aux amours avec la Pierronne, si connus, que deux ou trois lettres anonymes par semaine dénonçaient les débordements du maître porion: évidemment, le mari avait causé, cette police-là sentait le traversin. Il saisit même l’occasion, il laissa entendre qu’il savait tout, et se contenta de recommander la prudence, dans la crainte d’un scandale. Effaré de ces reproches, au travers de son rapport, Dansaert niait, bégayait des excuses, tandis que son grand nez avouait le crime, par sa rougeur subite. Du reste, il n’insista pas, heureux d’en être quitte à si bon compte; car, d’ordinaire, le directeur se montrait d’une sévérité implacable d’homme pur, dès qu’un employé se passait le régal d’une jolie fille, dans une fosse. L’entretien continua sur la grève, cette réunion de la forêt n’était encore qu’une fanfaronnade de braillards, n’en ne menaçait sérieusement. En tout cas, les corons ne bougeraient sûrement pas de quelques jours, sous l’impression de peur respectueuse que la promenade militaire du matin devait avoir produite.
Lorsque M. Hennebeau se retrouva seul, il fut pourtant sur le point d’envoyer une dépêche au préfet. La crainte de donner inutilement cette preuve d’inquiétude le retint. Il ne se pardonnait déjà pas d’avoir manqué de flair, au point de dire partout, d’écrire même à la Régie, que la grève durerait au plus une quinzaine. Elle s’éternisait depuis près de deux mois, à sa grande surprise; et il s’en désespérait, il se sentait chaque jour diminué, compromis, forcé d’imaginer un coup d’éclat, s’il voulait rentrer en grâce près des régisseurs. Il leur avait justement demandé des ordres, dans l’éventualité d’une bagarre. La réponse tardait, il l’attendait par le courrier de l’après-midi. Et il se disait qu’il serait temps alors de lancer des télégrammes, pour faire occuper militairement les fosses, si telle était l’opinion de ces messieurs. Selon lui, ce serait la bataille, du sang et des morts, à coup sûr. Une responsabilité pareille le troublait, malgré son énergie habituelle.
Jusqu’à onze heures, il travailla paisiblement, sans autre bruit, dans la maison morte, que le bâton à cirer d’Hippolyte, qui, très loin, au premier étage, frottait une pièce. Puis, coup sur coup, il reçut deux dépêches, la première annonçant l’envahissement de Jean-Bart par la bande de Montsou, la seconde racontant les câbles coupés, les feux renversés, tout le ravage. Il ne comprit pas. Qu’est-ce que les grévistes étaient allés faire chez Deneulin, au lieu de s’attaquer à une fosse de la Compagnie? Du reste, ils pouvaient bien saccager Vandame, cela mûrissait le plan de conquête qu’il méditait. Et, à midi, il déjeuna, seul dans la vaste salle, servi en silence par le domestique, dont il n’entendait même pas les pantoufles. Cette solitude assombrissait encore ses préoccupations, il se sentait froid au cœur, lorsqu’un porion, venu au pas de course, fut introduit et lui conta la marche de la bande sur Mirou. Presque aussitôt, comme il achevait son café, un télégramme lui apprit que Madeleine et Crèvecœur étaient menacés à leur tour. Alors, sa perplexité devint extrême. Il attendait le courrier à deux heures: devait-il tout de suite demander des troupes? valait-il mieux patienter, de façon à ne pas agir avant de connaître les ordres de la Régie? Il retourna dans son cabinet, il voulut lire une note qu’il avait prié Négrel de rédiger la veille pour le préfet. Mais il ne put mettre la main dessus, il réfléchit que peut-être le jeune homme l’avait laissée dans sa chambre, où il écrivait souvent la nuit. Et, sans prendre de décision, poursuivi par l’idée de cette note, il monta vivement la chercher, dans la chambre.
En entrant, M. Hennebeau eut une surprise: la chambre n’était pas faite, sans doute un oubli ou une paresse d’Hippolyte. Il régnait là une chaleur moite, la chaleur enfermée de toute une nuit, alourdie par la bouche du calorifère, restée ouverte; et il fut pris aux narines, il suffoqua dans un parfum pénétrant, qu’il crut être l’odeur des eaux de toilette, dont la cuvette se trouvait pleine. Un grand désordre encombrait la pièce, des vêtements épars, des serviettes mouillées jetées aux dossiers des sièges, le lit béant, un drap arraché, traînant jusque sur le tapis. D’ailleurs, il n’eut d’abord qu’un regard distrait, il s’était dirigé vers une table, couverte de papiers, et il y cherchait la note introuvable. Deux fois, il examina les papiers un à un, elle n’y était décidément pas. Où diable cet écervelé de Paul avait-il bien pu la fourrer?
Et, comme M. Hennebeau revenait au milieu de la chambre en donnant un coup d’œil sur chaque meuble, il aperçut, dans le lit ouvert, un point vif, qui luisait pareil à une étincelle. Il s’approcha machinalement, envoya la main. C’était, entre deux plis du drap, un petit flacon d’or. Tout de suite, il avait reconnu un flacon de Mme Hennebeau, le flacon d’éther qui ne la quittait jamais. Mais il ne s’expliquait pas la présence de cet objet: comment pouvait-il être dans le lit de Paul? Et, soudain, il blêmit affreusement. Sa femme avait couché là.