Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
— Je vous demande pardon, je vous demande bien pardon, Monsieur Chantal, de vous avoir fait de la peine… mais… Je ne savais pas… vous… vous comprenez…
Il me serra la main :
— Oui… oui… il y a des moments difficiles…
Puis il se plongea la figure dans sa cuvette Quand il en sortit, il ne me parut pas encore présentable ; mais j’eus l’idée d’une petite ruse. Comme il s’inquiétait, en se regardant dans la glace, je lui dis :
— Il suffira de raconter que vous avez un grain poussière dans l’œil, et vous pourrez pleurer devant tout le monde autant qu’il vous plaira.
Il descendit en effet, en se frottant les yeux avec son mouchoir. On s’inquiéta ; chacun voulut chercher le grain de poussière qu’on ne trouva point, et on raconta des cas semblables où il était devenu nécessaire d’aller chercher le médecin.
Moi, j’avais rejoint Mlle Perle et je la regardais, tourmenté par une curiosité ardente, une curiosité qui devenait une souffrance. Elle avait dû être bien jolie en effet, avec ses yeux doux, si grands, si calmes, si larges qu’elle avait l’air de ne les jamais fermer, comme font les autres humains. Sa toilette était un peu ridicule, une vraie toilette de vieille fille, et la déparait sans la rendre gauche.
Il me semblait que je voyais en elle, comme j’avais vu tout à l’heure dans l’âme de M. Chantal, que j’apercevais, d’un bout à l’autre, cette vie humble, simple et dévouée ; mais un besoin me venait aux lèvres, un besoin harcelant de l’interroger, de savoir si, elle aussi, l’avait aimé, lui ; si elle avait souffert comme lui de cette longue souffrance secrète, aiguë, qu’on ne voit pas, qu’on ne sait pas, qu’on ne devine pas, mais qui s’échappe la nuit, dans la solitude de la chambre noire. Je la regardais, je voyais battre son cœur sous son corsage à guimpe, et je me demandais si cette douce figure candide avait gémi chaque soir, dans l’épaisseur moite de l’oreiller, et sangloté, le corps secoué de sursauts, dans la fièvre du lit brûlant. Et je lui dis tout bas, comme font les enfants qui cassent un bijou pour voir dedans :
— Si vous aviez vu pleurer M. Chantal tout à l’heure, il vous aurait fait pitié.
Elle tressaillit :
— Comment, il pleurait ?
— Oh ! Oui, il pleurait !
— Et pourquoi ça ?
Elle semblait très émue. Je répondis :
— A votre sujet.
— A mon sujet ?
— Oui. Il me racontait combien il vous avait aimée autrefois ; et combien il lui en avait coûté d’épouser sa femme au lieu de vous…
Sa figure pâle me parut s’allonger un peu ; ses yeux toujours ouverts, ses yeux calmes se fermèrent tout à coup, si vite qu’ils semblaient s’être clos pour toujours. Elle glissa de sa chaise sur le plancher et s’y affaissa doucement, lentement, comme aurait fait une écharpe tombée. Je criai :
— Au secours ! Au secours ! Mlle Perle se trouve mal. Mme Chantal et ses filles se précipitèrent, et comme on cherchait de l’eau, une serviette et du vinaigre, je pris mon chapeau et je me sauvai. Je m’en allai à grands pas, le cœur secoué, l’esprit plein de remords et de regrets. Et parfois aussi j’étais content ; il me semblait que j’avais fait une chose louable et nécessaire.
Je me demandais : « Ai-je eu tort ? Ai-je eu raison ? » Ils avaient cela dans l’âme comme on garde du plomb dans une plaie fermée. Maintenant ne seront-ils pas plus heureux ? Il était trop tard pour que recommençât leur torture et assez tôt pour qu’ils s’en souvinssent avec attendrissement.
Et peut-être qu’un soir du prochain printemps, émus par un rayon de lune tombé sur l’herbe, à leurs pieds, à travers les branches, ils se prendront et se serreront la main en souvenir de toute cette souffrance étouffée et cruelle ; et peut-être aussi que cette courte étreinte fera passer dans leurs veines un peu de ce frisson qu’ils n’auront point connu, et leur jettera, à ces morts ressuscités en une seconde, la rapide et divine sensation de cette ivresse, de cette folie qui donne aux amoureux plus de bonheur en un tressaillement, que n’en peuvent cueillir, en toute leur vie, les autres hommes !
16 janvier 1886
ROSALIE PRUDENT
Il y avait vraiment dans cette affaire un mystère que ni les jurés, ni le président, ni le procureur de la République lui-même ne parvenaient à comprendre.
La fille prudent (Rosalie), bonne chez les époux Varambot, de Mantes, devenue grosse à l’insu de ses maîtres, avait accouché, pendant la nuit, dans sa mansarde, puis tué et enterré son enfant dans le jardin.
C’était là l’histoire courante de tous les infanticides accomplis par les servantes. Mais un fait demeurait inexplicable. La perquisition opérée dans la chambre de la fille Prudent avait amené la découverte d’un trousseau complet d’enfant, fait par Rosalie elle-même, qui avait passé ses nuits à le couper et à le coudre pendant trois mois. L’épicier chez qui elle avait acheté de la chandelle, payée sur ses gages, pour ce long travail, était venu témoigner. De plus, il demeurait acquis que la sage-femme du pays, prévenue par elle de son état, lui avait donné tous les renseignements et tous les conseils pratiques pour le cas où l’accident arriverait dans un moment où les secours demeureraient impossibles. Elle avait cherché en outre une place à Poissy pour la fille Prudent qui prévoyait son renvoi, car les époux Varambot ne plaisantaient pas sur la morale.
Ils étaient là, assistant aux assises, l’homme et la femme, petits rentiers de province, exaspérés contre cette traînée qui avait souillé leur maison. Ils auraient voulu la voir guillotiner tout de suite, sans jugement, et ils l’accablaient de dépositions haineuses devenues dans leur bouche des accusations.
La coupable, une belle grande fille de Basse-Normandie, assez instruite pour son état, pleurait sans cesse et ne répondait rien.
On en était réduit à croire qu’elle avait accompli cet acte barbare dans un moment de désespoir et de folie, puisque tout indiquait qu’elle avait espéré garder et élever son fils.
Le président essaya encore une fois de la faire parler, d’obtenir des aveux, et l’ayant sollicitée avec une grande douceur, lui fit enfin comprendre que tous ces hommes réunis pour la juger ne voulaient point sa mort et pouvaient même la plaindre.
Alors elle se décida.
Il demandait :
— Voyons, dites-nous d’abord quel est le père de cet enfant ?
Jusque-là elle l’avait caché obstinément.
Elle répondit soudain, en regardant ses maîtres qui venaient de la calomnier avec rage.
— C’est M. Joseph, le neveu à M. Varambot.
Les deux époux eurent un sursaut et crièrent en même temps :
— C’est faux ! Elle ment. C’est une infamie.
Le président les fit taire et reprit :
— Continuez, je vous prie, et dites-nous comment cela est arrivé.
Alors elle se mit brusquement à parler avec abondance, soulageant son cœur fermé, son pauvre cœur solitaire et broyé, vidant son chagrin, tout son chagrin maintenant devant ces hommes sévères qu’elle avait pris jusque-là pour des ennemis et des juges inflexibles.
— Oui, c’est M. Joseph Varambot, quand il est venu en congé l’an dernier.
— Qu’est-ce qu’il fait, M. Joseph Varambot ?
— Il est sous-officier d’artilleurs, m’sieur. Donc il resta deux mois à la maison. Deux mois d’été. Moi, je ne pensais à rien quand il s’est mis à me regarder, et puis à me dire des flatteries, et puis à me cajoler tant que le jour durait. Moi, je me suis laissé prendre, m’sieur. Il m’répétait que j’étais belle fille, que j’étais plaisante… que j’étais de son goût… Moi, il me plaisait pour sûr… Que voulez-vous ?… on écoute ces choses-là, quand on est seule… toute seule… comme moi. J’suis seule sur la terre, m’sieur… J’nai personne à qui parler… Personne à qui conter mes ennuyances… Je n’ai pu d’père, pu d’mère, ni frère, ni sœur, personne ! Ca m’a fait comme un frère qui serait r’venu quand il s’est mis à me causer. Et puis, il m’a demandé de descendre au bord de la rivière un soir, pour bavarder sans faire de bruit. J’y suis v’nue, moi… Je sais-t-il ? Je sais-t-il après ?… Il me tenait la taille… Pour sûr, je ne voulais pas… non… non… J’ai pas pu… J’avais envie de pleurer tant que l’air était douce… il faisait clair de lune… J’ai pas pu… Non… Je vous jure… J’ai pas pu… il a fait ce qu’il a voulu… Ça a duré encore trois semaines, tant qu’il est resté… Je l’aurais suivi au bout du monde… il est parti… Je ne savais pas que j’étais grosse, moi !.. Je ne l’ai su que l’mois d’après…