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Les Pardaillan - Livre III - La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'évêque prince Farnèse, fait arrêter Léonore, sa maîtresse, fille du baron de Montaigues, supplicié pendant la Saint Barthélémy. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graciée par le Prévôt, elle est emmenée sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farnèse torturé par la situation, le voilà père et cependant homme d'église, la petite Violette est emportée par maître Claude, le bourreau…
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– À l’abbaye de Montmartre! dit alors Fausta.

La petite troupe se mit aussitôt en marche, sortit de la Cité, et se dirigea vers la porte Montmartre. La porte était fermée. Sur l’ordre du duc de Guise, nul n’avait permission de sortir de Paris jusqu’à nouvel ordre. Mais l’un des cavaliers de l’escorte, sans que Fausta intervînt, montra à l’officier du poste un papier qui portait la signature du duc.

Sans doute, et pour toute occasion, Fausta était approvisionnée de ces signatures. Quoi qu’il en soit, l’officier comprit que l’ordre ne concernait pas le porteur de ce papier et ses compagnons. Il fit donc baisser le pont-levis. En passant, Fausta lui jeta ces mots:

– Nous rentrerons à Paris dans deux heures. Faites en sorte que nous n’ayons pas à attendre de l’autre côté du fossé…

XXX VIOLETTA

Lorsque Fausta atteignit l’abbaye de Montmartre, tout était obscur et silencieux. Mais l’un des cavaliers ayant heurté la porte d’une certaine façon, le double vantail ne tarda pas à s’ouvrir tout grand. Des lumières apparurent. Fausta ayant mis pied à terre se fit conduire à l’appartement de l’abbesse qui, prévenue en toute hâte de cette visite nocturne, s’habillait.

– La prisonnière? demanda Fausta d’une voix qui étonna Claudine par sa vibration d’inquiétude.

– Elle est toujours là, madame, rassurez-vous…

– Faites-la venir… ou plutôt non, conduisez-moi près d’elle.

Simplement, l’abbesse prit un flambeau et se mit à précéder Fausta qui, d’un geste impérieux, avait renvoyé deux religieuses qui assistaient à cette scène.

Claudine descendit l’escalier, passa sous la voûte, entra dans les jardins et atteignit enfin cette partie enclose de palissades qui formait comme une prison dans une prison. Elle ouvrit la barrière avec une clef qu’elle avait sur elle et parvint au logis qui abritait Violetta sous la garde de Belgodère. Le bohémien ne dormait jamais que d’un œil. Il entendit donc les pas de Claudine et de Fausta, si légers qu’ils fussent, et se jetant à bas du lit de camp où il sommeillait tout habillé, alla ouvrir la porte en grondant:

– Qui va là?…

Mais comme, en disant ces mots, il entrouvrait, il reconnut aussitôt l’abbesse, et rengainant le poignard qu’il avait saisi à tout hasard et grâce à une habitude invétérée chez lui, il s’inclina profondément.

– La prisonnière? répéta Fausta avec cette même émotion que Claudine avait déjà remarquée.

Belgodère la reconnut à la voix; il se courba cette fois jusqu’au sol.

– Ce qu’on me donne à garder, dit-il, je le garde. La prisonnière est là!…

Il s’était redressé et du doigt montrait une porte verrouillée.

– Entrons! dit Fausta d’un ton bref.

Elles pénétrèrent dans le logis sommairement meublé d’un petit lit de camp, d’une table et de deux chaises, le tout éclairé par une torche. Sur la table, de nombreuses bouteilles, les unes vides, les autres pleines, attestaient que le bohémien cherchait à adoucir les ennuis de son métier de geôlier comme il pouvait. Claudine tira les verrous de la porte qu’avait désignée Belgodère. Fausta prit alors le flambeau et dit:

– J’entrerai seule…

Et elle pénétra dans la pièce où Violetta était enfermée.

À ce moment, d’une soupente qui dominait la première pièce où Claudine et Belgodère attendaient, surgit une tête effarée, au profil burlesque, aux cheveux noirs et plats, aux yeux arrondis par la frayeur et la curiosité. Cette tête, c’était celle de Croasse.

Croasse dormait dans la soupente, sur un tas de paille. De ce poste élevé, il dominait la chambre, et lui aussi ne dormait que d’un œil. Croasse vit donc entrer Claudine et Fausta. Il vit Fausta pénétrer dans la pièce qui servait de prison à Violetta. Lui aussi se demanda ce que signifiait cette visite nocturne. Il se demanda surtout si tout cela n’allait pas se terminer par une volée de coups de trique à lui administrée par le prodigue Belgodère. Ne trouvant aucune réponse, il prit le parti d’attendre, en retenant sa respiration, de peur d’attirer sur lui l’attention de Belgodère…

Le bohémien à ce moment ne songeait guère à lui, d’ailleurs; toute son attention était concentrée sur la pièce voisine, où Fausta, le flambeau à la main, venait de disparaître en refermant la porte derrière elle.

Fausta avait déposé sur un meuble le flambeau qu’elle tenait à la main. Un rapide coup d’œil autour d’elle lui montra la pièce misérable, sans fenêtre, plus triste vraiment qu’une prison. Sur un vieux canapé, car il n’y avait pas de lit dans ce réduit, Violetta dormait toute habillée. Fausta la contempla ardemment. Lentement, elle détacha son masque et le laissa tomber à ses pieds.

– Belle, murmura-t-elle, certes! Une figure d’ange. Le front pur de Léonore de Montaigues et la lèvre fière des Farnèse. Elle est digne vraiment de ce héros de chevalerie qui s’appelle Pardaillan. Comme il doit l’aimer!… Et comme il doit souffrir d’être séparé d’elle!

Ces paroles ou plutôt ces pensées firent pâlir Fausta.

– Eh bien! qu’il souffre donc, puisqu’il s’est mis en travers de ma route. Quoi! j’aurais jusqu’ici marché au but sublime avec la victorieuse et sereine volonté que rien n’arrête, j’aurais passé comme l’envoyé de Dieu, courbant les têtes, brisant les orgueils, sapant les puissances, soufflant sur les trônes qui s’écroulent, chassant des rois, soulevant un royaume entier, et il se trouvera un homme, un seul, qui aura pu me dire en face: «Tu n’iras pas plus loin!…»

Fausta palpitait. Ses mains s’étaient étendues vers Violetta, crispées, prêtes à s’incruster dans sa gorge. Et elle comprenait qu’elle se mentait à elle même. Prétextes!… Elle ne haïssait Pardaillan ni pour l’affaire de la place de Grève, ni pour l’affaire du moulin. Le haïssait-elle seulement?…

Ah! elle ne le sentait que trop dans cette minute: ce qu’elle haïssait, c’était cette Violetta qu’elle supposait aimée de Pardaillan. Le sentiment qui se déchaînait en elle, c’était la jalousie!… Le marbre s’amollissait!… Le bronze de ce cœur se faisait malléable… L’envoyée de Dieu devenait une femme, et l’ange repliant ses ailes fulgurantes tombait et touchait terre.

Fausta cacha son visage dans ses deux mains. Une douleur affreuse l’étreignit… La pire douleur… La douleur de la honte… et elle haleta:

– Je ne suis plus moi!…C’est donc un rêve insensé que j’ai fait lorsque je me suis juré que jamais mon cœur ne connaîtrait le sentiment féminin! C’est donc une chose impossible et surnaturelle qu’une femme puisse passer dans la vie sans aimer!… Alors que je cherche dans ma pensée l’étincelle sacrée qui devait faire de moi la guerrière de Dieu, la vierge inaccessible, je n’y trouve que le plus bas, le plus pauvre, le plus féminin des sentiments… la jalousie!… Jalouse, moi! Grand Dieu!…

À ce moment, Violetta s’éveilla. Elle vit ce jeune homme – Fausta était vêtue en cavalier – qui pantelait, le visage dans les deux mains, et semblait lutter contre une terrible et mystérieuse souffrance. Ses grands yeux bleus s’emplirent de pitié.

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