Le vicomte de Bragelonne Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:
– Y pensez-vous? fit de Saint-Aignan avec dédain; abandonner le premier poste d’honneur, le voisinage du roi, un privilège accordé seulement aux princes de sang, aux ducs et pairs?… Mais, mon cher monsieur de Malicorne, permettez-moi de vous dire que vous êtes fou.
– Monsieur, répondit gravement le jeune homme, vous commettez deux erreurs… Je m’appelle Malicorne tout court, et je ne suis pas fou.
Puis, tirant un papier de sa poche:
– Écoutez ceci, dit-il; après quoi, je vous montrerai cela.
– J’écoute, dit de Saint-Aignan.
– Vous savez que Madame veille sur La Vallière comme Argus veillait sur la nymphe Io.
– Je le sais.
– Vous savez que le roi a voulu, mais en vain, parler à la prisonnière, et que ni vous ni moi n’avons réussi à lui procurer cette fortune.
– Vous en savez surtout quelque chose, vous, mon pauvre Malicorne.
– Eh bien! que supposez-vous qu’il arriverait à celui dont l’imagination rapprocherait les deux amants?
– Oh! le roi ne bornerait pas à peu de chose sa reconnaissance.
– Monsieur de Saint-Aignan!…
– Après?
– Ne seriez-vous pas curieux de tâter un peu de la reconnaissance royale?
– Certes, répondit de Saint-Aignan, une faveur de mon maître, quand j’aurais fait mon devoir, ne saurait que m’être précieuse.
– Alors, regardez ce papier, monsieur le comte.
– Qu’est-ce que ce papier? un plan?
– Celui des deux chambres de M. de Guiche, qui, selon toute probabilité, vont devenir vos deux chambres.
– Oh! non, quoi qu’il arrive.
– Pourquoi cela?
– Parce que mes deux chambres, à moi, sont convoitées par trop de gentilshommes à qui je ne les abandonnerais certes pas: par M. de Roquelaure, par M. de La Ferté, par M. Dangeau.
– Alors, je vous quitte, monsieur le comte, et je vais offrir à l’un de ces messieurs le plan que je vous présentais et les avantages y annexés.
– Mais que ne les gardez-vous pour vous? demanda de Saint-Aignan avec défiance.
– Parce que le roi ne me fera jamais l’honneur de venir ostensiblement chez moi, tandis qu’il ira à merveille chez l’un de ces messieurs.
– Quoi! le roi ira chez l’un de ces messieurs?
– Pardieu! s’il ira? dix fois pour une. Comment! vous me demandez si le roi ira dans un appartement qui le rapprochera de Mlle de La Vallière!
– Beau rapprochement… avec tout un étage entre soi.
Malicorne déplia le petit papier de la bobine.
– Monsieur le comte, dit-il, remarquez, je vous prie, que le plancher de la chambre de Mlle de La Vallière est un simple parquet de bois.
– Eh bien?
– Eh! bien, vous prendrez un ouvrier charpentier qui, enfermé chez vous sans savoir où on le mène, ouvrira votre plafond et, par conséquent, le parquet de Mlle de La Vallière.
– Ah! mon Dieu! s’écria de Saint-Aignan comme ébloui.
– Plaît-il? fit Malicorne.
– Je dis que voilà une idée bien audacieuse, monsieur.
– Elle paraîtra bien mesquine au roi, je vous assure.
– Les amoureux ne réfléchissent point au danger.
– Quel danger craignez-vous, monsieur le comte?
– Mais un percement pareil, c’est un bruit effroyable, tout le château en retentira?
– Oh! monsieur le comte, je suis sûr, moi, que l’ouvrier que je vous désignerai ne fera pas le moindre bruit. Il sciera un quadrilatère de six pieds avec une scie garnie d’étoupe, et nul, même des plus voisins, ne s’apercevra qu’il travaille.
– Ah! mon cher monsieur Malicorne, vous m’étourdissez, vous me bouleversez.
– Je continue, répondit tranquillement Malicorne: dans la chambre dont vous avez percé le plafond, vous entendez bien, n’est-ce pas?
– Oui.
– Vous dresserez un escalier qui permette, soit à Mlle de La Vallière de descendre chez vous, soit au roi de monter chez Mlle de La Vallière.
– Mais cet escalier, on le verra?
– Non, car, de votre côté, il sera caché par une cloison sur laquelle vous étendrez une tapisserie pareille à celle qui garnira le reste de l’appartement; chez Mlle de La Vallière, il disparaîtra sous une trappe qui sera le parquet même, et qui s’ouvrira sous le lit.
– En effet, dit de Saint-Aignan, dont les yeux commencèrent à étinceler.
– Maintenant, monsieur le comte, je n’ai pas besoin de vous faire avouer que le roi viendra souvent dans la chambre où sera établi un pareil escalier. Je crois que M. Dangeau, particulièrement, sera frappé de mon idée, et je vais la lui développer.
– Ah! cher monsieur Malicorne! s’écria de Saint-Aignan, vous oubliez que c’est à moi que vous en avez parlé le premier, et que, par conséquent, j’ai les droits de la priorité.
– Voulez-vous donc la préférence?
– Si je la veux! je crois bien!
– Le fait est, monsieur de Saint-Aignan, que c’est un cordon pour la première promotion que je vous donne là, et peut-être même quelque bon duché.
– C’est, du moins, répondit de Saint-Aignan rouge de plaisir, une occasion de montrer au roi qu’il n’a pas tort de m’appeler quelquefois son ami, occasion, cher monsieur Malicorne, que je vous devrai.
– Vous ne l’oublierez pas un peu? demanda Malicorne en souriant.
– Je m’en ferai gloire, monsieur.
– Moi, monsieur, je ne suis pas l’ami du roi, je suis son serviteur.
– Oui, et, si vous pensez qu’il y a un cordon bleu pour moi dans cet escalier, je pense qu’il y aura bien pour vous un rouleau de lettres de noblesse.
Malicorne s’inclina.
– Il ne s’agit plus, maintenant, que de déménager, dit de Saint-Aignan.
– Je ne vois pas que le roi s’y oppose; demandez-lui-en la permission.
– À l’instant même je cours chez lui.
– Et moi, je vais me procurer l’ouvrier dont nous avons besoin.
– Quand l’aurai-je?
– Ce soir.
– N’oubliez pas les précautions.
– Je vous l’amène les yeux bandés.
– Et moi, je vous envoie un de mes carrosses.
– Sans armoiries.
– Avec un de mes laquais sans livrée, c’est convenu.
– Très bien, monsieur le comte.
– Mais La Vallière.
– Eh bien?
– Que dira-t-elle en voyant l’opération?
– Je vous assure que cela l’intéressera beaucoup.
– Je le crois.
– Je suis même sûr que, si le roi n’a pas l’audace de monter chez elle, elle aura la curiosité de descendre.
– Espérons, dit de Saint-Aignan.
– Oui, espérons, répéta Malicorne.
– Je m’en vais chez le roi, alors.
– Et vous faites à merveille.
– À quelle heure ce soir mon ouvrier?