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Le grand silence [The Alien Years - fr]

Электронная книга - «Le grand silence [The Alien Years - fr]». Краткое содержание книги:

Cette fois, ce n’est plus du cinéma ! Surgis de nulle part, les extraterrestres ont débarqué sur la Terre pour s’installer dans les principales métropoles du globe : Los Angeles, New York, Londres, Prague, Paris…
Indiciblement beaux ou incroyablement hideux – les avis sont partagés sur les géants d’outre-espace –, refusant toute communication depuis les enclaves impénétrables où ils se sont enfermés, ils dirigent la planète selon des voies mystérieuses par l’intermédiaire de collaborateurs humains télépathiquement asservis. Communications, gouvernements et systèmes bancaires disparaissent, plongeant le monde dans le chaos. Coupures d’électricité à grande échelle, pandémies, déportations et exécutions massives sanctionnent les tentatives de rébellion. Les Entités, comme on les appelle, sont venues, Elles ont vu, Elles ont vaincu. Mais pas sur toute la ligne… En Californie du Sud, le vieux colonel Carmichael prêche la Résistance au milieu de son clan rassemblé dans les collines de Santa Barbara. Ex-hippie ou ex-militaire, escroc repenti ou musulman mystique, professeurs d’université ou informaticiens de haute volée, au fil des générations, la pittoresque tribu Carmichael va unir ses compétences pour bouter l’envahisseur hors de la Terre…
A la fois étrange et familière, une chronique de cinquante ans d’occupation extraterrestre qui atteint à l’ampleur d’Autant en emporte le vent.
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D’habitude, les Pakistanais ne sont pas aussi grands. Et ils ont la peau plus sombre que moi, et des yeux marron. Je le détestais.

— Parce qu’il n’avait pas les yeux de la bonne couleur ?

— Ses yeux n’avaient pas d’importance pour moi. »

Ceux de Jill plongeaient au fond des siens. Ces yeux bleus, si bleus.

« Tu étais prisonnier des Entités, d’après ce qu’a dit cette femme. Qu’est-ce que tu as fait pour te retrouver en détention ?

— Je vous le dirai une autre fois.

— Pas maintenant ?

— Pas maintenant, non. »

Elle passa la main sur le canon du fusil, le caressant amoureusement comme si elle songeait à lui ordonner sous la menace de l’arme de lui avouer quel crime il avait commis. Il se rappela comment il avait caressé le lance-grenades la nuit où il avait tué l’Entité. Mais il doutait qu’elle lui tire dessus ; et elle aurait beau le menacer, il n’avait pas l’intention de tout lui raconter maintenant. Plus tard, peut-être. Mais pas maintenant.

« Tu es très mystérieux, Khalid. Je me demande qui tu es au juste.

— Personne en particulier.

— Moi non plus », dit-elle.

Le Colonel semblait avoir environ deux cents ans. Il ne restait apparemment rien de lui hormis ces yeux impossibles, bleus comme des glaciers, tranchants comme des lasers.

Il était couché, calé contre une pile d’oreillers. Il souffrait d’un tremblement quelconque, son visage était hagard et d’une pâleur mortelle, et à voir ses épaules et sa poitrine, il ne devait pas peser plus de quarante kilos. Sa célèbre crinière de cheveux argentés s’était réduite à de simples mèches.

Tout autour de lui, sur les deux tables de nuit et au mur, s’étalaient des douzaines et des douzaines de photos de famille, certaines bidimensionnelles et d’autres en relief, accompagnées de toutes sortes de document officiels encadrés, citations militaires et autres distinctions. Cindy repéra du premier coup la photo de Mike. Elle se détacha immédiatement dans tout ce fatras : Mike tel qu’elle se le rappelait, un bel homme vigoureux d’une cinquantaine d’années, debout dans le désert du Nouveau-Mexique près du petit avion qu’il aimait tant, le Cessna.

« Cindy, articula le Colonel en lui faisant signe d’avancer d’une main crochue et tremblotante. Venez ici… Plus près. Plus près. » Ténue comme elle l’était, c’était encore, sans contestation possible, la voix du Colonel. Comment Cindy aurait-elle pu oublier cette voix ? Lorsque le Colonel disait quelque chose, même sans insister, c’était toujours un ordre. « Vous êtes vraiment Cindy, n’est-ce pas ?

— Vraiment. Absolument.

— Stupéfiant. Jamais je n’aurais imaginé vous revoir. Vous êtes allée sur la planète des Entités, c’est bien ça ?

— Non. Ce n’était qu’un château en Espagne. Elles m’ont gardée avec Elles pendant toutes ces années. Elles m’ont fait travailler, m’ont baladée d’enclave en centre de détention, d’un boulot administratif à un autre. Finalement, j’ai décidé de m’échapper.

— Et de venir ici ?

— Pas du tout. Je n’avais aucun moyen de savoir que je trouverais encore quelqu’un ici. Je suis allée à L.A. Mais je n’ai pas pu rentrer, alors j’ai tenté ma chance et je suis montée. En désespoir de cause.

— Vous savez que Mike est mort depuis longtemps, n’est-ce pas ?

— Je le sais, oui.

— Et Anse aussi. Vous vous souvenez d’Anse ? Mon fils aîné ?

— Bien sûr que je me souviens de lui.

— Ça va être mon tour. J’ai déjà vécu dix ans de trop, à tout le moins. Trente, peut-être. Mais là, les jeux sont faits, ou presque. La semaine dernière, je me suis fracturé le col du fémur. Je ne m’en remettrai pas, pas à mon âge. J’en ai assez, de toute façon.

— Je n’aurais jamais cru entendre ça de vous un jour.

— Vous voulez dire que je parle comme un tire-au-flanc ? Non. Ce n’est pas ça. Je n’abandonne pas, à vrai dire. Je pars, c’est tout. On ne peut rien faire contre, hein ? Nous ne sommes pas conçus pour vivre éternellement. Nous dépassons le temps qui nous est alloué, nous survivons à nos amis, ou pis encore, à nos enfants, et puis nous partons. C’est normal. » II réussit à esquisser un sourire. « Je suis heureux que vous soyez venue ici, Cindy.

— Ah oui ? Vraiment ?

— Vous savez, je ne vous ai jamais comprise. Et je crois que vous ne m’avez jamais compris. Il n’empêche que nous sommes de la même famille. Comment pourrais-je détester la femme de mon frère ? Vous ne pouvez attendre de tous les gens qui vous entourent qu’ils soient exactement comme vous. Prenez Mike, par exemple… »

II se mit à tousser. Ronnie, qui se tenait à son chevet en silence, s’avança prestement, s’empara d’un verre d’eau posé sur une table proche et le lui présenta. « Tu risques de te surmener, p’pa, dit-il tranquillement.

— Non. Non. Je fais un petit speech, c’est tout. » Le Colonel but à longs traits, laissa ses yeux se fermer un instant, les rouvrit et les braqua à nouveau sur Cindy. « Je disais donc : Mike. Un martyr, pensais-je, sacrifié à toutes les idées tordues qui ont traversé l’existence des Américains depuis que nous sommes allés nous battre au Viêt-nam. Il en a fait de belles ! Plaquer l’armée de l’Air, se réfugier à L.A., épouser une hippie, partir à tout bout de champ se cacher dans le désert pour méditer. Je n’étais pas d’accord. Mais ce n’était pas mes affaires, hein ? Il était ce qu’il était. Il était déjà lui-même quand il avait six ans ; il était déjà différent de moi. »

II but encore à longs traits.

« Anse. Il a fait de son mieux pour être quelqu’un comme moi. Il a échoué. Il s’est consumé complètement et est mort jeune. Ronnie. Rosalie. Des problèmes, des problèmes, encore des problèmes. Si mes propres enfants sont cinglés à ce point, me suis-je dit, à quoi doit ressembler le reste du monde ? À un immense asile de fous avec moi échoué au milieu. Et c’était avant que les Entités débarquent, en plus. Mais je me trompais. Je voulais que les gens soient aussi sévères et inflexibles que moi, parce que je croyais que tout le monde devait être comme ça. Les Carmichael, en tout cas. Des guerriers, dévoués à la cause du bon droit et du bien. » II émit un gloussement feutré et poursuivit : « Eh bien, les Entités nous ont montré deux ou trois trucs, pas vrai ? Les bons, les méchants et les indifférents… nous avons tous été vaincus le même jour, et nous n’avons pas cessé de vivre dans le malheur depuis.

— Mais toi, tu n’as jamais été battu, p’pa, objecta Ronnie.

— C’est l’impression que tu as ? Alors, peut-être. Peut-être. » Le vieil homme n’avait pas relâché son étreinte sur la main de Cindy. « Vous dites que vous avez vécu tout ce temps au milieu des Entités ? Alors, vous devez savoir des choses sur Elles. Est-ce qu’Elles ont des défauts, autant que vous sachiez ? Un talon d’Achille quelconque, qui nous permettra finalement de les battre ?

— Je ne peux pas dire que j’aie vu quoi que ce soit de la sorte, non.

— Non. Non. Ce sont des êtres supérieurs parfaits. Comme des dieux. Est-ce possible ? Oui, j’imagine. Mais je voulais continuer à résister tout de même. Maintenir en vie l’idée de résistance, au moins. Le souvenir de ce que c’était que vivre dans un monde libre. Peut-être que nous ne vivions même pas dans un monde libre, d’ailleurs. Dieu sait que j’en ai entendu là-dessus à l’époque du Viêt-nam… que c’était les ignobles multinationales qui dirigeaient tout en réalité, ou alors un petit groupe de politiciens agissant en secret – conspirations, mensonges et tutti quanti. Que rien n’était conforme à l’apparence. Que toutes nos prétendues libertés démocratiques n’étaient que des illusions conçues pour empêcher les gens d’appréhender la vérité. Que l’Amérique était un Etat totalitaire comme tous les autres. Je n’ai jamais cru à ces sornettes. N’empêche que, même si j’ai été naïf toute ma vie, j’aimerais penser que l’Amérique à l’existence de laquelle je croyais puisse exister à nouveau, même si elle n’existait pas vraiment la première fois. Vous me suivez ? Qu’elle puisse renaître, que nous puissions échapper à la servitude que les Entités nous imposent, que nous puissions pour ainsi dire nous réparer et vivre comme nous étions censés vivre. Appelez-ça la foi en la providence ultime de Dieu. Appelez-ça… » II fit un clin d’œil à sa belle-fille. « C’est pas mal envoyé, hein, Cindy ? Le discours d’adieu du patriarche. Mais je crois que je suis presque à court d’énergie. Tu vas vivre avec nous maintenant ?

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