Bel-Ami
- Автор: Де Мопассан Ги
- Серия: L’œuvre de Guy de Maupassant #3
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Bel-Ami». Краткое содержание книги:
Le roman retrace l’ascension sociale de Georges Duroy (ou Georges Du Roy de Cantel), homme ambitieux et séducteur sans scrupules (arriviste et opportuniste), employé au bureau des chemins de fer du Nord, parvenu au sommet de la pyramide sociale parisienne grâce à ses maîtresses et à la collusion entre la finance, la presse et la politique. Sur fond de politique coloniale, Maupassant décrit les liens étroits entre le capitalisme, la politique, la presse mais aussi l’influence des femmes, privées de vie politique depuis le code Napoléon et qui œuvrent dans l’ombre pour éduquer et conseiller. Satire d'une société d'argent minée par les scandales politiques de la fin du xixe siècle, l’œuvre se présente comme une petite monographie de la presse parisienne dans la mesure où Maupassant fait implicitement part de son expérience de reporter. Ainsi, l’ascension de Georges Duroy peut être comparée à la propre ascension de Maupassant1. En effet, Bel-Ami est la description parfaite de l'inverse de Guy de Maupassant, Georges Duroy devenant une sorte de contraire de l'auteur, dont Maupassant se moquera tout au long du roman.
Bel-Ami est l'une des œuvres romanesques qui a le plus séduit scénaristes et réalisateurs internationaux.
Wikipédia
Le commissaire s’approcha et appela :
« Monsieur ? »
L’homme caché ne remua pas. Il paraissait tourner le dos, la tête enfoncée sous un oreiller.
L’officier toucha ce qui semblait être l’épaule, et répéta : « Monsieur, ne me forcez pas, je vous prie, à des actes. »
Mais le corps voilé demeurait aussi immobile que s’il eût été mort.
Du Roy, qui s’était avancé vivement, saisit la couverture, la tira et, arrachant l’oreiller, découvrit la figure livide de M. Laroche-Mathieu. Il se pencha vers lui et, frémissant de l’envie de le saisir au cou pour l’étrangler, il lui dit, les dents serrées :
« Ayez donc au moins le courage de votre infamie. »
Le magistrat demanda encore :
« Qui êtes-vous ? » L’amant, éperdu, ne répondant pas, il reprit :
« Je suis commissaire de police et je vous somme de me dire votre nom ! »
Georges, qu’une colère bestiale faisait trembler, cria :
« Mais répondez donc, lâche, ou je vais vous nommer, moi. »
Alors l’homme couché balbutia :
« Monsieur le commissaire, vous ne devez pas me laisser insulter par cet individu. Est-ce à vous ou à lui que j’ai affaire ? Est-ce à vous ou à lui que je dois répondre ? »
Il paraissait n’avoir plus de salive dans la bouche.
L’officier répondit :
« C’est à moi, Monsieur, à moi seul. Je vous demande qui vous êtes ? »
L’autre se tut. Il tenait le drap serré contre son cou et roulait des yeux effarés. Ses petites moustaches retroussées semblaient toutes noires sur sa figure blême.
Le commissaire reprit :
« Vous ne voulez pas répondre ? Alors je serai forcé de vous arrêter. Dans tous les cas, levez-vous. Je vous interrogerai lorsque vous serez vêtu. »
Le corps s’agita dans le lit, et la tête murmura :
« Mais je ne peux pas devant vous. »
Le magistrat demanda :
« Pourquoi ça ? »
L’autre balbutia :
C’est que je suis… je suis… je suis tout nu. »
Du Roy se mit à ricaner, et ramassant une chemise tombée à terre, il la jeta sur la couche en criant :
« Allons donc… levez-vous… Puisque vous vous êtes déshabillé devant ma femme, vous pouvez bien vous habiller devant moi. »
Puis il tourna le dos et revint vers la cheminée.
Madeleine avait retrouvé son sang-froid, et voyant tout perdu, elle était prête à tout oser. Une audace de bravade faisait briller son œil ; et, roulant un morceau de papier, elle alluma, comme pour une réception, les dix bougies des vilains candélabres posés au coin de la cheminée. Puis elle s’adossa au marbre et tendant au feu mourant un de ses pieds nus, qui soulevait par derrière son jupon à peine arrêté sur les hanches, elle prit une cigarette dans un étui de papier rose, l’enflamma et se mit à fumer.
Le commissaire était revenu vers elle, attendant que son complice fût debout.
Elle demanda avec insolence :
« Vous faites souvent ce métier-là, Monsieur ? »
Il répondit gravement :
« Le moins possible, Madame. »
Elle lui souriait sous le nez :
« Je vous en félicite, ça n’est pas propre. »
Elle affectait de ne pas regarder, de ne pas voir son mari.
Mais le monsieur du lit s’habillait. Il avait passé son pantalon, chaussé ses bottines et il se rapprocha, en endossant son gilet.
L’officier de police se tourna vers lui :
« Maintenant, Monsieur, voulez-vous me dire qui vous êtes ? »
L’autre ne répondit pas.
Le commissaire prononça :
« Je me vois forcé de vous arrêter. »
Alors l’homme s’écria brusquement :
« Ne me touchez pas. Je suis inviolable ! »
Du Roy s’élança vers lui, comme pour le terrasser, et il lui grogna dans la figure :
« II y a flagrant délit… flagrant délit. Je peux vous faire arrêter, si je veux… oui, je le peux. »
Puis, d’un ton vibrant :
« Cet homme s’appelle Laroche-Mathieu, ministre des Affaires étrangères. »
Le commissaire de police recula stupéfait, et balbutiant :
« En vérité, Monsieur, voulez-vous me dire qui vous êtes, à la fin ? »
L’homme se décida, et avec force :
« Pour une fois, ce misérable-là n’a point menti. Je me nomme, en effet, Laroche-Mathieu, ministre. »
Puis tendant le bras vers la poitrine de Georges, où apparaissait comme une lueur, un petit point rouge, il ajouta :
« Et le gredin que voici porte sur son habit la croix d’honneur que je lui ai donnée. »
Du Roy était devenu livide. D’un geste rapide, il arracha de sa boutonnière la courte flamme de ruban, et, la jetant dans la cheminée :
« Voilà ce que vaut une décoration qui vient de salops de votre espèce. »
Ils étaient face à face, les dents près des dents, exaspérés, les poings serrés, l’un maigre et la moustache au vent, l’autre gras et la moustache en croc.
Le commissaire passa vivement entre les deux et, les écartant avec ses mains :
« Messieurs, vous vous oubliez, vous manquez de dignité ! »
Ils se turent et se tournèrent les talons. Madeleine, immobile, fumait toujours, en souriant.
L’officier de police reprit :
— « Monsieur le ministre, je vous ai surpris, seul avec Mme Du Roy, que voici, vous couché, elle presque nue. Vos vêtements étant jetés pêle-mêle à travers l’appartement, cela constitue un flagrant délit d’adultère. Vous ne pouvez nier l’évidence. Qu’avez-vous à répondre ? »
Laroche-Mathieu murmura :
« Je n’ai rien à dire, faites votre devoir. »
Le commissaire s’adressa à Madeleine :
« Avouez-vous, Madame, que Monsieur soit votre amant ? »
Elle prononça crânement :
« Je ne le nie pas, il est mon amant !
— Cela suffit, »
Puis le magistrat prit quelques notes sur l’état et la disposition du logis. Comme il finissait d’écrire, le ministre qui avait achevé de s’habiller et qui attendait, le paletot sur le bras, le chapeau à la main, demanda :
« Avez-vous encore besoin de moi, Monsieur ? Que dois-je faire ? Puis-je me retirer ? »
Du Roy se retourna vers lui et souriant avec insolence :
« Pourquoi donc ? Nous avons fini. Vous pouvez vous recoucher, Monsieur ; nous allons vous laisser seuls. »
Et posant le doigt sur le bras de l’officier de police :
« Retirons-nous, Monsieur le commissaire, nous n’avons plus rien à faire en ce lieu. »
Un peu surpris, le magistrat le suivit ; mais, sur le seuil de la chambre, Georges s’arrêta pour le laisser passer. L’autre s’y refusait par cérémonie.
Du Roy insistait : « Passez donc, Monsieur. » Le commissaire dit : « Après vous. » Alors le journaliste salua, et sur le ton d’une politesse ironique : « C’est votre tour, Monsieur le commissaire de police. Je suis presque chez moi, ici. »
Puis il referma la porte doucement, avec un air de discrétion.
Une heure plus tard, Georges Du Roy entrait dans les bureaux de La Vie Française.