Jason des quatre mers
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Jason des quatre mers». Краткое содержание книги:
Accablée par sa découverte, elle se laissa tomber à genoux et se mit à pleurer, brisée par ce travail inutile. Elle avait beau savoir que la chaîne la rivait au grenier, elle avait un espoir absurde dans cette trappe. Bien sûr, elle existait... mais elle était tellement inutile !... Le dos douloureux, les mains souillées et écorchées par les échardes du bois, elle se mit néanmoins, machinalement, à recouvrir le plancher. C’est alors que ses doigts sentirent quelque chose de dur rouler sous eux...
Fébrilement, elle fouilla le foin, ramena une longue pointe de fer qu’elle regarda d’un air incrédule : c’était une branche de fourche cassée qui avait dû tomber dans le grenier quand on avait engrangé le foin et que le moissonneur n’avait pas jugé bon de récupérer... un outil inespéré !...
Fermant les yeux, Marianne adressa au ciel une prière pleine de gratitude. Avec ce fer solide il lui serait sans doute possible de venir à bout du cadenas puisque Pilar avait craint une simple épingle à cheveux.
Elle allait expérimenter sans plus tarder sa pointe de fourche quand des bruits de pas se firent entendre de l’autre côté de la cloison. Sanchez revenait mais, cette fois, il ne revenait pas seul. Comme de coutume, Marianne entendit glisser les balles de paille de l’autre côté des planches et, rapidement, elle se mit en devoir de cacher son outil sous le foin après avoir vivement dissimulé de nouveau la trappe. Pour plus de sûreté, elle s’assit sur le tas de foin où elle avait caché la pointe et, le cœur battant d’une joie qu’elle espérait bien n’être pas trop visible sur sa figure, elle se mit à mâchonner une brindille. Ce fut Pilar qui entra.
L’épouse de Jason était toute vêtue de noir, ce qui d’ailleurs n’avait rien de très extraordinaire car elle était toujours habillée ainsi ou, si elle se permettait une couleur quelconque, cette couleur s’accompagnait invariablement de dentelle ou d’accessoires obscurs. Mais, cette fois, elle portait un grand chapeau cabriolet d’où tombait, en guise de voile, une très belle dentelle de Chantilly. Elle alla jusqu’à Marianne qui ne tourna même pas la tête à son approche.
— Alors, ma chère ? Comment vous sentez-vous après tous ces jours de réflexion ?
Fermement décidée à ne pas articuler un seul mot, Marianne ne broncha pas. Pilar reprit alors, comme si cette entrevue eût été la chose la plus naturelle du monde :
— J’espère que vous ne manquez de rien. D’ailleurs, votre mine est bonne et Sanchez m’a dit que vous étiez fort calme. Néanmoins, j’ai tenu à venir vous faire mes adieux...
Cette fois, Marianne eut besoin de tout son empire sur elle-même pour ne pas trahir au moins la surprise. Pilar partait ? C’était peut-être une bonne nouvelle et, après tout, il était possible que ce jour fût son jour de chance ? Mais elle continua de mâchonner sa brindille aussi sereinement que si Pilar n’eût pas existé. Tout ce qu’elle souhaitait, c’était que cette femme s’en allât et la laissât préparer une évasion qui, maintenant, devait être possible. Pilar, cependant, ne semblait pas pressée. Elle sortit de son réticule un mouchoir inondé de jasmin et le tint devant son visage comme si les odeurs du grenier l’incommodaient.
— Vous savez, j’imagine, que nous sommes le 1er octobre et que, cet après-midi, le procès de... M. Beaufort a dû commencer. Je me rends donc à Paris où, demain, je dois être entendue comme témoin.
La main de Marianne se crispa sur une poignée de foin. Malgré ses résolutions, elle dut lutter contre l’envie sournoise de se ruer sur cette femme glacée qui parlait du procès de son mari comme de la plus agréable réunion mondaine. Avec quelle joie sauvage elle eût enfoncé dans ce cœur cuirassé d’orgueil et de cruauté la pointe de fourche dont elle attendait la liberté ! Mais Sanchez se tenait debout près de la porte, les bras croisés sur sa poitrine, l’œil aux aguets, et Marianne n’eût pas pesé lourd entre ses grosses pattes...
Pilar maintenant gardait le silence, épiant sans doute sur le visage détourné de son ennemie l’effet de ses paroles, mais Marianne, avec un parfait naturel, bâilla ostensiblement et lui tourna le dos. Elle avait déjà, la nuit de son enlèvement, expérimenté l’effet de cette muette insolence et elle espérait que le résultat serait identique. En effet, Pilar ne put retenir une exclamation de fureur et se dirigea vivement vers la porte.
— A votre aise ! s’écria-t-elle d’une voix que la colère faisait trembler. Nous verrons si vous conserverez cette belle impassibilité quand je viendrai vous apprendre que la tête de votre amant a roulé sur les planches de l’échafaud et quand je vous mettrai dans les mains un mouchoir taché de son sang !
Les dents serrées, Marianne, les yeux clos, priait de toutes ses forces pour que l’indignation ne vînt pas à bout de sa volonté :
« Par pitié, Seigneur ! Faites qu’elle se taise ! Faites qu’elle s’en aille ! Par pitié !... Donnez-moi le courage de ne pas l’injurier ! Permettez que je me taise encore ! Je la hais !... Je la hais tellement ! Aidez-moi... »
Son esprit affolé courait dans tous les sens à la recherche du seul secours vraiment efficace ! Jamais elle n’avait subi tension pareille à celle que lui imposait cette créature implacable qui venait détailler sadiquement le danger mortel que courait Jason. Comme si elle avait vraiment besoin qu’on lui rappelât cette affreuse menace qui, depuis des semaines, n’avait cessé de la hanter !... Elle mourait d’envie de dire à cette femme ce qu’elle pensait de son mélodramatique discours, mais elle entendait demeurer fidèle à sa décision de silence.
Cependant, comme Pilar, dans son désir cruel de constater l’effet de ses paroles, se rapprochait d’elle, Marianne leva sur elle un regard glacé puis, délibérément, cracha dans la direction de son ennemie. Pilar s’arrêta net et, un instant, Marianne put croire qu’elle allait lui sauter dessus tant les traits de sa figure s’étaient convulsés. Elle attendit l’attaque avec une joie sauvage, bien décidée à mettre en morceaux ce visage buté. Mais, près de la porte, la voix lourde de Sanchez se fit entendre :
— La señora va gâter sa toilette ! Et la voiture attend...
— Je viens ! Mais demain, Sanchez, et aussi après-demain, tu oublieras de lui apporter à manger ou à boire ! Tu ne lui donneras rien jusqu’à ce que je revienne ! Compris ?
— C’est compris !
Cette fois, le couple disparut salué par un dédaigneux haussement d’épaules de la prisonnière. Demain, si Dieu était avec elle, Marianne serait loin... Néanmoins, elle eut la sagesse de ne pas bouger avant d’avoir entendu le bruit de chaîne qui annonçait que l’on détachait la barque. Pilar s’éloignait. Elle partait pour Paris, pour la vengeance, et Sanchez ne reviendrait pas avant... eh mais ! pas avant deux ou trois jours puisque Pilar avait décidé que Marianne aurait faim !
Quand elle fut certaine d’être bien seule, la jeune femme sortit sa pointe de fourche et attaqua son cadenas, en espérant qu’il serait possible de faire jouer le déclic, sinon il lui faudrait s’en prendre à la poutre dans laquelle la chaîne était attachée par un anneau, afin d’arracher celui-ci. Patiemment, lentement, en s’efforçant au calme pour empêcher ses mains de trembler, Marianne fouilla de sa pointe de fer la serrure du cadenas. Ce n’était pas facile et, durant un long moment, elle crut qu’elle n’y parviendrait pas car si la chaîne était neuve, le cadenas ne l’était pas. Pendant des minutes qui lui parurent interminables, elle s’escrima... Enfin, le bienheureux déclic se fit entendre, salué par une exclamation de joie. Le cadenas s’ouvrait...