La Disparition de Stephanie Mailer
- Автор: Диккер Жоэль
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Editions de Fallois
- ISBN: 979-1032102008
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «La Disparition de Stephanie Mailer». Краткое содержание книги:
Qu’est-il arrivé à Stéphanie Mailer ?
Qu’a-t-elle découvert ?
Et surtout : que s’est-il vraiment passé le soir du 30 juillet 1994 à Orphea ?
Biographie de l'auteur
Joël Dicker est né à Genève en 1985. Son premier roman, « Les Derniers Jours de nos pères », a reçu les Prix des écrivains genevois en 2010. Il a publié en 2012 « La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert », qui a obtenu successivement le Prix de la Vocation Bleustein-Blanchet, le Grand Prix du Roman de l'Académie française et le 25e Prix Goncourt des Lycéens.
En 2015, il a publié « Le Livre des Baltimore », encore une fois salué par la critique.
En 2018, il signe son quatrième roman « La Disparition de Stéphanie Mailer » aux Éditions De Fallois.
Tout le monde dans la salle se montra convaincu par l’idée. Le directeur du département juridique prit alors la parole :
— Le seul hic, c’est que si on force les gros à manger comme des porcs, ils risquent de choper le diabète et on va encore devoir payer leurs soins.
Jerry balaya le problème d’un geste de la main :
— Préparez une décharge béton pour les empêcher d’intenter toute action que ce soit.
Les membres de l’équipe juridique prirent aussitôt des notes. Le directeur du marketing intervint à son tour :
— La marque de chips Grassitos est très enthousiaste et souhaite s’associer au projet. Ils seraient prêts à en financer une partie à condition qu’il se dégage des épisodes l’idée que manger des chips peut aider à perdre du poids. Ils cherchent à redorer leur blason après le fiasco des pommes empoisonnées.
— Les pommes empoisonnées ? demanda Jerry. Qu’est-ce que c’est ?
— Il y a quelques années, Grassitos, accusé d’engraisser les enfants dans les cantines, a financé des distributions de pommes dans des écoles défavorisées de la région de New York. Mais les fruits étaient pleins de pesticides et les enfants ont développé des cancers. 400 gamins malades, ça vous fout votre image en l’air.
— Ah oui, tout de même ! regretta Jerry.
— Bon, nuança le directeur du marketing, ils ont eu de la chance dans leur malheur : c’était des gamins de quartiers défavorisés et les parents n’avaient heureusement pas les moyens de lancer des poursuites en justice. Certains de ces gamins ne verront même pas la tête d’un médecin.
— Grassitos demande que les types musclés mangent aussi des chips. Il faut qu’on puisse faire le lien entre être musclé et manger des chips. Ils aimeraient bien que le coach ou la famille de sportifs soient des latinos. C’est un marché important pour eux et ils veulent le développer. Ils ont déjà leur slogan tout trouvé : Les latinos aiment Grassitos.
— Ça me va très bien, dit Jerry. Par contre, il faudra d’abord évaluer quel est le budget qu’ils souhaitent investir pour que la collaboration ait du sens pour nous.
— Et pour les latinos musclés, ça vous va ? demanda le directeur du marketing.
— Oui, très bien, confirma Jerry.
— Il nous faut des latinos ! gueula le directeur de la création. Est-ce que quelqu’un note ?
Dans sa suite du Palace du Lac, Jerry, le nez sur son écran, ne remarqua pas Dakota qui était sortie de sa chambre et se tenait juste derrière lui. Elle le regarda, absorbé par sa réunion, puis s’en alla de la suite. Elle fit des allées et venues dans le couloir, ne sachant quoi faire d’elle-même. Elle passa devant la chambre 310, dans laquelle Ostrovski se préparait à rejoindre l’audition en récitant des classiques du théâtre. De la chambre 312, celle de Bergdorf et Alice, elle s’amusa de percevoir le bruit d’un coït bruyant. Finalement, elle décida de quitter le Palace. Elle réclama au voiturier la Porsche de son père, et prit la direction d’Orphea. Elle rejoignit Ocean Road. Elle longea les maisons, en direction de la plage. Elle était nerveuse. Elle arriva bientôt devant ce qui avait été leur maison de vacances, là où ils avaient été tellement heureux ensemble. Elle se gara devant le portail et resta à contempler l’inscription en fer forgé : LE JARDIN D’EDEN.
Elle ne put retenir ses larmes longtemps. Cramponnée au volant, elle se mit à pleurer.
— Jesse, me sourit Michael Bird lorsqu’il me vit apparaître à la porte de son bureau, que me vaut le plaisir de votre visite ?
Pendant qu’au commissariat Anna et Derek étaient plongés dans les revues de l’université de Notre-Dame, je m’étais rendu à la rédaction de l’Orphea Chronicle pour récupérer les articles de l’époque consacrés au quadruple meurtre.
— J’ai besoin d’accéder aux archives du journal, expliquai-je à Michael. Est-ce que je peux vous demander un coup de main sans que des informations ne ressurgissent dans l’édition de demain ?
— Évidemment, Jesse, me promit-il. Je regrette encore d’avoir trahi votre confiance. Ce n’était pas professionnel. Vous savez, je n’arrête pas de me refaire le film dans ma tête : est-ce que j’aurais pu protéger Stephanie ?
Il avait le regard triste. Je le vis fixer le bureau de Stephanie, juste devant lui, resté tel quel.
— Il n’y avait rien que vous puissiez faire, Michael, m’efforçai-je de le réconforter.
Il haussa les épaules et me conduisit à la salle des archives au sous-sol.
Michael allait être un soutien précieux : il m’aida à faire le tri parmi les éditions de l’Orphea Chronicle, à trouver les articles qui semblaient pertinents et à les photocopier. Je profitai également de l’immense connaissance qu’avait Michael de la région pour l’interroger à propos de Jeremiah Fold.
— Jeremiah Fold ? répéta-t-il. Jamais entendu parler. Qui est-ce ?
— Un petit caïd de Ridgesport, lui expliquai-je. Il extorquait de l’argent à Ted Tennenbaum en le menaçant d’empêcher l’ouverture du Café Athéna.
Michael tomba des nues :
— Tennenbaum se faisait racketter ?
— Oui. La police d’État est passée à côté de ça en 1994.
Grâce à Michael, je pus également effectuer d’ultimes vérifications à propos de La Nuit noire : il contacta les autres journaux de la région, et notamment le Ridgesport Evening Star, le quotidien de Ridgesport, en demandant s’il dormait dans leurs archives un article contenant les mots-clés La Nuit noire. Mais il n’y avait rien. Les seuls éléments qui apparaissaient liés étaient ceux survenus entre l’automne 1993 et l’été 1994 à Orphea.
— Quel est le lien entre la pièce de Harvey et ces évènements ? me demanda Michael, qui n’avait jusqu’alors pas fait le parallèle.
— Je voudrais bien le savoir. Surtout maintenant qu’on sait que La Nuit noire ne concerne qu’Orphea.
Je ramenai toutes mes copies d’archives de l’Orphea Chronicle au commissariat pour me plonger dedans. Je me mis à lire, découper, surligner, jeter ou classer, tandis qu’Anna et Derek poursuivaient leur exploration minutieuse des exemplaires de la revue de Notre-Dame. Le bureau d’Anna commençait sérieusement à ressembler à un centre de tri de journaux. Soudain Derek s’écria : « Bingo ! » Il avait retrouvé l’annonce. Page 21 du numéro de l’automne 2013, entre une publicité pour un cordonnier et une autre pour un restaurant chinois qui offrait un buffet à volonté à moins de 20 dollars, il y avait ce mystérieux encart :
VOULEZ-VOUS ÉCRIRE UN LIVRE À SUCCÈS ?
HOMME DE LETTRES RECHERCHE ÉCRIVAIN AMBITIEUX POUR TRAVAIL SÉRIEUX. RÉFÉRENCES INDISPENSABLES.
Il ne restait plus qu’à contacter la personne en charge, au sein du journal, de la diffusion des annonces.
Dakota était toujours garée devant le portail du Jardin d’Eden. Son père ne l’avait même pas appelée. Elle songea qu’il la haïssait certainement, comme tout le monde. À cause de ce qui était arrivé à la maison. À cause de ce qu’elle avait fait à Tara Scalini. Elle ne se le pardonnerait jamais.
Elle eut une nouvelle crise de larmes. Elle avait tellement mal à l’intérieur d’elle-même : elle pensait que ça n’irait jamais mieux. Elle n’avait plus envie de vivre. Les yeux embués, elle fouilla son sac, à la recherche d’une ampoule de kétamine. Elle avait besoin de se sentir mieux. Elle trouva alors parmi ses affaires une petite boîte en plastique que lui avait donnée sa copine Leyla. C’était de l’héroïne, à sniffer. Dakota n’avait encore jamais essayé. Elle disposa sur le tableau de bord une traînée de poudre blanche et se contorsionna pour en approcher son nez.