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Le Livre des Baltimore

Электронная книга - «Le Livre des Baltimore». Краткое содержание книги:

Jusqu'au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair.
Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l'auteur de La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey.
Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d'une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne.
Huit ans après le Drame, c est l'histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu'en février 2012, il quitte l'hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s'atteler à son prochain roman.
Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu'il éprouva jadis pour cette famille de l'Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s'effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu'au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu'est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ?
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C'est ce que fit Oncle Saul. Une année plus tard, Hayendras opérait une spectaculaire entrée en Bourse. De ce que ma mère m'expliqua, en une journée, la valeur de l'action fut multipliée par quinze. En quelques heures, les 666 666,66 dollars d'Oncle Saul étaient devenus 9 999 999,99. Oncle Saul venait d'engranger dix millions de dollars, qu'il allait toucher quelques mois plus tard en vendant ses parts. Ce fut l'année où il acheta la maison d'Oak Park.

Mon père, après avoir visité la superbe maison de son frère, fut convaincu des bienfaits de la Bourse. Début 1988, une annonce interne faite par Dominic Pernell, le PDG de Hayendras, vantant la santé économique de l'entreprise et incitant les employés à acheter des actions, acheva de le convaincre. Il rassembla ce qui lui restait de sa part de la vente de Goldman & Cie et persuada Grand-père d'en faire autant.

— Nous devrions acheter des actions de Hayendras, nous aussi ! insista mon père au téléphone.

— Tu crois ?

— Papa, regarde ce que ça a rapporté à Saul : des millions ! Des millions de dollars !

— Nous aurions dû écouter ton frère au moment de la vente de l'entreprise.

— Il n'est pas trop tard, Papa !

Mon père rassembla 700 000 dollars : toutes ses économies et celles de Grand-père. Tout leur trésor de guerre. Il convertit l'argent en actions Hayendras qui devaient, selon ses calculs, les faire devenir eux aussi rapidement millionnaires. Une semaine plus tard, il reçut un appel inquiet d'Oncle Saul.

— Je viens de parler à Papa, il me dit que tu as investi son argent ?

— Oh, relax, Saul ! J'ai juste fait un placement comme toi. Pour lui et pour moi. Quel est le problème ?

— Tu as acheté quoi comme actions ?

— Des actions Hayendras évidemment.

— Quoi ? Combien ?

— Ça ne te regarde pas.

— Combien ? Je dois savoir combien !

— 700 000 dollars.

— Quoi ? Mais tu es devenu complètement fou ? C'est quasiment tout votre argent !

— Et alors ?

— Comment ça, et alors ? Mais enfin, c'est un risque énorme !

— Eh bien quoi, Saul, au moment de vendre l'entreprise, tu nous avais bien conseillé de toucher tout en actions. Nous le convertissons maintenant. Je ne vois pas la différence.

— A l'époque c'était différent. Si ça tourne mal, Papa perd toute sa retraite ! Il va vivre de quoi ?

— T'inquiète pas, Saul. Pour une fois, laisse-moi faire.

Le lendemain de cette conversation, à l'immense surprise de mon père, Oncle Saul débarqua dans son bureau au siège de Hayendras.

— Saul, qu'est-ce que tu fais là ?

— Je dois te parler.

— Pourquoi n'as-tu pas téléphoné ?

— Je ne pouvais pas te le dire par téléphone, c'est trop risqué.

— Me dire quoi ?

— Viens, allons faire un tour.

Ils sortirent dans le parc attenant au bâtiment et s'isolèrent.

— L'entreprise va mal, dit Oncle Saul à mon père.

— Comment peux-tu dire ça ? Je suis au courant de la situation économique de Hayendras : elle est très bonne, figure-toi. Le PDG Dominic Pernell a fait une annonce, il nous a dit d'acheter des actions. Le cours vient de monter d'ailleurs.

— Évidemment que le cours a monté, tous les employés se sont rués dessus.

— Qu'est-ce que tu essaies de me dire, Saul ?

— Vends tes actions.

— Quoi ? Jamais de la vie.

— Écoute-moi attentivement : je sais de quoi je parle. Hayendras va très mal, les chiffres sont dramatiques. Pernell n'aurait pas dû vous dire d'acheter. Tu dois te débarrasser de tes actions immédiatement.

— Qu'est-ce que tu racontes enfin, Saul ? Je n'en crois pas un mot.

— Est-ce que tu penses que je serais venu de Baltimore si ce n'était pas aussi grave ?

— Tu es agacé parce que t'as vendu tes actions et que tu n'arrives plus à en racheter. C'est ça ? Tu veux que je vende pour racheter ?

— Non, je veux que tu vendes pour t'en débarrasser.

— Et si tu me laissais respirer un peu, Saul ? Tu as sauvé l'entreprise de Papa, tu lui as assuré sa retraite, tu as retrouvé un travail à tous ses employés : il t'adore, tu es le fils prodigue ! Tu as toujours été le préféré de Papa, de toute façon. Et comme si ça ne suffisait pas, tu as touché le jackpot au passage.

— Mais je vous avais dit de demander des actions à l'époque !

— Tu n'en as pas assez avec ta carrière d'avocat, ta grande maison, tes voitures ? Tu veux plus ? Le PDG en personne nous a dit d'acheter, tout le monde a acheté ! Tous les employés ont acheté ! C'est quoi ton problème ? Ça te rend fou que je puisse gagner de l'argent moi aussi ?

— Quoi ? Mais enfin, pourquoi refuses-tu de m'écouter ?

— Tu t'es toujours senti obligé de m'écraser. Surtout devant Papa. Quand on était gamin, sur le banc, il ne te parlait qu'à toi ! Saul par-ci, Saul par-là !

— Tu dis n'importe quoi.

— Il a fallu que tu te tires pour que je compte un peu à ses yeux. Et encore, lorsque vous étiez en froid, le nombre de fois où il m'a fait sentir que l'entreprise aurait été mieux dirigée si c'était toi qui en avais pris la barre…

— Nathan, tu délires. Si je suis là, c'est pour te dire que Hayendras va mal, les chiffres sont mauvais, dès que ça se saura, le cours de l'action va s'effondrer.

Mon père resta interdit un moment.

— D'où sais-tu cela ? demanda-t-il.

— Je le sais. Je t'en supplie, crois-moi. Je le sais de source sûre. Je ne peux pas t'en dire plus. Vends tout et surtout n'en parle à personne. À personne, tu m'entends ? Je commets un délit grave en t'informant. Si quelqu'un apprend que je t'ai prévenu, j'aurai de graves ennuis, et toi et Papa aussi. Ça va déjà être difficile de vendre un montant pareil en un bloc sans éveiller les soupçons. Tu devrais le faire en plusieurs fois. Dépêche-toi !

Mon père refusa d'entendre raison. Je crois qu'il était aveuglé par la vie que son frère menait à Baltimore et qu'il en réclamait sa part. Je sais qu'Oncle Saul fit tout son possible, qu'il alla jusqu'à se rendre en Floride pour trouver Grand-père et lui demander de convaincre son fils de vendre ses actions.

Grand-père téléphona même à mon père :

— Nathan, ton frère est venu me voir. Il dit qu'on doit absolument vendre nos actions. Peut-être qu'on devrait l'écouter…

— Non, Papa, pour une fois, fais-moi confiance, s'il te plaît !

— Il a dit qu'il nous aiderait à faire un meilleur placement, à investir ailleurs. Faire des placements qui rapporteront. Je t'avoue que je suis un peu inquiet…

— Qu'il se mêle de ce qui le regarde, celui-là ! Pourquoi tu ne me fais pas confiance ? Je peux aussi faire des choses bien, tu sais !

Je crois que mon père jouait sa fierté. Il avait pris une décision, il voulait qu'on la respecte. Il resta sur sa position. Était-ce par conviction ou pour tenir tête à son frère, personne ne le saura jamais. Grand-père ne lui força pas la main, sans doute pour ne pas lui faire de peine.

Tandis que ma mère, dans l'habitacle de ma voiture, continuait son récit, il me revint un souvenir de jeunesse. Je me revis à l'âge de sept ans. Je courais du salon à la cuisine en criant : « Maman ! Maman ! Il y a Oncle Saul à la télévision ! » C'était sa première affaire médiatique, le début de sa gloire. Sur les images, à côté de lui, son client. Dominic Pernell. Je me souviens que pendant plusieurs semaines j'avais fièrement raconté à qui voulait l'entendre qu'on voyait dans les journaux Oncle Saul et le patron de Papa. Ce que j'ignorais, c'est que Dominic Pernell avait été arrêté par la SEC[5] après avoir falsifié les comptes de Hayendras pour faire croire à ses employés à un bilan radieux, et leur revendre dans la foulée pour des millions de dollars de ses propres actions. Il fut condamné par un tribunal de New York à quarante-trois ans de prison. Dans les jours qui suivirent son arrestation, l'action Hayendras s'effondra complètement et sa valeur fut divisée par quinze. La compagnie fut rachetée pour une bouchée de pain par une importante firme allemande, qui existe toujours. Les 700 000 dollars de mon père et de Grand-père ne valaient plus désormais que 46 666,66 dollars.

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Securities and Exchange Commission. Autorité américaine de surveillance des marchés financiers.

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