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L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]

Электронная книга - «L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]». Краткое содержание книги:

Au XXVIe siècle de notre ère… Dan Sylveste est le seul homme qui soit jamais revenu sain et sauf d’un Voile, une enclave de l’espace environnée de forces gravifiques mortelles. Obéissant à une intuition, il lance une mission d’exploration vers un monde mort : Resurgam.
La découverte d’une fabuleuse cité enfouie suscite plus de questions qu’elle n’en résout : Sylveste, qui est archéologue, déchiffre l’histoire des Amarantins, des êtres mi-hommes, mi-oiseaux. Une tribu renégate avait quitté Resurgam pour partir dans les étoiles et, peu après son retour, un mystérieux Evénement avait provoqué l’anéantissement de toute vie à la surface de la planète. Ce cataclysme, les Amarantins l’avaient anticipé… Et s’ils l’avaient eux-mêmes provoqué ?
C’est alors que l’équipage d’un gigantesque vaisseau interstellaire décrépit, le gobe-lumen Spleen de l’Infini, vient chercher Sylveste, dans l’espoir que son père, Calvin, sauvegardé après sa mort sous forme de simulation numérique, pourra « réparer » le capitaine, un « chimérique », ou cyborg, plongé en cryothermie afin de ralentir la Pourriture Fondante qui provoque chez lui des mutations monstrueuses. Mais les membres de l’équipage du Spleen de l’Infini ont chacun des intentions cachées...
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— Ils m’avaient dit que tu étais vivante, commença-t-il, mais je ne savais pas si je pouvais les croire.

— Ils m’avaient dit que tu avais été blessé, répondit Pascale, tout bas, comme si elle craignait, en élevant la voix, de briser le rêve. Ils ne voulaient pas me dire comment, et je ne voulais pas leur poser trop de questions parce que j’avais peur de ce qu’ils pourraient me dire.

— Ils m’avaient aveuglé, reprit Sylveste en effleurant la surface dure de ses yeux.

C’était la première fois depuis qu’ils l’avaient opéré. Au lieu de la petite nova de douleur à laquelle il avait fini par s’habituer, il n’y eut qu’un vague brouillard d’inconfort qui s’estompa dès qu’il retira ses doigts.

— Mais tu y vois à nouveau, maintenant ?

— Oui. En fait, tu es la première chose qui méritait que je retrouve la vue.

Alors elle se leva, se glissa dans ses bras, passa l’une de ses jambes derrière celles de Sylveste. Il sentit sa légèreté, sa délicatesse. Il avait presque peur, en la serrant trop fort, de l’écraser. Il l’attira pourtant contre lui, et elle en fit autant, comme si elle craignait, elle aussi, de lui faire mal, comme s’ils n’étaient l’un et l’autre que des spectres incertains de la réalité de l’autre. Ils s’étreignirent ainsi pendant ce qui leur parut des heures, beaucoup plus longtemps que l’heure qu’on leur avait accordée. Non parce que le temps se traînait, mais parce qu’il ne comptait plus ; il était suspendu, comme par leur seule volonté. Sylveste buvait son visage des yeux, et elle trouvait quelque chose d’humain dans le vide même du sien. Pendant un moment, Pascale n’avait pas eu le courage de le regarder en face et encore moins de le regarder dans les yeux – mais ce moment était depuis longtemps passé. Pour lui, regarder Pascale dans les yeux n’avait jamais été un problème, car elle n’avait pas forcément conscience de son examen. Mais, à présent, il aurait voulu qu’elle sache qu’il la regardait ; il aurait voulu qu’elle connaisse le plaisir au deuxième degré de savoir qu’il la trouvait enivrante.

Et puis, bientôt, ils s’embrassèrent et se laissèrent maladroitement tomber sur le lit. Un instant plus tard, leurs vêtements gisaient en tas, près du lit. Sylveste se demanda si on les observait. C’était bien possible, et même vraisemblable. Mais il était aussi possible de trouver ça sans importance. Pour le moment, pour toute la durée de cette heure, ils étaient seuls au monde, Pascale et lui. Les murs de la pièce étaient véritablement infinis ; la pièce était la seule ouverture dans l’univers entier. Ce n’était pas la première fois qu’ils faisaient l’amour, bien qu’ils n’en aient pas souvent eu l’occasion. Ils n’avaient pas été souvent seuls. Maintenant qu’ils étaient mariés – pour un peu, à cette idée, Sylveste aurait eu envie de rire –, ils avaient encore moins besoin d’user de subterfuges. Et pourtant, ils en étaient encore à profiter du moindre moment d’intimité. Il éprouva un sursaut de culpabilité et pendant un long moment il se demanda d’où il venait. Finalement, alors qu’ils étaient allongés là, collés l’un contre l’autre, sa tête à lui enfouie dans la douceur de sa poitrine à elle, il comprit la raison de ce sentiment : ils avaient tellement de choses à se dire, et au lieu de ça ils consacraient tout leur temps à la fiévreuse archéologie de leurs corps. Enfin, il ne pouvait en être autrement, Sylveste en était bien conscient.

— Dommage qu’on n’ait pas plus de temps, dit-il quand son sens de la durée fut à peu près revenu à la normale et qu’il commença à se demander quelle fraction de leur heure ils avaient encore devant eux.

— La dernière fois que nous nous sommes parlé, dit Pascale, tu m’as dit quelque chose…

— À propos de Karine Lefèvre, oui. Il fallait que je te le dise, tu comprends ? Ça paraît ridicule, mais je croyais que j’allais mourir. Je devais te le dire. Le dire à quelqu’un. Je gardais ça en moi depuis si longtemps.

La cuisse de Pascale exerçait une douce et fraîche pression contre la sienne. Elle passa la main sur sa poitrine, l’explora.

— Quoi qu’il ait pu arriver là-haut, je ne vois pas comment je pourrais – comment n’importe qui pourrait te juger.

— J’ai été lâche.

— Non, pas du tout. C’était l’instinct, Dan. Tu étais dans l’endroit le plus terrifiant de l’univers, rappelle-toi. Philip Lascaille y est allé sans conversion mystif, et tu as vu ce qui lui est arrivé. Le fait que tu aies réussi à rester sain d’esprit est une forme de courage. La folie aurait été infiniment plus facile pour toi.

— Elle aurait pu s’en sortir. Et merde ! Comment ai-je pu la laisser mourir comme ça ? Et encore… même ça, ç’aurait été compréhensible si j’avais eu le courage de dire la vérité après. Je me serais en quelque sorte racheté. Elle méritait mieux que mes mensonges. Comme s’il ne suffisait pas que je l’aie tuée…

— Ce n’est pas toi qui l’as tuée ; c’est le Voile.

— Je n’en suis même pas sûr.

— Comment ça ?

Il se retourna sur le côté, la regarda. Avant, ses yeux auraient pu figer l’image de Pascale pour l’éternité. Mais cette fonction n’était plus active.

— Ce que je veux dire, reprit Sylveste, c’est que je ne suis même pas sûr qu’elle soit morte là-haut. Enfin, pas tout de suite. Après tout, je m’en suis sorti, et c’est moi qui avais perdu ma conversion mystif. Elle avait de meilleures chances. Pas énormes, mais quand même. Et si elle avait survécu, comme moi ? Si elle était restée en vie et n’avait pu me le faire savoir ? Elle aurait pu s’éloigner du Voile avant que je reprenne conscience. Après avoir réparé le gobe-lumen, je n’ai pas pensé une seconde à retourner la chercher. Il ne m’est pas venu à l’esprit qu’elle était peut-être encore vivante.

— Pour une très bonne raison, répondit Pascale. C’est qu’elle ne l’était plus. Tu peux remâcher le passé, mais sur le coup, ton intuition te disait qu’elle était morte. Et si elle avait été encore en vie, elle aurait trouvé un moyen d’entrer en contact avec toi.

— Je n’en suis pas sûr. Je ne le serai jamais.

— Arrête de ruminer ça. Ou tu n’échapperas jamais à ton passé.

— Écoute, dit-il en pensant à une chose que Falkender lui avait dite. Tu as parlé à quelqu’un, en dehors des gardes ? À Sluka, ou à quelqu’un d’autre ?

— Sluka ?

— La femme qui nous retient prisonniers ici.

Sylveste comprit avec une sensation de vide béant qu’ils ne lui avaient à peu près rien dit.

— Je n’ai pas le temps de t’expliquer, ou alors très succinctement. Les gens qui ont tué ton père étaient des Inondationnistes du Sentier Rigoureux, pour autant que je sache, ou au moins une branche dissidente du mouvement. Nous sommes à Mantell.

— Je savais bien que nous n’étions plus à Cuvier.

— Non. Et d’après ce qu’ils m’ont dit, Cuvier a été attaquée.

Il s’abstint de lui dire que la ville était probablement inhabitable en surface. Elle n’avait pas besoin de le savoir, pas encore. Après tout, c’était le seul endroit au monde qu’elle ait jamais vraiment connu.

— Je ne sais pas très bien qui mène la danse à Cuvier, maintenant, si ce sont des gens loyaux à ton père, ou un groupe rival du Sentier Rigoureux. À l’en croire, Sluka n’aurait pas été accueillie à bras ouverts quand ton père a pris le pouvoir, à Cuvier. Elle lui en voulait suffisamment pour le faire assassiner.

— Depuis si longtemps ? Fallait-il qu’elle soit rancunière…

— Sluka n’est peut-être pas la personne la plus équilibrée du monde. En réalité, je pense que notre capture ne faisait pas partie de ses plans. Et maintenant qu’elle nous tient, elle ne sait pas très bien quoi faire de nous. Il est clair que nous sommes potentiellement trop précieux pour qu’elle nous élimine… mais en attendant… Enfin, il va peut-être y avoir du changement. D’après l’homme qui m’a arrangé les yeux, il se pourrait que nous ayons des visiteurs.

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