Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Et Caniveau, formant un porte-voix de ses mains, commença à imiter les aboiements des chiens courants en chasse. Il jappait, hurlait, piaulait, aboyait. Et tout le monde se mit à rire dans la voiture, même l’instituteur qui ne riait jamais.
Cependant, comme Belhomme paraissait fâché qu’on se moquât de lui, le curé détourna la conversation et, s’adressant à la grande femme de Rabot :
— Est-ce que vous n’avez pas une nombreuse famille ?
— Que oui, m’sieu le curé… Que c’est dur à élever !
Rabot opinait de la tête, comme pour dire : « Oh ! oui, c’est dur à élever. »
— Combien d’enfants ?
Elle déclara avec autorité, d’une voix forte et sûre :
— Seize enfants, m’sieu l’curé ! Quinze de mon homme !
Et Rabot se mit à sourire plus fort, en saluant du front. Il en avait fait quinze, lui, lui tout seul, Rabot ! Sa femme l’avouait ! Donc, on n’en pouvait point douter. Il en était fier, parbleu !
De qui le seizième ? Elle ne le dit pas. C’était le premier, sans doute ? On le savait peut-être, car on ne s’étonna point. Caniveau lui-même demeura impassible.
Mais Belhomme se mit à gémir :
— Oh ! gniau… gniau… gniau… a me trifouille dans l’fond… Oh ! misère !..
La voiture s’arrêtait au café Polyte. Le curé dit : « Si on vous coulait un peu d’eau dans l’oreille, on la ferait peut-être sortir. Voulez-vous essayer ? »
— Pour sûr ! J’veux ben.
Et tout le monde descendit pour assister à l’opération.
Le prêtre demanda une cuvette, une serviette et un verre d’eau ; et il chargea l’instituteur de tenir bien inclinée la tête du patient ; puis, dès que le liquide aurait pénétré dans le canal, de la renverser brusquement.
Mais Caniveau, qui regardait déjà dans l’oreille de Belhomme pour voir s’il ne découvrirait pas la bête à l’œil nu, s’écria : — Cré nom d’un nom, qué marmelade ! Faut déboucher ça, mon vieux. Jamais ton lapin sortira dans c’te confiture-là. Il s’y collerait les quat’pattes.
Le curé examina à son tour le passage et le reconnut trop étroit et trop embourbé pour tenter l’expulsion de la bête. Ce fut l’instituteur qui débarrassa cette voie au moyen d’une allumette et d’une loque. Alors, au milieu de l’anxiété générale, le prêtre versa, dans ce conduit nettoyé, un demi-verre d’eau qui coula sur le visage, dans les cheveux et dans le cou de Belhomme. Puis l’instituteur retourna vivement la tôle sur la cuvette, comme s’il eut voulu la dévisser. Quelques gouttes retombèrent dans le vase blanc. Tous les voyageurs se précipitèrent. Aucune bête n’était sortie.
Cependant Belhomme déclarant : « Je sens pu rien », le curé, triomphant, s’écria : « Certainement elle est noyée. » Tout le monde était content. On remonta dans la voiture.
Mais à peine se fut-elle remise en route que Belhomme poussa des cris terribles. La bête s’était réveillée et était devenue furieuse. Il affirmait même qu’elle était entrée dans la tête maintenant, qu’elle lui dévorait la cervelle. Il hurlait avec de telles contorsions que la femme de Poiret, le croyant possédé du diable, se mit à pleurer en faisant le signe de la croix. Puis, la douleur se calmant un peu, le malade raconta qu’elle faisait le tour de son oreille. Il imitait avec son doigt les mouvements de la bête, semblait la voir, la suivre du regard : « Tenez, v’la qu’a r’monte… gniau… gniau… gniau… qué misère ! »
Caniveau s’impatientait : « C’est l’iau qui la rend enragée, c’te bête. All’est p’t-être ben accoutumée au vin. »
On se remit à rire. Il reprit : « Quand j’allons arriver au café Bourbeux, donne-li du fil en six et all’n’bougera pu, j’te le jure. »
Mais Belhomme n’y tenait plus de douleur. Il se mit à crier comme si on lui arrachait l’âme. Le curé fut obligé de lui soutenir la tête. On pria Césaire Horlaville d’arrêter à la première maison rencontrée.
C’était une ferme en bordure sur la route. Belhomme y fut transporté ; puis on le coucha sur la table de cuisine pour recommencer l’opération. Caniveau conseillait toujours de mêler de l’eau-de-vie à l’eau, afin de griser et d’endormir la bête, de la tuer peut-être. Mais le curé préféra du vinaigre.
On fit couler le mélange goutte à goutte, cette fois, afin qu’il pénétrât jusqu’au fond, puis on le laissa quelques minutes dans l’organe habité.
Une cuvette ayant été de nouveau apportée, Belhomme fut retournée tout d’une pièce par le curé et Caniveau, ces deux colosses, tandis que l’instituteur tapait avec ses doigts sur l’oreille saine, afin de bien vider l’autre.
Césaire Horlaville, lui-même, était entré pour voir, son fouet à la main.
Et soudain, on aperçut au fond de la cuvette un petit point brun, pas plus gros qu’un grain d’oignon. Cela remuait, pourtant. C’était une puce ! Des cris d’étonnement s’élevèrent, puis des rires éclatants. Une puce ! Ah ! elle était bien bonne, bien bonne ! Caniveau se tapait sur la cuisse, Césaire Horlaville fit claquer son fouet ; le curé s’esclaffait à la façon des ânes qui braient, l’instituteur riait comme on éternue, et les deux femmes poussaient de petits cris de gaieté pareils au gloussement des poules.
Belhomme s’était assis sur la table, et ayant pris sur ses genoux la cuvette, il contemplait avec une attention grave et une colère joyeuse dans l’œil la bestiole vaincue qui tournait dans sa goutte d’eau.
Il grogna : « Te v’là, charogne », et cracha dessus.
Le cocher, fou de gaieté, répétait : « Eune puce, eune puce, ah ! te v’là, sacré puçot, sacré puçot, sacré puçot ! »
Puis, s’étant un peu calmé, il cria : « Allons, en route ! V’là assez de temps perdu. »
Et les voyageurs, riant toujours, s’en allèrent vers la voiture.
Cependant Belhomme, venu le dernier, déclara : « Mé, j’m’en r’tourne à Criquetot. J’ai pu que fé au Havre à cette heure. »
Le cocher lui dit : — N’importe, paye ta place !
— Je t’en dé que la moitié pisque j’ai point passé mi-chemin.
— Tu dois tout pisque t’as r’tenu jusqu’au bout.
Et une dispute commença qui devint bientôt une querelle furieuse : Belhomme jurait qu’il ne donnerait que vingt sous, Césaire Horlaville affirmait qu’il en recevrait quarante.
Et ils criaient, nez contre nez, les yeux dans les yeux.
Caniveau redescendit.
— D’abord, tu dés quarante sous au curé, t’entends, et pi une tournée à tout le monde, ça fait chiquante-chinq, et pi t’en donneras vingt à Césaire. Ça va-t-il, dégourdi ?
Le cocher, enchanté de voir Belhomme débourser trois francs soixante et quinze, répondit : — Ça va !
— Allons, paye.
— J’payerai point. L’curé n’est pas médecin d’abord.
— Si tu n’payes point, j’te r’mets dans la voiture à Césaire et j’t’emporte au Havre.
Et le colosse, ayant saisi Belhomme par les reins, l’enleva comme un enfant.
L’autre vit bien qu’il faudrait céder. Il tira sa bourse, et paya.
Puis la voiture se remit en marche vers le Havre, tandis que Belhomme retournait à Criquetot, et tous les voyageurs, muets à présent, regardaient sur la route blanche la blouse bleue du paysan, balancée sur ses longues jambes.
À VENDRE
Partir à pied, quand le soleil se lève, et marcher dans la rosée, le long des champs, au bord de la mer calme, quelle ivresse !
Quelle ivresse ! Elle entre en vous par les yeux avec la lumière, par la narine avec l’air léger, par la peau avec les souffles du vent.
Pourquoi gardons-nous le souvenir si clair, si cher, si aigu de certaines minutes d’amour avec la Terre, le souvenir d’une sensation délicieuse et rapide, comme de la caresse d’un paysage rencontré au détour d’une route, à l’entrée d’un vallon, au bord d’une rivière, ainsi qu’on rencontrerait une belle fille complaisante.