Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
Gun s’enhardit en voyant qu’Alexandre ne s’envolait pas en fumée.
– Tu n’es donc pas avec les Batokas, ô grand chef.
– Tu le vois bien.
– Je le vois... sans doute... mais je n’en suis pas sûr.
– Je n’en suis pas sûr, renchérit Horse comme un écho fidèle.
– Explique-toi, mon enfant.
– C’est que nous t’avons laissé ce matin là-bas, – il montrait la région du Sud, – en compagnie de Magopo, mon père.
– Tu te trompes, Gun.
– Non, chef. Tu encourageais les Batokas et ta carabine qui a tué l’éléphant, soufflait la poudre sur nos ennemis.
– Comment, les Batokas se sont battus ?
– Oui, chef. Un combat terrible a eu lieu...
– Contre les Makololos ?
– Non. Contre les blancs à longue barbe.
– Et j’étais avec eux ?...
– Avec les Batokas.
» Nous étions plus nombreux, il est vrai, mais les blancs avaient des fusils. Les Batokas se sont retirés sans être entamés... Tu es resté près de Magopo, mon père.
– Le chef blanc est resté près de Magopo, affirma Horse désireux de placer un mot.
– Enfin, comme nous sommes les deux plus rapides coureurs de la tribu, Magopo nous a envoyés ici pour savoir si les Makololos avaient quitté le pays. Puis, nous devions invoquer les Barimos, afin de les rendre favorables au succès de nos armes, car nous savons parler aux Barimos, continua-t-il avec un naïf orgueil.
– Je comprends tout cela, sauf quand tu me dis que j’étais encore ce matin avec Magopo.
– C’est la vérité. Nous t’avons vu. Tu nous as parlé. Juge donc comme nous avons dû être étonnés en te rencontrant ici, alors qu’il n’est pas d’homme blanc ou noir capable de nous suivre à la course. Or, tu étais déjà ici avant nous. Il faut donc que tu puisses être en deux endroits à la fois !
– Le chef blanc est partout. Il est l’ami des Barimos. Il est peut-être Barimo lui-même, interrompit Horse d’autant plus heureux de trouver une explication à ce prétendu phénomène d’ubiquité, que cette explication s’accordait avec la naïve superstition de ses pères.
– Je soupçonne là-dessous quelque diablerie que je ne puis m’expliquer, dit à voix basse Alexandre à ses deux amis qu’il emmena à l’écart.
» Il y a un fait évident. C’est que les Batokas se sont battus contre des blancs. Peut-être les chercheurs de diamants avec lesquels nous avons eu cette sotte affaire.
» Tiens, mais, j’y pense. Le personnage qui se trouve avec eux et grâce auquel je jouis du don d’ubiquité, ne peut être que mon Sosie... ce grand vaurien de Sam Smith.
» Diable ! sa présence près de Magopo qui le prend vraisemblablement pour moi, va singulièrement compromettre nos relations avec les noirs.
– C’est grave, en effet, répondit Albert. Smith ne sera pas longtemps sans s’apercevoir qu’il a tout à gagner en jouant ton rôle. Magopo ne devait-il pas t’enseigner, à ton retour, le secret du trésor ?
– C’est vrai. Mais, alors, il n’y a pas de temps à perdre. Il faut partir au plus vite, retrouver les Batokas et rendre master Smith à ses occupations.
» Messieurs, continua-t-il en se tournant vers master Will et le Révérend, spectateurs muets et intrigués de cette scène, nous regagnons sans délai la terre ferme. Voulez-vous être des nôtres ou nous attendre ici ?
– Non ! non ! ripostèrent simultanément les deux Anglais. Nous embarquons avec vous.
Alexandre allait malicieusement relever la contradiction apportée par cette réponse du Révérend et la longue profession de foi qu’il venait de débiter si onctueusement, quand une pensée soudaine s’offrit à son esprit.
– Et la pirogue mise hors de service par l’hippopotame ! Impossible de braver, dans cette malheureuse embarcation, les flots de la rivière ?
– Qu’à cela ne tienne, répondit Albert. Je me charge, avec l’aide des Batokas de la remettre en état en moins d’une heure.
» Si nous avions pu dépouiller l’hippopotame d’un morceau de sa peau, le bordage eût été radoubé en moins de temps encore.
» Mais bah ! un large lambeau d’écorce cloué sur la paroi extérieure avec quelques épines d’« attends-un-peu », remplacera le cuir du pachyderme.
– Les écorces que j’aperçois sur ces troncs saturés d’humidité, sont bien épaisses. Il sera, je crois, fort difficile de les ajuster de façon à rendre la coque parfaitement étanche.
– Oh ! mon intention n’est pas d’employer cette croûte rugueuse fendillée par les alternatives de soleil et d’humidité, mais la pellicule mince et tenace comme du parchemin qui se trouve collée sur l’aubier.
– Très bien. À l’œuvre. Décortiquons rapidement ces beaux arbres et appliquons, sans plus tarder, cette membrane ruisselante de sève.
Ainsi que l’avait prévu Albert, qui avait emprunté son procédé aux Boërs de l’État d’Orange, cette délicate opération fut l’affaire d’une heure à peine et la petite troupe put accomplir son voyage sans encombre.
À peine eurent-ils pris pied sur la rive droite, qu’Alexandre emmena à l’écart les deux jeunes Batokas et leur fit part du projet qu’il venait d’élaborer pendant la traversée.
Gun et Horse, convaincus par les paroles du chef blanc, acquiescèrent sans récriminer, bien que l’exécution de ce projet ne leur fût rien moins qu’agréable.
Sur ces entrefaites, master Will et le Révérend comprenant qu’une plus longue insistance à demeurer en compagnie des trois Français pourrait sembler au moins suspecte à ces derniers, vinrent prendre congé d’eux, en déclarant qu’ils allaient, pour le moment, se rendre au diggin. Les adieux furent froids et l’on se sépara en se disant au revoir du bout des lèvres.
– Et maintenant que nous sommes en famille, dit Albert, qu’allons-nous faire ?
– Voici ce que j’ai résolu, répondit Alexandre. Il est absolument impossible de laisser continuer entre les Batokas et les Makololos cette lutte fratricide qui se terminera fatalement par l’anéantissement des premiers.
» Si je jouis parmi les Batokas d’un certain prestige, grâce au service rendu à leur chef, j’ai rencontré, d’autre part, près des Makololos une vive sympathie résultant sans doute des rapports qu’ils ont eus antérieurement avec les blancs et en particulier avec le docteur Livingstone.
» Il est urgent de les amener à une entente cordiale d’où découlera, je l’espère, une paix solide et durable. C’est pour cela que j’ai pensé à me servir du fils de Magopo comme ambassadeur près des Makololos. Revêtu du caractère sacré de héraut de cour pour lequel les noirs professent le plus profond respect, il ne court aucun danger et le pire qui puisse lui arriver est d’échouer dans son entreprise.
– C’est très bien. Mais pourquoi ne remplirais-tu pas toi-même cet office que tu confies à l’inexpérience d’un jeune homme, presque d’un enfant ?
– Sois sans inquiétude sur les détails de l’entrevue. Je parlerai au lieu et place de Gun qui sera là simplement pour attester la parfaite loyauté des intentions des Batokas et donner un caractère officiel à cette conférence diplomatique.
» Les noirs, sont, tu le sais, excessivement formalistes et j’ai lieu d’espérer que cette preuve de confiance aura les meilleurs résultats pour les relations ultérieures entre les deux peuples ennemis.
» Et maintenant, Gun, mon enfant, tu es prêt et tu n’as pas peur ?
– Je suis prêt à venir avec toi, chef, et je ne crains rien.
– Bien. Dans quelques moments, tu te trouveras en présence des Makololos. Tu sais ce que tu as à dire à leur chef.