La mémoire n'en fait qu'à sa tête
- Автор: Пиво Бернар
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226397898
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «La mémoire n'en fait qu'à sa tête». Краткое содержание книги:
C’est sans doute pourquoi elle interrompt aussi mes lectures pour des bagatelles, des sottises, des frivolités, des riens qui sont de nos vies des signes de ponctuation et d’adieu. »
B.P.
De même Colette a toujours eu un coup d’avance. Sa réputation d’écrivain était établie alors qu’elle n’était que le nègre de Willy. Deuxième femme à entrer à l’académie Goncourt, entourée de neuf écrivains barbus ou moustachus, d’emblée elle avait eu le prestige, l’autorité et l’influence d’une présidente. Elle le deviendra quatre ans plus tard. La circulation assumée de son corps du lit des hommes au lit des femmes continue à donner d’elle l’image d’une femme libre. Colette ou les talents annonciateurs.
Mais sa fin de vie fut douloureuse et pénible. Plutôt qu’immobilisée par une polyarthrite, il aurait été plus conforme à sa charnelle nature qu’elle tirât sa révérence, d’une traite, sous les marronniers du Palais-Royal.
Charles de Gaulle ne pouvait pas finir, lui, dans un lit, rongé de l’intérieur, prolongé par des amputations ou de la chimiothérapie. Nous savions tous qu’il mourrait tel un chêne qu’on abat, métaphore de Victor Hugo reprise par André Malraux. La légende gaullienne exigeait qu’il partît vivant, terrassé par le fatum et non par la maladie.
La plupart d’entre nous n’ont pas cette chance. Nombreux sont ceux qui portent leur fin sur leur visage. Ils affichent l’inéluctable. Déjà ils nous préparent au deuil. « Le corps de mon père avait été pris par la maladie, couturé, marqué, mangé par elle ; mort avant la mort », Marie-Hélène Lafon, Histoires.
Les Goncourt et l’amour
Patrick Besson : « Il faut que je me dépêche de la draguer avant que le Goncourt ne la remarque. C’est un tombeur. En plus, toutes les filles veulent coucher avec un Goncourt », Un état d’esprit.
Les Prix Goncourt sont discrets sur les bonnes fortunes qu’ils doivent à leur couronnement médiatisé chez Drouant. Il est possible que, quoique moins endiablées que les hordes de candidates au lit des rockeurs, des femmes ambitionnent de se glisser dans l’intimité des lauréats. Ce que le public sait de l’écrivain ou la lecture de son roman doit probablement opérer une sélection. Par exemple, pour Didier Decoin (John l’Enfer) : des Cheyennes et des aveugles. Patrick Modiano (Rue des boutiques obscures) : des Parisiennes en baguenaude. Yann Queffélec (Les Noces barbares) : des Bretonnes violées. Tahar Ben Jelloun (La Nuit sacrée) et Atiq Rahimi (Syngué sabour. Pierre de patience) : des sans-papiers. Patrick Rambaud (La Bataille) : des veuves de militaires. Jonathan Littell (Les Bienveillantes) : des sadomasos. Michel Houellebecq (La Carte et le Territoire) : des mémères avec des petits chiens.
Patrick Besson a ajouté : « Je me demande si c’est pareil quand une femme a le Goncourt. » Hélas ! je ne peux plus le demander à Edmonde Charles-Roux. Je le demanderai à Paule Constant.
L’élection à l’académie Goncourt procure-t-elle un surcroît de séduction ? Je n’ai rien ressenti de tel. J’ai plus observé des signes d’intérêt chez les éditeurs que des marques d’affection des bourgeoises de Saint-Germain-des-Prés et des Ternes. Deux ou trois lettres de province, mais timides, sans passion. Derrière, je flairais le roman refusé et resté inédit. Arrivé à un certain âge, l’homme de lettres doit se méfier des créatures promptes à lui ouvrir leur lit. Elles ne tarderont pas à ouvrir leurs tiroirs bourrés de manuscrits.
J’ai cependant constaté chez certaines femmes une appréciation de ma personne rendue un peu plus flatteuse par mon appartenance à l’académie Goncourt. C’est, j’imagine, grâce à nos déjeuners mensuels. Nous mangeons, nous buvons, nous faisons bombance. Nous avons la réputation justifiée pour la plupart d’avoir un bel appétit.
Le menu du déjeuner du jour du Goncourt, c’est à n’y pas croire ! En voici un récent :
Soupe de grenouilles.
Terrine de coquilles Saint-Jacques aux poireaux, huître et caviar.
Filet de sole poché, sauce crémeuse au Riesling.
Salade de mâche aux ris de veau rôtis et aux cèpes crus.
Noisette de chevreuil poêlée, accompagnée d’une tourte au foie gras.
Fromage de brebis Ossau-Iraty et chutney aux figues.
Brioche perdue servie avec une poire caramélisée et une glace à la bière.
Champagne, Puligny-Montrachet, Bandol, Château Rauzan-Ségla, second cru classé de Margaux, eaux-de-vie.