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Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade à la Cour d'Espagne, Pardaillan est amené à protéger une jeune bohémienne, La Giralda, fiancée d'El Torero, Don César, qui n'est autre que le petit-fils secret et persécuté de Philippe II. Or, Fausta a jeté son dévolu sur El Torero pour mener à bien ses intrigues, et elle bénéficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aidé dans cette lutte par le dévouement absolu d'un pauvre déshérité, le malicieux Chico et sa bien-aimée Juana…
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Au surplus, il est juste de dire que celui qui eût été assez mal inspiré pour faire entendre un murmure de réprobation, eût été infailliblement adjoint aux sept malheureux qu’on traînait, en ce moment, processionnellement, par les rues de la ville.

La pitié était soigneusement étouffée. Il fallait avoir une bonne dose de courage pour oser s’abstenir d’assister à l’effroyable spectacle, ou tout au moins se montrer sur le parcours de la procession. L’abstention, trop fréquemment renouvelée, rendait suspect et le suspect ne tardait guère à être appréhendé. Les casas santas, ou prisons de l’Inquisition, le recueillaient alors et il lui était loisible, dans la solitude du cachot, de méditer sur ce qu’il en coûte à paraître désapprouver les actes du Saint-Office. Encore devait-il s’estimer très heureux qu’on ne s’avisât pas de lui faire jouer un rôle plus important dans le sinistre drame, en l’envoyant achever ses méditations sur le bûcher.

Derrière l’intendant de Fausta qui, au milieu de cette foule compacte, se traçait un chemin avec une vigueur surprenante chez un bonhomme qui paraissait aussi cassé, le Torero parvint jusqu’au perron d’une des plus somptueuses maisons en façade sur la place.

Contrairement à toutes les autres habitations, cette maison n’avait pas un seul spectateur à ses nombreuses fenêtres, pas plus qu’à ses balcons.

Guidé par l’intendant, après avoir traversé un certain nombre de pièces, meublées et ornées avec plus de magnificence encore que les salles de la maison des Cyprès, ce qui lui eût paru chose impossible avant d’avoir pénétré dans ce palais, don César fut introduit dans un petit cabinet, désert pour le moment.

L’intendant le pria d’attendre là un instant, le temps d’aller aviser sa maîtresse.

Le Torero acquiesça d’un signe de tête et, tandis que l’intendant se retirait, il demeura debout, l’air rêveur.

Dans le couloir où il s’engagea, le vieil intendant tout cassé redressa soudain sa taille, et d’un pas alerte et vif il monta au premier étage et pénétra dans un salon dont le balcon large et spacieux étalait sur la place le ventre rebondi de sa balustrade en fer forgé.

Assise dans un large fauteuil de velours, dans un costume d’une grande simplicité, blanc, depuis les pieds nonchalamment posés sur un coussin de soie rouge merveilleusement brodé jusqu’à la collerette très simple, sans un bijou, sans un ornement, Fausta attendait dans une pose méditative.

Le singulier intendant, qui venait de retrouver si soudainement la vigueur d’un homme dans la force de l’âge, s’inclina profondément devant elle et attendit.

– Eh bien, maître Centurion? interrogea Fausta.

Centurion, puisque c’était lui qui, adroitement grimé, venait de jouer le rôle d’intendant, Centurion répondit respectueusement:

– Eh bien! il est venu, madame.

Si Fausta fut satisfaite, elle n’en laissa rien paraître. Elle se contenta d’un léger signe de tête pour manifester sa satisfaction, et très calme, l’air presque indifférent:

– Vous l’avez amené?

– Il attend votre bon plaisir en bas.

Fausta répéta le même signe de tête et parut réfléchir un moment.

– Il ne vous a pas reconnu? fit-elle avec une certaine curiosité.

Centurion fit une grimace qui avait la prétention d’être un sourire:

– S’il m’avait reconnu, dit-il avec conviction, je n’aurais pas l’honneur de l’introduire auprès de vous.

Fausta eut un mince sourire.

– Je sais qu’il ne vous affectionne pas précisément, dit-elle.

Centurion eut encore la même grimace et, piteusement:

– Dites qu’il me veut la male-mort, madame, et vous serez dans le vrai. Cela ne laisse pas de m’inquiéter beaucoup. Car enfin, si vos projets aboutissent et qu’il continue à me détester, c’en est fait de la situation que vous avez daigné me faire entrevoir.

Le sourire de Fausta se nuança d’une imperceptible raillerie. Et comme Centurion attendait sa réponse avec une anxiété visible:

– Rassurez-vous, maître, dit-elle gravement. Continuez à me servir fidèlement sans vous inquiéter du reste. Le moment venu, je ferai votre paix avec lui. Je réponds que le roi oubliera les injures faites à l’amoureux sans nom et sans fortune.

– J’avais besoin de cette assurance, madame, proféra Centurion, redevenu tout joyeux.

– Introduisez-le, continua Fausta; et dès qu’il sera parti, revenez prendre mes ordres.

Centurion s’inclina et sortit immédiatement.

Quelques instants plus tard il introduisit le Torero auprès de Fausta et, après avoir refermé la porte sur lui, il se retirait discrètement.

En voyant Fausta, don César fut ébloui. Jamais beauté aussi accomplie n’était apparue à ses yeux ravis. Avec une grâce juvénile, il s’inclina profondément devant elle, autant pour dissimuler son trouble que par respect.

Fausta remarqua l’effet qu’elle produisait sur le jeune homme. Elle esquissa un sourire. Cet effet, elle avait cherché à le produire, elle l’espérait. Il se réalisait au-delà de ses désirs. Elle avait lieu d’être satisfaite.

D’un œil exercé, elle étudiait le jeune prince qui attendait dans une attitude pleine de dignité, ni trop humble ni trop fière, juste ce qu’il fallait. Cette attitude, pleine de tact, la mâle beauté du jeune homme, son élégance sobre, dédaigneuse de toute recherche outrée, le sourire un peu mélancolique, l’œil droit, très doux, la loyauté qui éclatait sur tous ses traits, le front large qui dénotait une intelligence remarquable, enfin la force physique que révélaient des membres admirablement proportionnés dans une taille moyenne, Fausta vit tout cela dans un coup d’œil, et si l’impression qu’elle venait de produire était tout à son avantage, l’impression qu’il lui produisit, à elle, pour être prudemment dissimulée, ne fut pas moins favorable.

Fausta accentua son sourire et, satisfaite, elle se dit que ce jeune aventurier ferait un souverain très noble et très fier, susceptible de faire impression sur la foule, qui s’attache beaucoup plus aux apparences qu’à la réalité; enfin, placé près d’elle, il ne serait pas écrasé. Au contraire, sa grâce juvénile, son élégance naturelle seraient mises en relief par la beauté majestueuse de la femme, qui ressortirait davantage elle-même. Ils se feraient valoir mutuellement, et tous deux ils constitueraient ce que l’on est convenu d’appeler un couple merveilleusement assorti.

De cet examen très rapide, qu’il soutint avec une aisance remarquable, sans paraître le soupçonner, le Torero se tira tout à son avantage. Chez Fausta, la femme et l’artiste se déclarèrent également satisfaites. Évidemment, elle n’attachait qu’une importance relative à ces détails secondaires. Ce n’était pas un homme qu’elle voulait conquérir, c’était la couronne que cet homme était à même de lui donner. Quand même elle était trop femme, trop éprise de beauté pour ne pas éprouver une réelle satisfaction en constatant que cette couronne se poserait sur une tête noble et fière, assez mâle, assez forte pour ne pas fléchir sous le poids.

Cette impression favorable lui était aussi d’une réelle utilité en ce sens qu’elle allait lui faciliter, dans une certaine mesure, l’œuvre de séduction qui allait commencer.

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