Ainsi parlait Zarathoustra
- Автор: Ницше Фридрих Вильгельм
- Год: 21
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Ainsi parlait Zarathoustra». Краткое содержание книги:
Ainsi parlait le voyageur qui s’appelait l’ombre de Zarathoustra; et, avant que quelqu’un ait eu le temps de répondre, il avait déjà saisi la harpe du vieil enchanteur, et il regardait autour de lui, calme et sage, en croisant les jambes: – mais de ses narines il absorbait l’air, lentement et comme pour interroger, comme quelqu’un qui, dans les pays nouveaux, goûte de l’air nouveau. Puis il commença à chanter avec une sorte de hurlement:
2.
Le désert grandit: malheur à celui qui recèle des déserts!
– Ah! Solennel!
Un digne commencement!
D’une solennité africaine!
Digne d’un lion,
ou bien d’un hurleur moral…
– mais ce n’est rien pour vous,
mes délicieuses amies,
aux pieds de qui
il est donné de s’asseoir, sous des palmiers
à un Européen. Selah.
Singulier, en vérité!
Me voilà assis,
tout près du désert et pourtant
si loin déjà du désert,
et nullement ravagé encore:
dévoré
par la plus petite des oasis
– car justement elle ouvrait en bâillant
sa petite bouche charmante,
la plus parfumée de toutes les petites bouches:
et j’y suis tombé,
au fond, en passant au travers – parmi vous,
vous mes délicieuses amies! Selah.
Gloire, gloire, à cette baleine,
si elle veilla ainsi au bien-être
de son hôte! – vous comprenez
mon allusion savante?…
Gloire à son ventre,
s’il fut de la sorte
un charmant ventre d’oasis,
tel celui-ci: mais je le mets en doute,
car je viens de l’Europe
qui est plus incrédule que toutes les épouses.
Que Dieu l’améliore!
Amen!
Me voilà donc assis,
dans cette plus petite de toutes les oasis,
semblable à une datte,
brun, édulcoré, doré,
ardent d’une bouche ronde de jeune fille,
plus encore de dents canines,
de dents féminines,
froides, blanches comme neige, tranchantes
car c’est après elle que languit
le cœur de toutes les chaudes dattes. Selah.
Semblable à ces fruits du midi,
trop semblable,
je suis couché là,
entouré de petits insectes ailés
qui jouent autour de moi,
et aussi d’idées et de désirs
plus petits encore, plus fous et plus méchants,
cerné par vous, petites chattes, jeunes filles,
muettes et pleines d’appréhensions,
Doudou et Souleika
– ensphinxé, si je mets dans un mot nouveau
beaucoup de sentiments
(que Dieu me pardonne
cette faute de langage!)
– je suis assis là, respirant le meilleur air,
de l’air de paradis, en vérité,
de l’air clair, léger et rayé d’or,
aussi bon qu’il en est jamais
tombé de la lune -
était-ce par hasard,
ou bien par présomption,
que cela est arrivé?
comme content les vieux poètes.
Mais moi, le douteur, j’en doute,
c’est que je viens
de l’Europe
qui est plus incrédule que toutes les épouses.
Que Dieu l’améliore! Amen!
Buvant l’air le plus beau,
les narines gonflées comme des gobelets,
sans avenir, sans souvenirs,
ainsi je suis assis là,
mes délicieuses amies,
et je regarde la palme
qui, comme une danseuse,
se courbe, se plie et se balance sur les hanches,
– on l’imite quand on la regarde longtemps!…
comme une danseuse qui, il me semble,
s’est tenue trop longtemps, dangereusement longtemps,
toujours et toujours sur une jambe?
– elle en oublia, comme il me semble,
l’autre jambe!
Car c’est en vain que j’ai cherché
le trésor jumeau
– c’est-à-dire l’autre jambe -
dans le saint voisinage de leurs charmantes et mignonnes
jupes de chiffons, jupes flottantes en éventail.
Oui, si vous voulez me croire tout à fait,
mes belles amies:
je vous dirai qu’elle l’a perdue!…
Elle s’est allée
pour toujours
l’autre jambe!
Ô quel dommage pour l’autre jambe si gracieuse
Où – peut-elle s’arrêter, abandonnée, en deuil?
Cette jambe solitaire?
Craignant peut-être
un monstre méchant, un lion jaune
et bouclé d’or? Ou bien déjà
rongé, grignoté – hélas! hélas!
Misérablement grignoté! Selah.
Ô ne pleurez pas,
cœurs tendres,
ne pleurez pas,
cœurs de dattes, seins de lait,
cœurs de réglisse!
Sois un homme, Souleika! Courage! Courage!
Ne pleure plus,
pâle Doudou!
– Ou bien faudrait-il
peut-être ici
quelque chose de fortifiant, fortifiant le cœur?
Une maxime embaumée?
Une maxime solennelle? -
Ah! Monte, dignité!
Vertueuse dignité! européenne dignité!
Souffle, souffle de nouveau
Soufflet de la vertu!
Ah!
Hurler encore une fois,
hurler moralement!
En lion moral, hurler devant les filles du désert!
– Car les hurlements de la vertu,
délicieuses jeunes filles,
sont plus que toute chose
ardeur d’Européen, fringale d’Européen!
Et me voici déjà,
moi l’Européen,
je ne puis faire autrement, que Dieu m’aide!
Amen.
Le désert grandit: malheur à celui qui recèle le désert!
Le réveil
1.
Après le chant du voyageur et de l’ombre, la caverne s’emplit tout à coup de rires et de bruits; et comme tous les hôtes réunis parlaient en même temps et que l’âne lui aussi, après un pareil encouragement, ne pouvait plus se tenir tranquille, Zarathoustra fut pris d’une petite aversion et d’un peu de raillerie contre ses visiteurs: bien qu’il se réjouît de leur joie. Car celle lui semblait un signe de guérison. Il se glissa donc dehors, en plein air, et il parla à ses animaux.
«Où s’en est maintenant allée leur détresse? dit-il, et déjà il se remettait lui-même de son petit ennui – il me semble qu’ils ont désappris chez moi leurs cris de détresse!
– quoiqu’ils n’aient malheureusement pas encore désappris de crier.» Et Zarathoustra se boucha les oreilles, car à ce moment les I-A de l’âne se mêlaient singulièrement au bruit des jubilations de ces hommes supérieurs.
«Ils sont joyeux, se remit-il à dire, et, qui sait, peut-être aux dépens de leur hôte; et s’ils ont appris à rire de moi, ce n’est cependant pas mon rire qu’ils ont appris.
Mais qu’importe! Ce sont de vieilles gens: ils guérissent à leur manière, ils rient à leur manière; mes oreilles ont supporté de pires choses sans en devenir moroses.
Cette journée est une victoire: il recule déjà, il fuit l’esprit de la lourdeur, mon vieil ennemi mortel! Comme elle va bien finir cette journée qui a si mal et si malignement commencé!
Et elle veut finir. Déjà vient le soir: il passe à cheval sur la mer, le bon cavalier! Comme il se balance, le bienheureux, qui revient sur sa selle de pourpre!
Le ciel regarde avec sérénité, le monde s’étend dans sa profondeur, ô vous tous, hommes singuliers qui êtes venus auprès de moi, il vaut la peine de vivre auprès de moi!»