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Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]

Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:

Adressé durant l'hiver 41 au Q.G. des armées du IIIe Reich, cet incroyable message, venu d'une antique forteresse de Transylvanie, est signé du capitaine Woermann, un soldat d'expérience…
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
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— Je le sais, fit Glenn, un sourire de dérision aux lèvres. Ce sont ces mêmes hommes qui ont toujours nié la réalité de Troie – avant que Schliemann ne la découvre. Mais je ne veux pas discuter de cela avec toi. Le Premier Age a bel et bien existé puisque j’y suis né.

— Mais comment…

— Laisse-moi finir. Je n’ai plus beaucoup de temps et je voudrais que tu comprennes certaines choses avant que je n’affronte Rasalom. Tout était différent pendant le Premier Age. Cette terre était un champ de bataille pour deux… Je ne veux pas parler de « dieux » parce que cela te donnerait l’impression d’identités et de personnalités limitées. Sur la terre régnaient alors deux… forces vastes et incompréhensibles… des Puissances. La puissance des Ténèbres, qu’on a appelée Chaos, se caractérisait par tout ce qui était hostile à l’humanité. L’autre Puissance était…

Il hésita un instant mais Magda était trop impatiente.

— Tu veux dire la Puissance de… de Dieu ?

— Ce n’est pas aussi simple que cela. Contentons-nous de l’appeler la Lumière. Ce qui importe, c’est qu’elle était opposée au Chaos. Le Premier Age fut finalement divisé en deux camps : ceux qui avaient soif de domination et utilisaient pour cela le Chaos, et ceux qui résistaient. Rasalom était un nécromant, un adepte de la Puissance des Ténèbres. Il s’y est totalement consacré et est devenu le Champion du Chaos.

— Et toi, tu as choisi d’être le Champion de la Lumière, le Champion du Bien.

Elle aurait tant aimé qu’il lui réponde oui.

— Non… je n’ai pas exactement choisi. Je ne peux pas non plus dire que la puissance que je sers est entièrement celle du bien, ou celle de la lumière. J’ai été… désigné… oui, c’est cela. Des circonstances trop personnelles, bien qu’ayant perdu toute signification pour moi, ont fait que je me suis trouvé mêlé aux armées de la Lumière. Je ne fus pas long à découvrir qu’il m’était impossible d’y échapper et je me suis retrouvé aux premières lignes, à leur tête. Cette épée m’a été donnée. La lame et la garde furent forgées par un petit peuple depuis longtemps éteint. Elle n’avait qu’une utilité : anéantir Rasalom. Ce fut alors l’ultime bataille entre les forces en présence : l’Armageddon, le Ragnarök, toutes les guerres d’apocalypse en une. Le cataclysme qui en résulta, les tremblements de terre, les incendies, les raz de marée – tout cela détruisit jusqu’à la trace du Premier Age de l’humanité. Seuls quelques humains survécurent pour tout recommencer.

— Mais qu’en est-il des Puissances ?

— Elles existent toujours, fit Glenn avec un haussement d’épaules, mais leur intérêt a décliné après ces cataclysmes. Elles n’avaient plus grand-chose à faire dans un monde en ruine dont les habitants revenaient à l’état primitif. Elles s’intéressèrent donc à d’autres univers, tandis que Rasalom et moi-même poursuivîmes notre combat de par le monde et de par les siècles, sans jamais connaître la maladie et la vieillesse mais sans jamais remporter la victoire définitive. Mais en cours de route, nous avons perdu quelque chose…

Il désigna un éclat de miroir tombé de la boîte.

— Place-le devant mon visage, dit-il à Magda, et regarde. Que vois-tu à présent ?

Elle poussa un petit cri de surprise. Le miroir était vide. L’homme qu’elle aimait n’avait pas de reflet !

— Notre reflet nous a été ôté par les Puissances que nous servons, peut-être pour nous rappeler que nos vies ne nous appartiennent plus… Pour ma part, j’ai presque oublié à quoi je ressemblais…

— Glenn, comment peux-tu…

— Mais je n’ai jamais cessé de traquer Rasalom, poursuivit-il. Dès que j’avais connaissance de quelque carnage, de quelque misère, je le retrouvais et le chassais. Mais il poursuivait son œuvre immonde. Au XIVe siècle, alors qu’il voyageait de Constantinople en Europe, laissant derrière lui les rats porteurs de peste dans toutes les villes qu’il visitait, il…

— La Mort Noire !

— Oui. C’eût été une épidémie sans importance mais Rasalom en a fait une des plus épouvantables catastrophes du Moyen Age. J’ai alors compris qu’il me fallait l’arrêter avant qu’il n’invente quelque chose de plus hideux. Si j’avais réussi, ni lui ni moi ne serions ici aujourd’hui.

— Mais pourquoi te culpabilises-tu ? Ce n’est pas ta faute si Rasalom s’est libéré, c’est celle des Allemands !

— Il devrait être mort ! J’aurais dû le tuer il y a cinq siècles mais je ne l’ai pas fait. J’étais parti à la recherche de Vlad l’Empaleur. J’avais entendu parler de ses atrocités et je croyais qu’elles répondraient aux désirs de Rasalom. Je me suis trompé. Vlad n’était qu’un pauvre fou totalement influencé par Rasalom. J’ai alors bâti ce donjon. Par ruse, j’y ai fait entrer Rasalom, et le pouvoir de cette garde devait l’y emprisonner pour l’éternité. En fait, j’aurais pu le tuer – j’aurais le tuer – mais je ne l’ai pas fait.

— Pourquoi donc ?

Glenn ferma les yeux et attendit un long moment avant de répondre :

— Ce n’est pas facile à dire… j’avais peur. Tu vois, j’ai vécu par rapport à Rasalom. Mais que se passe-t-il si je suis vainqueur et le tue ? Une fois la menace disparue, que va-t-il m’advenir ? J’ai vécu pendant des éons et je ne me suis jamais lassé de la vie. C’est peut-être difficile à croire, mais il y a toujours du nouveau.

Il ouvrit tout grands les yeux et se tourna vers elle.

— Toujours. Mais je crains que Rasalom et moi-même ne formions une sorte de couple : l’existence de l’un dépend de celle de l’autre. Je suis le Yang et lui le Yin. Et je ne suis pas encore prêt à mourir.

— Peux-tu vraiment mourir ? demanda Magda, avide de connaître la réponse.

— Oui. Les blessures que j’ai reçues ce soir auraient pu me tuer si tu ne m’avais pas apporté l’épée. Sans toi, je serais mort, dit-il avant de regarder le donjon et d’ajouter : Rasalom croit probablement que je le suis. Cela me donnerait un certain avantage sur lui.

Magda aurait voulu l’enlacer mais quelque chose la retenait. Elle comprenait maintenant la tristesse qui l’habitait parfois.

— N’y va pas, Glenn.

— Appelle-moi Glaeken, fit-il doucement. Cela fait si longtemps qu’on ne m’a pas appelé par mon véritable nom.

— Très bien… Glaeken. Mais dis-moi, les livres terribles que nous avons découverts, qui les a cachés ?

— C’est moi. Ils peuvent être très dangereux s’ils tombent entre des mains impures mais je n’ai pu me résoudre à les détruire. Le savoir – celui du mal, en particulier – doit être préservé.

Magda avait encore une question à lui poser, mais elle hésitait. Elle s’était rendu compte en l’écoutant que son âge lui importait peu – il était toujours celui qu’elle aimait. Mais lui, que ressentait-il à son égard ?

— Et moi ? dit-elle enfin. Tu ne m’as jamais dit…

Elle voulait savoir si elle n’était qu’une étape le long du chemin, une conquête parmi tant d’autres. Cet amour qu’elle avait décelé en lui, dans son corps, dans ses yeux, n’était-ce qu’une simple feinte de sa part ? Était-il encore capable d’aimer ? Elle ne pouvait formuler ces pensées. Leur seule évocation était déjà trop pénible.

— Est-ce que tu m’aurais cru si je te l’avais dit ? fit alors Glenn qui, une fois de plus, paraissait lire en elle. Oui, Magda, je t’aime. Tu as su me toucher. C’est une chose dont personne n’a été capable depuis très longtemps. Je suis peut-être plus vieux que tout ce que tu peux imaginer mais je suis toujours un homme.

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