La quarantaine
- Автор: Леклезио Жан-Мари-Гюстав
- Год: 1995
- Язык: французский
- ISBN: 978-2070743186
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «La quarantaine». Краткое содержание книги:
À l’intérieur de la grotte, tout était calme. Il faisait frais, il y avait comme un murmure d’eau quelque part, derrière la roche, un parfum de fumée et d’herbes. Après les heures d’attente, sur la plage brûlante, et la course à travers les plantes griffues, Ananta avait l’impression d’être arrivée à l’entrée d’un palais, celui qu’elle espérait depuis longtemps, où régnaient la paix et la douceur. Elle voulait appeler sa mère, pour lui dire de la rejoindre ici, de venir s’installer dans cette grotte, loin de tous les bateaux, de tous les étrangers. Mais elle avait peur que les arkotties ne la retrouvent, et la ramènent jusqu’à la digue. Elle tremblait de fatigue, les larmes emplissaient sa bouche. Elle s’est allongée sur le sol de la grotte, près de l’autel. Quand elle se réveillerait, ils seraient tous loin, le bateau de l’homme à la barbe d’or les aurait emmenés de l’autre côté, dans la grande île. Sa mère viendrait à sa recherche, elle saurait trouver le chemin de la grotte, elles resteraient ensemble pour toujours, sans peur de l’avenir.
Vers la fin de l’après-midi, c’est la vieille femme, celle que les immigrants de l’Ishkander Shaw appelaient la folle, qui a trouvé Ananta dans la grotte. Elle s’est agenouillée à côté d’elle et elle l’a réveillée en lui touchant le visage. Ananta avait peur, mais la vieille femme l’a rassurée. «Tu ressembles à ma fille.» Comme elle avait l’air attristé, Ananta a dit: «Est-ce qu’elle est morte?» La vieille femme a raconté ce qui s’était passé, les gens qui étaient arrivés ici sur un bateau et qu’on avait oubliés. Et la déesse froide qui les avait pris, les uns après les autres. Sa fille était morte parmi les premiers, et elle l’avait brûlée sur la plage. Puis elle s’était réfugiée dans la grotte, et quand le bateau était revenu, après des mois, elle n’avait pas voulu partir sans sa fille. Elle s’était cachée.
Maintenant, Ananta n’avait plus peur. La folle l’a emmenée vers la baie des Palissades, et elle l’a suivie sans protester. Le ciel était jaune, la mer brillait, une étincelle accrochée à chaque vague. Sur la digue, les derniers passagers attendaient devant la baleinière. Ananta a reconnu la silhouette de sa mère. Elle est descendue, d’abord lentement, les yeux étrécis à cause de la lumière, puis en courant à travers les broussailles, en sautant d’un rocher à l’autre. Quand elle est arrivée à la plage, Giribala l’a serrée très fort dans ses bras. Sur la digue, l’officier anglais s’impatientait. Ensemble elles sont montées dans la baleinière et les marins ont souqué pour lancer la barque à travers la vague. Ananta a cherché du regard dans les broussailles, du côté du volcan. Mais la vieille femme avait disparu.