Catherine des grands chemins
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Катрин #4
- Год: 1968
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Catherine des grands chemins». Краткое содержание книги:
Pourtant, le monde n'oublie pas Catherine. Tous ceux qui veulent que le sacrifice de Jeanne d'Arc n'ait pas été vain se liguent pour abattre Georges de la Trémoille. Et c'est pour se venger de cet homme que Catherine trouve enfin la force de quitter son refuge pour se lancer à nouveau dans les plus périlleuses aventures.
Elle était tout doucement en train de s'évanouir auprès du grand lit. Le jeune homme la retint au moment où elle allait tomber à terre et l'emporta en courant.
En arrivant dans la cour, l'air frais de la nuit ranima Catherine. Elle ouvrit les yeux, vit le visage de Brézé tout près du sien et le regarda sans comprendre. Mais la mémoire lui revint aussitôt et, d'un souple mouvement de reins, elle se laissa glisser des bras qui la tenaient.
— Lâchez-moi, s'écria-t-elle. Merci, messire... Où est La Trémoille
? Qu'en a-t-on fait ?
Du geste, Pierre désigna la troupe qui dévalait le sentier vers la ville semblable à quelque énorme mille- pattes.
— Tenez ! On l'emporte. À Montrésor. Il sera jugé.
Une vague de sang monta au visage de la jeune femme.
— Et sa femme ? fit-elle rageusement. Allez-vous la laisser en paix ici ? Elle est pire que lui et le la hais plus encore que je n'ai haï son époux.
On ne peut pas l'atteindre, Catherine... Elle a ses appartements dans le château du Milieu, près du logis du Roi. Il faut partir, maintenant.
— Ah vraiment ? cria Catherine avec fureur. Partez si vous voulez. Moi, je reste. Je n'aurai pas de repos avant d'en avoir fini avec elle... J'ai encore un compte à régler, moi.
Tout en parlant, elle tâtait le fourreau de sa dague, s'étonnait un instant de le trouver vide. Puis elle se souvint que Rosnivinen la lui avait arrachée pour l'enfoncer jusqu'à la garde dans le ventre du Chambellan. L'arme s'était enlisée dans la graisse du gros homme d'où le Breton l'avait arrachée avant de la jeter. Elle devait être restée sur le dallage de la chambre.
— Il faut que je remonte, dit-elle. J'ai perdu ma dague.
— Qu'importe une dague, Catherine ! Vous êtes folle. Les gardes vont vous prendre ?
— Et après ? Qu'ils me prennent s'ils veulent. De toute façon je n'ai plus l'intention de me cacher. C'est hautement et au grand jour que je vais réclamer au Roi notre réhabilitation. La reine Yolande me l'a promise. Si je suis prise, prévenez-la. Quant à la dague, c'est celle qui n'a jamais quitté mon époux. J'y tiens et je vais la chercher.
Elle s'élança de nouveau vers le donjon devant la porte duquel s'agitait un peloton de gens d'armes indécis sur ce qu'ils devaient faire. Elle se jeta au milieu d'eux, Pierre de Brézé sur les talons, et se fût fait prendre certainement si, à cet instant précis, Raoul de Gaucourt n'était arrivé, revenant du logis royal. Brézé l'appela, en quelques mots lui expliqua ce qui se passait. Il écarta les soldats d'un mouvement de son épée.
— Laissez cette... ce garçon, dit-il rudement. Je le connais..
Regagnez vos quartiers.
Docilement, les hommes d'armes s'éloignèrent, traînant les pieds en gens mal réveillés, et disparurent bientôt. Il n'y eut plus au pied du donjon que Brézé, Catherine et Gaucourt.
La figure du gouverneur, encore tachée de sang, était sombre et fermée, Pierre en conclut que les choses allaient mal et demanda :
— Le Roi ? Est-ce qu'il sait ? Que fait-il ?
Gaucourt haussa les épaules avec un rire sec.
— Le Roi ? Il s'est rendormi. La Reine lui a assuré que ce tumulte qui l'avait éveillé n'était fait que pour son bien et il l'a crue sans plus d'explication. Il a seulement demandé si le Connétable était là. On lui a dit non, cela lui a suffi. Cela nous donne jusqu'au jour pour les explications... Il réagit exactement comme il a réagi à la mort de Giac.
— L'étrange roi, murmura Pierre. Ces hommes qu'il porte au pinacle, ces indispensables favoris, il les oublie en une minute.
Mais Catherine n'était pas là pour philosopher. Elle estimait qu'elle avait encore à faire et, se désintéressant des deux hommes, elle voulut entrer dans le Coudray. Gaucourt la retint.
— Un moment. Où allez-vous ?
— Là-haut, chercher la dague de mon époux.
— C'est à moi d'y aller. J'ai encore à faire chez La Trémoille, coupa sèchement le gouverneur.
— Alors je vais avec vous. Que puis-je craindre ? La Trémoille est déjà sur la route de Montrésor. Si l'on m'arrête, vous me libérerez.
— La Trémoille est parti, en effet. Mais sa femme est encore ici.
Elle a été réveillée par le vacarme ; qui ne l'a été d'ailleurs ? En sortant de chez le roi, je l'ai aperçue qui courait dans les couloirs du château, à demi nue, comme une folle. Je me suis lancé à sa poursuite, mais elle avait de l'avance ; je l'ai vue franchir les douves du donjon, sur le petit pont. Elle est là-haut.
— Et vous voulez m'empêcher d'y aller ? s'écria Catherine. N'y comptez pas, sire gouverneur. Il vous faudrait me passer sur le corps.
Arrachant son bras que tenait toujours Gaucourt, elle se lança dans l'étroit escalier de pierre, grimpant quatre à quatre avec l'agilité d'un chat. Sa haine lui donnait des ailes. Toute à la joie d'affronter enfin son ennemie avec des chances égales, elle ne songeait même pas qu'elle était sans arme. Mais l'autre, sans doute, n'en avait pas davantage... Les cloches du triomphe carillonnaient dans les oreilles de Catherine soulevée au-delà d'elle-même... Elle n'entendait plus rien que ce chant de victoire.
Au seuil de la chambre, elle s'arrêta, hors d'haleine et saisie par le spectacle qui s'offrait à ses yeux. À peine vêtue d'une chemise qui découvrait largement ses épaules et sa gorge, la dame de La Trémoille fouillait un coffret et en sortait des joyaux qu'elle accumulait dans une soierie posée près d'elle. À en juger par l'invraisemblable désordre qui régnait et qui n'était pas dû uniquement à l'attentat, elle avait déjà visité d'autres coffres. Catherine eut un sourire de mépris... Cette femme ne changerait jamais. On pouvait tuer ses époux, elle se préoccuperait toujours davantage de leur héritage que de leur sort...
Toute à ses rapines, l'autre ne la voyait pas. Catherine entra doucement et saisit la dague qui traînait sur le sol à quelques pas d'elle, en réprimant une grimace de dégoût. Elle était encore toute poissée de sang.
Soudain, elle sursauta. La comtesse s'était immobilisée et haletait doucement, comme si l'air tout à coup lui avait manqué. Catherine la vit élever dans sa main, vers la flamme de la veilleuse qui brûlait toujours, une chose qui étincela de mille feux sombres. Le diamant noir ! Son diamant noir à elle, Catherine !... Jamais elle n'avait vu, sur un visage humain, pareille expression de cupidité. Les yeux de la femme étaient exorbités, ses lèvres étaient sèches. C'était cela surtout qu'elle était venue chercher. Elle tremblait d'excitation... La voix glaciale de Catherine la fit sursauter.
— Rendez-moi cela ! dit-elle froidement. Ce diamant m'appartient
!
L'autre tourna vers elle un regard hébété, mais dont les prunelles peu à peu se rétrécirent, où revinrent bientôt la ruse et la cruauté.
— A vous ? Qui êtes-vous ?
Catherine eut un rire sec et s'avança au milieu de la pièce. La lumière de la veilleuse l'enveloppa, dessinant sa mince silhouette moulée dans le costume masculin.
— Regardez-moi ! Regardez-moi bien ! Ne m'avez- vous jamais vue ?
Avec méfiance, serrant le diamant contre sa poitrine nue, la comtesse s'approcha, dévisageant ces traits, ce visage que le camail noir sertissait comme un écrin. Déroutée sans doute par le costume masculin, elle secoua la tête.
— On m'appelait Tchalaï, commença Catherine railleusement.
L'autre éclata d'un rire fêlé et se détourna avec emportement.
— C'est bien possible, ton visage avait si peu d'importance pour moi. Tu as eu de la chance de m'échapper, mais passe au large, ma fille, j'ai à faire. Quant à ce diamant...