Une fois dans ma vie
- Автор: Легардинье Жиль
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Flammarion
- ISBN: 978-2081416925
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Une fois dans ma vie». Краткое содержание книги:
Trois façons d’aimer. Aucune ne semble conduire au bonheur.
Séparément, elles sont perdues. Ensemble, elles ont une chance.
Accrochées à leurs espoirs face aux tempêtes que leur réserve le destin, avec l’énergie et l’imagination propres à celles qui veulent s’en sortir, elles vont tenter le tout pour le tout. Personne ne dit que ça ne fera pas de dégâts…
— Vous vous foutez de moi ?
— C'est toi qui te fous de moi en me demandant si je m'en souviens encore ! Évidemment, ça ne s'oublie pas ! Et tant qu'on y est, laisse-moi te dire autre chose, mon garçon : dans notre première salle de bains, j'ai fait du travail dix fois moins soigné que le tien !
Kévin sourit.
— Noémie dit que personne ne la fait rire autant que vous.
— Elle me dit que personne ne la rend aussi heureuse que toi. Ça fait vachement mal, tu ne trouves pas ?
— Disons qu'on est à un point partout.
Les deux hommes regardent autour d'eux. Victor pointe l'angle d'un dessous de meuble qu'il était impossible de repérer en position debout.
— Tu as oublié de la peinture, là.
— Je m'en fiche, je ne passe pas mon temps assis dans ma salle de bains.
— Menteur, c'est ce que tu es en train de faire.
— Uniquement pour vous tenir compagnie. Vous croyez qu'elles vont parler encore longtemps ?
— Aucune idée. Elles ont dû discuter de nappes, de décoration, de camaïeux de couleurs, de ces choses importantes dont personne n'a rien à talquer. L'essentiel, vois-tu, c'est qu'en évoquant ces détails, elles s'envoient des signaux, qu'elles soient d'accord, qu'elles abondent dans le sens l'une de l'autre. Les filles font ce genre de trucs. Ce qu'elles racontent a moins d'importance que l'intention qu'elles y mettent. Si elles t'aiment, elles sont d'accord avec toi, même si t'as tort.
Comme s'il venait de prendre conscience d'un des secrets de l'univers, Kévin s'emballe :
— Mais c'est vrai ! Vous avez raison !
— Attention, petit homme, ce miracle ne dure qu'un temps. Parce qu'après, tu dois savoir que quand tu te tromperas, elles te le balanceront en pleine tête.
Ils rigolent.
— D'après vous, aujourd'hui, il va leur falloir combien de temps pour s'envoyer leurs signaux ?
— J'en sais rien. T'as faim ?
— La grosse dalle. Surtout que Noémie a préparé des plats excellents. Elle y a passé des heures.
— Ne me dis rien, je vais baver.
Victor regarde autour de lui afin d'évaluer les moyens de survie.
— Pour tenir jusqu'à l'arrivée des secours, on peut ronger le savon et boire ton gel douche. On doit aussi pouvoir bouffer les crèmes de maquillage de ma fille.
— Je vous laisse ma part.
— Tu ne diras plus ça dans quelques heures. Blague à part, c'est important qu'elles nous oublient. Elles vont rattraper le temps perdu, et ça c'est génial. Noémie est en train de se rendre compte que sa mère va mieux et que tout rentre dans l'ordre. Quant à Eugénie, elle est sur le point de comprendre que le lien avec sa petite n'est pas brisé. Évidemment, si ça se passe trop bien, elles vont vraiment nous oublier et partiront au cinéma ou au resto fêter leur complicité restaurée…
— On va y passer la nuit.
— C'est toi qui dors dans la douche. Moi, je garde le tapis tout doux. Privilège de l'âge.
Victor marque une pause.
— Tu sais, Kévin, je suis bien content de te connaître, et je suis vraiment désolé de ne pas avoir été davantage là pour vous aider lors des travaux.
— Tout va bien.
— Un jour peut-être, tu auras une fille. Tu verras à quel point ce qui lie un père à sa petite est puissant. Ensuite elle grandira, et tu te mettras à regarder tous les garçons de son âge d'un œil suspicieux.
— Vous avez fait ça avec moi ?
— À ton avis ? J'avais la trouille que ma princesse adorée s'amourache d'un bouffon avec une tête de candidat de téléréalité. Un pignouf qui se met du gel dans les cheveux et qui ne sait compter que jusqu'à trois.
— Il m'arrive de me mettre du gel dans les cheveux, mais soyez rassuré, en m'aidant de mes doigts, j'arrive à compter jusqu'à huit. D'ici deux ans, j'espère être à neuf.
Victor lui colle un coup d'épaule. Kévin regarde sa montre et bougonne :
— On est partis pour y passer l'après-midi.
— Honneur aux dames.
— Je suis certain qu'elles vont faire tout ce que vous avez dit et que ce sera super pour elles, parce que Noémie en a très envie. Mais je crois qu'ensuite, elles vont finir par aborder un dossier top secret que nous devions normalement évoquer tous ensemble au dessert.
— Vous allez vous marier ?
— Pas pour le moment. Avant de vous confier l'info, il faut que vous me juriez de ne pas gaffer. Quand elle vous l'annoncera, vous devrez avoir l'air vraiment surpris, sinon je finirai comme votre pote après la foudre en pot.
— Tu seras donc riche toute ta vie.
— Victor, on ne va pas tarder à vous appeler Papy. Dans sept mois et demi si tout va bien. Par pitié, ne m'explosez pas.
82
L'attroupement devant la vitrine oblige le petit retoucheur à sortir de sa boutique.
— Qu'est-ce que vous attendez tous comme ça ? Ils ont déplacé l'arrêt de bus ?
Eugénie lui serre la main et explique :
— On vient de mettre en place les panneaux pour le nouveau spectacle. Tout le monde est sorti pour attendre que mon mari allume les lumières. Vous voulez regarder avec nous ?
Le petit monsieur plisse les yeux derrière ses épaisses lunettes et déchiffre les immenses lettres rouges pailletées sur fond blanc.
— Une fois dans ma vie. J'aime bien. Moi, ce serait partir en vacances pour la première fois depuis trente-deux ans, sans machine à coudre !
— On commence dans deux semaines. Si ça vous fait plaisir, on vous invite.
— Avec joie, je viendrai à pied !
Nicolas se demande si la mention « un spectacle vivant, musical et inédit » n'aurait pas dû être écrite en plus grand. Personne n'a le temps de le rassurer car tous les projecteurs de la façade viennent de s'allumer. Une clameur accueille l'événement. La nouvelle mise en lumière modernise le bâtiment. Victor, Arnaud et Loïc ont réussi leur coup. Les milliers de petites pastilles mobiles écarlates qui composent les lettres du titre scintillent dans les faisceaux des spots.
Maximilien déclame en surjouant l'émotion :
— C'est à partir de ce moment que le spectacle commence vraiment à exister. C'est notre bébé qui va naître !
Victor et Loïc sortent du théâtre, fiers de leur effet. Un joyeux brouhaha mêlé d'applaudissements et de cris les accueille. Du perron, ils saluent la troupe avec emphase. Quelques passants s'arrêtent en se demandant ce qui se passe. La bonne humeur est communicative. Quelqu'un hurle « à poil ! » mais cette fois, c'est une voix féminine. Juliette lance un regard accusateur à Céline, qui se disculpe aussitôt. Olivier sait que c'est Annie qui a crié en pensant à Loïc, mais il préservera son secret.
Le régisseur et le compagnon de Juliette se hâtent de traverser pour venir évaluer le résultat. Les remarques fusent :
— Ça se voit de loin !
— C'est superbe.
— Ça donnerait presque envie d'aller voir le spectacle !
Natacha est ravie. Chantal félicite Arnaud. Eugénie se faufile au milieu de tous pour rejoindre Victor, qui reste devant à détailler la mise en place. Elle se glisse près de lui et l'embrasse sur la joue :
— Merci, Coincoin.
À l'angle de la rue, Laura apparaît. Elle n'est pas seule. Elle pousse un fauteuil roulant dans lequel est installé un jeune homme. Ils s'arrêtent au pied du théâtre. La troupe traverse aussitôt pour les rejoindre, provoquant une belle pagaille dans la circulation. Laura est prise de court par l'excitation qui règne dans le groupe. Débordée, elle ne sait où donner de la tête. Elle annonce à la ronde :