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Le Chevalier De Maison-Rouge

Электронная книга - «Le Chevalier De Maison-Rouge». Краткое содержание книги:

Un des livres consacrés par Dumas à la Révolution Française. L'action se passe en 1793. Le jacobin Maurice Lindey, officier dans la garde civique, sauve des investigations d'une patrouille une jeune et belle inconnue, qui garde l'anonymat. Prisonnière au Temple, où règne le cordonnier Simon, geôlier du dauphin, Marie-Antoinette reçoit un billet lui annonçant que le chevalier de Maison-Rouge prépare son enlèvement…
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– Eh pardieu! c’est le citoyen Simon! dit le premier patriote.

– Lui-même! Mais que lui veux-tu, au citoyen Simon? et qui es-tu, d’abord?

– Fais donc semblant de ne me pas reconnaître!

– Je ne te reconnais pas du tout, par une excellente raison, c’est que je ne t’ai jamais vu.

– Allons donc! tu ne reconnaîtrais pas celui qui a eu l’honneur de porter la tête de la Lamballe?

Et ces mots, prononcés avec une sourde fureur, s’élancèrent brûlants de la bouche du patriote à carmagnole. Simon tressaillit.

– Toi? fit-il; toi?

– Eh bien, cela t’étonne? Ah! citoyen, je te croyais plus connaisseur en ami, en fidèles!… Tu me fais de la peine.

– C’est fort bien, ce que tu as fait, dit Simon; mais je ne te connaissais pas.

– Il y a plus d’avantage à garder le petit Capet, on est plus en vue; car, moi, je te connais, et je t’estime.

– Ah! merci.

– Il n’y a pas de quoi… Donc, tu te promènes?

– Oui, j’attends quelqu’un… Et toi?

– Moi aussi.

– Comment donc t’appelles-tu? Je parlerai de toi au club.

– Je m’appelle Théodore.

– Et puis?

– Et puis, c’est tout; ça ne te suffit pas?

– Oh! parfaitement… Qui attends-tu, citoyen Théodore?

– Un ami auquel je veux faire une bonne petite dénonciation.

– En vérité! Conte-moi cela.

– Une couvée d’aristocrates.

– Qui s’appellent?

– Non, vrai, je ne peux dire cela qu’à mon ami.

– Tu as tort; car voici le mien qui s’avance vers nous, et il me semble que celui-là connaît assez la procédure pour arranger tout de suite ton affaire, hein?

– Fouquier-Tinville! s’écria le premier patriote.

– Rien que cela, cher ami.

– Eh bien, c’est bon.

– Eh! oui, c’est bon… Bonjour, citoyen

Fouquier. Fouquier-Tinville, pâle, calme, ouvrant, selon son habitude, des yeux noirs enfoncés sous d’épais sourcils, venait de déboucher d’une porte latérale de la salle, son registre à la main, ses liasses sous le bras.

– Bonjour, Simon, dit-il; quoi de nouveau?

– Beaucoup de choses. D’abord, une dénonciation du citoyen Théodore, qui a porté la tête de la Lamballe. Je te le présente.

Fouquier attacha son regard intelligent sur le patriote, que cet examen troubla, malgré la tension courageuse de ses nerfs.

– Théodore, dit-il. Qui est ce Théodore?

– Moi, dit l’homme à la carmagnole.

– Tu as porté la tête de la Lamballe, toi? fit l’accusateur public avec une expression très prononcée de doute.

– Moi, rue Saint-Antoine.

– Mais j’en connais un qui s’en vante, dit Fouquier.

– Moi, j’en connais dix, reprit courageusement le citoyen Théodore; mais enfin, comme ceux-là demandent quelque chose, et que, moi, je ne demande rien, j’espère avoir la préférence.

Ce trait fit rire Simon et dérida Fouquier.

– Tu as raison, dit-il, et, si tu ne l’as pas fait, tu aurais dû le faire. Laisse-nous, je te prie; Simon a quelque chose à me dire.

Théodore s’éloigna, fort peu blessé de la franchise du citoyen accusateur public.

– Un moment, cria Simon, ne le renvoie pas comme cela; entends d’abord la dénonciation qu’il nous apporte.

– Ah! fit d’un air distrait Fouquier-Tinville, une dénonciation?

– Oui, une couvée, ajouta Simon.

– À la bonne heure, parle; de quoi s’agit-il?

– Oh! presque rien: le citoyen Maison-Rouge et quelques amis.

Fouquier fit un bond en arrière, Simon leva les bras au ciel.

– En vérité? dirent-ils tous deux ensemble.

– Pure vérité; voulez-vous les prendre?

– Tout de suite; où sont-ils?

– J’ai rencontré le Maison-Rouge rue de la Grande-Truanderie.

– Tu te trompes, il n’est pas à Paris, répliqua Fouquier.

– Je l’ai vu, te dis-je.

– Impossible. On a mis cent hommes à sa poursuite; ce n’est pas lui qui se montrerait dans les rues.

– Lui, lui, lui, fit le patriote, un grand brun, fort comme trois forts, et barbu comme un ours. Fouquier haussa les épaules avec dédain.

– Encore une sottise, dit-il; Maison-Rouge est petit, maigre, et n’a pas un poil de barbe.

Le patriote laissa retomber ses bras d’un air consterné.

– N’importe, la bonne intention est réputée pour le fait. Eh bien, Simon, à nous deux; hâte-toi, l’on m’attend au greffe, voici l’heure des charrettes.

– Eh bien, rien de nouveau; l’enfant va bien.

Le patriote tournait le dos de façon à ne pas paraître indiscret, mais de façon à entendre.

– Je m’en vais si je vous gêne, dit-il.

– Adieu, dit Simon.

– Bonjour, fit Fouquier.

– Dis à ton ami que tu t’es trompé, ajouta Simon.

– Bien, je l’attends.

Et Théodore s’écarta un peu et s’appuya sur son gourdin.

– Ah! le petit va bien, dit alors Fouquier; mais le moral?

– Je le pétris à volonté.

– Il parle donc?

– Quand je veux.

– Tu crois qu’il pourrait témoigner dans le procès d’Antoinette?

– Je ne le crois pas, j’en suis sûr.

Théodore s’adossa au pilier, l’œil tourné vers les portes; mais cet œil était vague, tandis que les oreilles du citoyen venaient d’apparaître nues et dressées sous le vaste bonnet à poil. Peut-être ne voyait-il rien; mais, à coup sûr, il entendait quelque chose.

– Réfléchis bien, dit Fouquier, ne fais pas faire à la commission ce qu’on appelle un pas de clerc. Tu es sûr que Capet parlera?

– Il dira tout ce que je voudrai.

– Il t’a dit, à toi, ce que nous allons lui demander?

– Il me l’a dit.

– C’est important, citoyen Simon, ce que tu promets là. Cet aveu de l’enfant est mortel pour la mère.

– J’y compte, pardieu!

– On n’aura pas encore vu pareille chose, depuis les confidences que Néron faisait à Narcisse, murmura Fouquier d’une voix sombre. Encore une fois, réfléchis, Simon.

– On dirait, citoyen, que tu me prends pour une brute; tu me répètes toujours la même chose. Voyons, écoute cette comparaison; quand je mets un cuir dans l’eau, devient-il souple?

– Mais… je ne sais pas, répliqua Fouquier.

– Il devient souple. Eh bien, le petit Capet devient en mes mains aussi souple que le cuir le plus mou. J’ai mes procédés pour cela.

– Soit, balbutia Fouquier. Voilà tout ce que tu voulais dire?

– Tout… J’oubliais: voici une dénonciation.

– Toujours! tu veux donc me surcharger de besogne?

– Il faut servir la patrie.

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