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Электронная книга - «Saga». Краткое содержание книги:

Trois scénaristes et une romancière se retrouvent un matin dans le bureau du directeur d'une grande chaîne de télévision. Celui-ci va leur confier la rédaction d'une nouvelle série qu'ils devront entièrement créer. Ça commence un peu comme un conte de fée pour ces quatre écrivains plus ou moins ratés. Seulement ils apprennent très vite que la série n'existera que pour remplir les quotas minimums de fictions françaises sur la chaîne. Et donc qu'elle sera diffusée en plein milieu de la nuit. Pour nos quatre protagonistes la question de travailler à blanc ne se pose pas longtemps : ils ont besoin d'argent. En plus l'horaire de diffusion leur permet d'avoir toutes les libertés scénaristiques (à partir du moment où ça coûte le moins cher possible). Ce livre se déroule entre critique acerbe du milieu de la télévision et portrait attendrissant de quatre personnages complexes et troublants. Il pose également la question de la création artistique, de l'engagement que cela demande, de sa force et de sa faiblesse. Enfermés tous les quatre dans une pièce avec ordinateurs, télévisions, à se gaver de pizzas et de vodka poivrée, ils vont finir par créer une saga qui va finalement bouleverser leur vie. Ce livre passe par plusieurs étapes littéraires : on est tout d'abord dans le roman contemporain assez classique, avec des personnages un peu paumés mais sympathiques, puis petit à petit s'installe une analyse des coulisses de la télévision, on passe ensuite par une société décrite dans une certaine folie. Et on atteint la surenchère , dans une sorte d'histoire proche de la science fiction où la folie semble habiter tous les protagonistes. Vraiment un excellent livre, haletant, qui mène son lecteur de rebondissements en découvertes humaines époustouflantes !
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– Ça n'a pas changé, ici.

– Tu peux t'asseoir là.

– …

– Tu veux boire quelque chose?

– Qu'est-ce que tu as?

– Du Bailey's.

– Au moins tu n'as pas perdu ton sens de l'humour. Du Bailey's…

– C'est très bon le Bailey's.

– …

– Il doit rester une bière.

Elle a toujours détesté la bière. Qu'est-ce que fait cette bière dans son frigo?

– Tu n'étais pas à Paris, ces derniers mois.

– Non.

Silence.

D'accord, j'ai compris. Il va falloir que je lui arrache les mots de la bouche un par un et j'ai horreur de ça. Dans mon métier, c'est une règle essentielle: il est interdit de s'embourber dans un «tunnel» explicatif. Pourquoi ci, pourquoi ça, ça s'est passé comme ci, et j'ai fait croire que c'était comme ça, et bla-bla-bla et bla-bla-bla! Pourquoi faut-il que dans la vie nous soyons obligés d'en passer par là, bordel!

– Tu travailles, en ce moment?

– Non, je suis en congé. Et toi, ton feuilleton?

Quel feuilleton?

– Ton truc qui devait passer la nuit.

– Ne me dis pas que tu es la seule personne sur le globe terrestre qui n'ait jamais entendu parler de Saga?

– Eh bien si, je t'annonce que je suis la seule personne sur le globe terrestre qui n'en a jamais entendu parler. Ça a été diffusé?

– Tu veux me faire marcher, là…

– J'étais dans la Creuse. Pas de télé, pas de journaux, c'est tout juste si j'avais l'électricité. La Creuse, c'est la Creuse.

– Oui, ça a été diffusé.

– Tu étais content?

– Je ne sais pas si c'est vraiment le moment de te raconter ça.

– Mais si. En trois mots. Ça m'intéresse. C'était tellement important pour toi.

– Disons que… Disons qu'en un an j'ai fait un cycle complet autour du soleil en passant par toutes les saisons. J'ai fait une sorte de voyage initiatique à 180°, je suis parti comme Homère et je suis revenu comme Ulysse. Je me suis mis en abîme, je m'y suis penché et ça m'a fait peur. J'ai repoussé les limites jusqu'à ce qu'elles me repoussent à leur tour, et je suis allé très loin, par-delà le bien et le mal. Mais ça ne m'a pas suffi, il a fallu que je fricote avec le diable pour me rapprocher de Dieu et me faire passer pour lui à mes moments perdus. J'ai revisité la tragédie grecque, la comédie à l'italienne et le drame bourgeois, j'ai foulé Hollywood de mes pieds, et j'ai été, l'espace d'un soir, l'invité des princes. J'ai brassé mille destins tordus et me suis retrouvé en charge de vingt millions d'âmes. Mais tout ça est rentré dans l'ordre.

Petit silence mérité. J'ai tout fait pour.

– Et toi, Charlotte?

– Moi? J'ai fait un enfant.

– …

La porte de sa chambre est fermée.

– Le scénariste, c'est moi, Charlotte. Les coups de théâtre, les rebondissements et les répliques cinglantes, c'est mon métier.

– J'ai quand même fait un enfant. Et si tu as peur que je te pique les répliques, je vais faire dépouillé: il est de toi, il a trois mois, c'est un garçon, je l'ai appelé Patrick en me disant que d'ici trente ans ce sera un prénom unique, donc d'un chic absolu.

La porte de sa chambre est fermée.

… J'ai besoin de la scène explicative.

J'exige un très long tunnel, avec les retours en arrière et les mises au point narratives qu'il faudra.

J'ai toutes les questions à poser.

Elle les attend. Avec toutes les réponses.

Je sens que mes répliques vont perdre de leur verve.

– … Pourquoi?

– Parce que j'ai eu les résultats des tests à l'époque où tu as commencé à travailler sur ton feuilleton. J'aurais aimé te l'annoncer sans en faire une montagne, en prenant des précautions, je sais que tu es un garçon impressionnable. J'ai essayé plusieurs fois.

– Et alors?

– Tu me le demandes? Tu ne te souviens pas à quel point tout ça t'a rendu fou? Fou dangereux! Tu étais obsédé par ton feuilleton, tes collègues, tes personnages, plus rien d'autre ne comptait dans ta vie, essaie de me dire le contraire.

– J'ai peut-être été un peu polarisé…

– Même quand tu étais à la maison, tu étais là-bas. Tu vivais des choses tellement plus exaltantes qu'avec moi et tu me le faisais comprendre. Un soir tu m'as même dit: Comment ça va à ton boulot? J'ai pensé que Mildred pouvait faire ce genre de job un peu plan plan,

– Moi j'ai dit ça?

– Tu as dit nettement pire. Je préfère oublier.

– La Saga était la chance de ma vie! Elle tombait mal, c'est tout. Tu aurais pu comprendre! Être un tout petit peu patiente. Que tu te sois tirée en douce au fin fond de la Creuse à cause de ça, c'est dégueulasse!

– Ce n'est pas la seule raison, Marco. Il y a eu aussi… ça.

D'un tiroir, elle sort le script de l'épisode n° 5 de Saga et me le tend.

– À t'entendre tu étais en train d'écrire la 8e merveille du monde. Ce scénario tramait sur le lit, j'ai eu la curiosité d'y jeter un œil.

– …?

– Scène 21.

Je froisse la moitié des pages, mes mains sont de plus en plus moites… scène 21… scène 21… qu'est-ce que ça peut être que cette putain de scène 21, bordel de bordel?

2l. SALON FRESNEL. INT. JOUR

Jonas Callahan et Marie Fresnel sont seuls dans le salon. Elle prépare du thé.

jonas : Dites-moi, madame Fresnel, Camille a toujours été comme ça?

marie : Vous voulez dire aussi mélancolique, aussi affectée? Non. C'était une petite fille pleine de vie, elle était frondeuse, espiègle…

jonas : Je vais tout faire pour qu'elle le redevienne.

marie : Vous êtes gentil, Jonas, mais si vous voulez mon avis, je peux vous dire ce qui lui redonnerait la force et l'enthou siasme qu'elle a perdus.

jonas : Ce serait trop beau, qu'est-ce que c'est?

marie :… Un enfant.

Jonas se lève d'un bond, renverse sa tasse de thé brûlante sur ses genoux mais ne réagit pas. Il regarde fixement Marie.

jonas : Je suis tellement amoureux de votre fille qu'elle aurait pu me demander n'importe quoi… Jeter ma vie de flic aux orties pour devenir le pire des voyous. Me vautrer dans l'alcoolisme pour ressembler à mon père. Aller déterrer Schopenhauer et le ramener à la vie pour lui faire avouer qu'il s'est trompé. Me mettre une balle dans la tête pour lui montrer que la mort n'a rien d'extraordinaire. Elle aurait même pu me demander bien plus. Mais pas un enfant!

Il se dirige vers la fenêtre pour fuir le regard de Marie.

jonas : Qu'un autre le lui fasse, si ça peut la rendre enfin heureuse, mais ça ne pourra jamais être moi. L'idée même qu'un être puisse être issu de ma chair me fait horreur. Je veux que tout se termine après moi, je veux être la fin, je ne veux pas mettre au monde un petit être qui va souffrir tout au long de son existence et qui finira par en crever. Je ne veux pas m'en faire pour lui, j'ai déjà trop à gérer tout seul. Et si jamais je ne l'aimais pas, hein? Vous croyez que c'est naturel, l'amour? J'aurais trop peur de le détester dès son arrivée et lui faire payer d'être venu se poser entre moi et l'autoroute que je veux prendre à deux mille à l'heure. Mettre un enfant au monde…? Si je pensais que ce monde avait encore une chance, je ne serais pas devenu flic. Je n'ai pas besoin de me prolonger. Je n'aurai jamais d'enfant. Il quitte le salon.

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