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Les Contemplations

Электронная книга - «Les Contemplations». Краткое содержание книги:

Les 11 000 vers des Contemplations furent écrits dès 1834, mais surtout pendant l'exil à Jersey, puis à Guernesey, en particulier à partir de 1853 alors que Hugo composait les Châtiments. Mettant fin au silence lyrique qu'il observait depuis les Rayons et les Ombres (1840), le recueil, sommet de sa production poétique, somme de sa vie, de sa sensibilité et de sa pensée, se présente comme «les Mémoires d'une âme» (Préface). Si «une destinée est écrite là jour à jour», le recueil s'érige aussi en expression d'une expérience, celle d'un homme qui se veut comme les autres: «Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous.»
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Je saigne et vous saignez. Mêmes douleurs! même ombre!

Ô jours trop tôt décrus!

Ils vont se marier; faites venir un prêtre;

Qu’il revienne! ils sont morts. Et, le temps d’apparaître,

Les voilà disparus!

Nous vivons tous penchés sur un océan triste.

L’onde est sombre. Qui donc survit? qui donc existe?

Ce bruit sourd, c’est le glas.

Chaque flot est une âme; et tout fuit. Rien ne brille.

Un sanglot dit: Mon père! un sanglot dit: Ma fille!

Un sanglot dit: Hélas!

Marine-Terrace, juin 1855.

VI. À vous qui êtes là

Vous, qui l’avez suivi dans sa blême vallée,

Au bord de cette mer d’écueils noirs constellée,

Sous la pâle nuée éternelle qui sort

Des flots, de l’horizon, de l’orage et du sort;

Vous qui l’avez suivi dans cette Thébaïde,

Sur cette grève nue, aigre, isolée et vide,

Où l’on ne voit qu’espace âpre et silencieux,

Solitude sur terre et solitude aux cieux;

Vous qui l’avez suivi dans ce brouillard qu’épanche

Sur le roc, sur la vague et sur l’écume blanche,

La profonde tempête aux souffles inconnus,

Recevez, dans la nuit où vous êtes venus,

Ô chers êtres! cœurs vrais, lierres de ses décombres,

La bénédiction de tous ces déserts sombres!

Ces désolations vous aiment; ces horreurs,

Ces brisants, cette mer où les vents laboureurs

Tirent sans fin le soc monstrueux des nuages,

Ces houles revenant comme de grands rouages,

Vous aiment; ces exils sont joyeux de vous voir;

Recevez la caresse immense du lieu noir!

Ô forçats de l’amour! ô compagnons, compagnes,

Qui l’aidez à traîner son boulet dans ces bagnes,

Ô groupe indestructible et fidèle entre tous

D’âmes et de bons cœurs et d’esprits fiers et doux,

Mère, fille, et vous, fils, vous ami, vous encore,

Recevez le soupir du soir vague et sonore,

Recevez le sourire et les pleurs du matin,

Recevez la chanson des mers, l’adieu lointain

Du pauvre mât penché parmi les lames brunes!

Soyez les bienvenus pour l’âpre fleur des dunes,

Et pour l’aigle qui fuit les hommes importuns,

Âmes, et que les champs vous rendent vos parfums,

Et que, votre clarté, les astres vous la rendent!

Et qu’en vous admirant, les vastes flots demandent:

Qu’est-ce donc que ces cœurs qui n’ont pas de reflux!

Ô tendres survivants de tout ce qui n’est plus!

Rayonnements masquant la grande éclipse à l’âme!

Sourires éclairant, comme une douce flamme,

L’abîme qui se fait, hélas! dans le songeur!

Gaîtés saintes chassant le souvenir rongeur!

Quand le proscrit saignant se tourne, âme meurtrie

Vers l’horizon, et crie en pleurant: «La patrie!»

La famille, mensonge auguste, dit: «C’est moi!»

Oh! suivre hors du jour, suivre hors de la loi,

Hors du monde, au delà de la dernière porte,

L’être mystérieux qu’un vent fatal emporte,

C’est beau. C’est beau de suivre un exilé! le jour

Où ce banni sortit de France, plein d’amour

Et d’angoisse, au moment de quitter cette mère,

Il s’arrêta longtemps sur la limite amère;

Il voyait, de sa course à venir déjà las,

Que dans l’œil des passants il n’était plus, hélas!

Qu’une ombre, et qu’il allait entrer au sourd royaume

Où l’homme qui s’en va flotte et devient fantôme;

Il disait aux ruisseaux: «Retiendrez-vous mon nom,

Ruisseaux?» Et les ruisseaux coulaient en disant: «Non.»

Il disait aux oiseaux de France: «Je vous quitte,

Doux oiseaux; je m’en vais aux lieux où l’on meurt vite,

Au noir pays d’exil où le ciel est étroit;

Vous viendrez, n’est-ce pas, vous nicher dans mon toit?»

Et les oiseaux fuyaient au fond des brumes grises.

Il disait aux forêts: «M’enverrez-vous vos brises?»

Les arbres lui faisaient des signes de refus.

Car le proscrit est seul; la foule aux pas confus

Ne comprend que plus tard, d’un rayon éclairée,

Cet habitant du gouffre et de l’ombre sacrée.

Marine-Terrace, janvier 1855.

VII .

Pour l’erreur, éclairer, c’est apostasier.

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