L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1965
- Язык: французский
- Год: Presse Pocket
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
Survolté par son lyrisme, Béru devient tricolore et des refrains de Marseillaise lui bloquent la pomme d'Adam entre deux étages. Du coup, on a un peu oublié le délinquant.
— Ah oui, Valmy, renchérit le chérubin, histoire de faire un coup de lèche à ces poulets-historiens. C'était le 20 septembre 1792.
Le Gros renifle son émotion et soupire en me désignant Bobichard.
— C't'une petite frappe honteuse, mais y'a pas, il connaît son manuel sur le bout de la langue.
— Oui, fais-je, Valmy c'était bien le 20 septembre 92. Le lendemain, la Convention succédait à l'Assemblée législative et proclamait la République !
— J'eusse voulut t'y être à Valmy, s'étrangle le patriote.
— Si tu t'y étais trouvé, mon Gros, tu aurais vu le général Kellermann mettre son chapeau à la pointe de son épée et crier « En avant ! Vive la Nation ! »
— C'était un général prussien ?
— Non, Béru, un général français.
— A cause du blaze, j'eusse pas cru.
— Il était strasbourgeois, mon fils. Et Paris continue de l'honorer en donnant son nom à un central téléphonique. Je suis heureux et fier, notons-le au passage, que ce central soit celui de mon éditeur, et pour le célébrer pleinement, je suis prêt à offrir un exemplaire gratuit de cet ouvrage à l'abonné dont le numéro de téléphone est Kellermann 1792 !
Enflammé, révolutionné de la cave au grenier, Bérurier gonfle la poitrine.
— Vive la République ! crie-t-il.
— Elle naquit donc dans l'apothéose de cette victoire. Ses promoteurs furent Danton et Robespierre, les deux grandes figures de la Révolution Française. La médaille de la République, en somme ; Robespierre étant l'avers et Danton le revers. A propos, sais-tu le nom du gendarme qui fracassa d'un coup de pistolet la mâchoire de Robespierre ?
Et comme le Gros ne répond pas, je l'affranchis :
— Merda !
Convaincu qu'il ne me croit qu'à demi, je poursuis son initiation :
— Danton et Robespierre firent déclarer Louis XVI coupable de trahison parce qu'il avait comploté avec l'étranger contre ses propres sujets. Et le roi fut jugé.
— Tu parles d'un procès ! Si le Frédéric Peau-de-Chèvre avait été là, pour faire le compte rendu, comment qu'il se serait régalé ! murmure le bon Béru.
— Louis XVI se défendit comme il avait gouverné : en parfait gougnafier ! On avait découvert dans une armoire de fer des Tuileries des papiers établissant sa collusion avec l'ennemi. Au lieu de plaider l'incompétence du Tribunal, le lamentable monarque nia bêtement l'évidence, ergota et fit très mauvaise impression. C'est en fait, un couillon plus qu'un tyran que l'on condamna à mort à une voix de majorité !
— Une voix ! s'exclame le Gravos. II a bien failli ménager son indéfrisable, dis donc !
— Cette voix, déclare le prévenu Bobichard, on peut estimer qu'elle fut celle de son propre cousin le duc d'Orléans, dit Philippe-Égalité !
Il reçoit quatre tartes de Bérurier.
— J'ai déjà dit que je voulais pas qu'on me chambre, hé Minus ! hurle-t-il. Espérer me faire croire que le cousin du roi faisait partie du tribunal révolutionnaire, c'est le genre de feinte-à-Jules que je tolère pas.
Avant que le malheureux Jérôme ait eu le temps de s'expliquer, le Gros l'a propulsé d'un coup de tatane au valseur jusque dans le couloir où des gardiens préparent fiévreusement le tiercé du lendemain.
— Foutez-moi ce minable au trou ! Lui aussi il va y aller du cigare un de ces quatre matins !
— A propos, tu as établi sa culpabilité ? demandé-je.
— Et comment ! Il m'a craché le morceau en début de programme. J'ai sa déposition sur le burlingue. Bon, alors, cette mort de Louis XVI, San-A ?
— Elle eut lieu le 21 janvier 1793, comme nous l'avons déjà dit. Louis XVI fut courageux. Une fois sur la guillotine, il voulut haranguer son peuple, mais le roulement des tambours couvrit sa voix. Il aurait dit qu'il priait Dieu pour que son sang ne retombe pas sur la France !
« Lorsque ce fut fait, l'aide du bourreau prit sa tête tranchée et la montra au peuple. A cet instant, les gens comprirent confusément que quelque chose d'inouï venait de se produire dans le monde ! »
— Heureusement qu'il avait pas mis sa couronne des dimanches, fait le Gros en guise d'oraison funèbre. Car chez lui la voix de l'oraison finit toujours par l'emporter.
Le feu de la forge embrasait le visage du jeune Béruriez, lui donnant fugacement l'aspect d'un démon jovial. Louis XVI essuya d'un revers de jabot son menton où dégoulinait une sueur prolétarienne et se mit à contempler son nouvel aide avec sympathie.
Cela faisait deux jours qu'il avait engagé le jeune compagnon serrurier sur la recommandation expresse du maire serrurier du Palais. Depuis quelque temps, le roi œuvrait sur une nouvelle clé délicatement ouvragée qui lui donnait pas mal de fil (de fer) à retordre et la collaboration de Béruriez s'était avérée d'un grand secours.
— Voilà le travail, Sire ! fit le garçon en retirant de la forge une clé incandescente qu'il plongea bien vite dans un seau d'eau.
Il y eut un bruit de succion. Louis XVI regarda le travail et approuva, ravi.
— Tu es très doué, mon garçon, dit-il.
— Sire, fit le compagnon, encouragé, ça n'est point tant la partie artistique d'un ouvrage qui me passionne que son utilité. En bref, je me sens davantage mécanicien que serrurier.
— C'est-à-dire ? fit le roi.
Béruriez sortit de sa poche un papier plié menu et plus crasseux qu'un trottoir d'émeute.
— Si Sa Majesté veut bien jeter un regard là-dessus, dit-il en, rugissant, c'est de moi.
Louis XVI déplia le papier et l'examina. Il vit une espèce de rectangle, coupé au bas par un autre rectangle percé d'un rond et pourvu à son sommet d'un troisième rectangle.
— De quoi s'agit-il ? demanda-t-il sans comprendre, car il ne comprenait jamais rien du premier coup.
— D'un appareil à décapiter, fit Béruriez.
Le roi écarquilla grands ses yeux inexpressifs.
— Quelle drôle d'idée !
Béruriez s'expliqua :
— Les exécutions capitales, Sire, m'ont toujours semblé chose ingrate. L'œuvre du bourreau, qu'il manie la corde ou la hache, représente un acte d'autant plus laid qu'il est perpétré délibérément, sans passion. Votre Majesté est bien d'accord ?
— En effet, admit Louis XVI.
— C'est pourquoi j'ai pensé qu'à l'époque moderne à laquelle nous vivons il serait bon de remplacer ce vilain geste par une machine. Sa Majesté m'objectera sans doute que ladite machine devra être déclenchée, ce qui nécessite tout aussi bien un geste homicide du préposé…
— En effet, répéta le roi qui n'aurait rien objecté de semblable car il avait déjà grand mal à suivre la théorie de son assistant.
— Je ferai valoir à Sa Majesté que le dit geste ne serait pas tout à fait semblable aux précédents car le bourreau n'aurait plus à manier la hache ou à nouer la corde. Il lui suffirait seulement d'actionner une manette. De plus, le supplicié serait assuré de ne pas souffrir, car la décollation s'opérerait rapidement.
— En effet, redit encore Louis XVI qui usait toujours ses expressions jusqu'à la corde !
— Voici comment devrait fonctionner ma découverte, Sire. La lunette que vous voyez au bas de l'échafaud est divisée en deux. On soulève la partie supérieure et l'on engage la tête du condamné dans la partie incurvée ; ensuite de quoi on rabat la lunette supérieure, ce qui fait que le col est bien présenté et qu'il est immobilisé. En haut de ces montants de bois, il y a un couperet lesté d'une charge de fonte et stoppé par un cliquet dans les rainures des montants. Le bourreau n'aurait qu'à dégager le cliquet pour que le couperet tombe.