Les 40 signes de la pluie
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Capital Code (fr) #1
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 978-2-266-18355-0
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les 40 signes de la pluie». Краткое содержание книги:
L’urgence devient criante lorsque des pluies torrentielles s’abattent sur la ville, bientôt engloutie sous les eaux. Pour l’humanité, l’adoption des lois préparées par Charlie est désormais une question de vie ou de mort…
— Un. Nous devons unir nos efforts.
Il écrivit « Synergies de la NSF ».
— Ce que je veux dire, c’est que vous devriez encourager les efforts synergiques dans toutes les disciplines qui touchent à ce problème. Ensuite, dit-il en écrivant et en entourant le chiffre 2, vous devriez rechercher les applications découlant directement des recherches fondamentales financées par la Fondation. Ces applications devraient être débusquées partout, par des gens spécialement appelés pour ça. Vous devriez avoir une équipe interne, permanente, d’innovation et de politique.
Exactement le mathématicien qu’il vient de perdre, se dit Anna.
Elle n’avait jamais vu Frank aussi grave. Son attitude était à l’opposé de son comportement habituel. Il n’affichait pas du tout le masque de cynisme, d’assurance, qu’il arborait généralement, comme si tout ça n’était qu’un jeu qu’il condescendait à jouer, alors même que la partie était déjà perdue. Il était sérieux, presque furieux. Furieux envers Diane, d’une certaine façon ; il ne la regardait pas, il ne regardait rien ni personne, mais seulement les mots qu’il griffonnait en rouge sur son tableau.
— Trois, vous devriez commanditer les recherches que vous jugez devoir être faites, au lieu d’attendre passivement ce qu’on va vous demander de financer. Vous ne pouvez plus vous permettre cette inertie. Quatre, vous devriez consacrer jusqu’à cinquante pour cent du budget annuel de la NSF au problème le plus énorme que vous aurez identifié – en l’occurrence, le bouleversement catastrophique du climat –, et pousser la communauté scientifique à s’y attaquer et à le résoudre. La communauté scientifique, ça veut dire tout le monde : la recherche publique et privée. Cette démarche pourrait être orchestrée par l’intermédiaire, par exemple, de l’Institut Max Planck, en Allemagne, qui est financé par le gouvernement pour s’attaquer à des problèmes particuliers. Il y a une douzaine d’organismes de ce genre, qui n’existent que tant qu’on en a besoin, et qui sont démantelés quand ils sont devenus sans objet. C’est un bon modèle.
— Cinq, vous devriez vous attacher à accroître l’influence de la science dans tous les domaines de la vie politique. Structurer tous les organismes scientifiques du monde en une organisation plus vaste, une sorte d’ONU de la science, qui s’attaquerait collectivement aux problèmes importants et solliciterait leur financement dans l’intérêt des générations futures de l’humanité.
Il s’interrompit et regarda le tableau blanc en secouant la tête.
— Tout ça peut paraître… quoi ? démesuré ? Antidémocratique, élitiste, ou je ne sais quoi… En tout cas, au-delà de ce que la science est censée être.
— Nous ne sommes pas en position de faire un coup d’État, dit le barbichu qui était déjà intervenu.
Frank écarta son objection d’un geste.
— Voyez cela sous l’angle du paradigme de Kuhn. Le modèle de paradigme qu’il expose dans La Structure des révolutions scientifiques.
Le barbichu hocha la tête, lui accordant cette remarque.
— Kuhn postule que, dans l’ordre normal des choses, un consensus général se fait autour d’un ensemble de croyances qui structurent les théories des peuples, un paradigme, et les recherches effectuées à l’intérieur de cet ensemble sont ce qu’il appelle la « science normale ». Par là, il entend une vision théorique de la nature, mais appliquons ce modèle au comportement en sciences sociales. Ce que nous faisons est de la science normale. Et puis, comme le fait remarquer Kuhn, des anomalies apparaissent, s’accumulent. Des événements indéniables, que nous ne pouvons gérer à l’intérieur du vieux paradigme. Au début, les scientifiques s’efforcent d’y intégrer les anomalies. Ce qu’ils font, tant bien que mal, jusqu’au moment où il y en a trop, et où le paradigme commence à s’effondrer. En tentant de réconcilier l’irréconciliable, il devient aussi ahurissant que le système astronomique de Ptolémée. Nous en sommes là. Nous avons des universités, nous avons la Fondation et tout ce qui s’ensuit, mais le système est trop complexe, et il part dans tous les sens. Il est incapable de prendre en compte des données aberrantes.
Frank regarda brièvement le barbichu, comme s’il le prenait à témoin.
— Pour finir, on voit apparaître un nouveau paradigme qui prend les anomalies en compte, les intègre mieux. Après une période de débat et de confusion, une nouvelle science commence à se structurer autour.
— Si je vous comprends bien, dit le barbichu, nous aurions besoin d’un changement de paradigme concernant la façon dont la science entre en interaction avec la société.
— Exactement.
— Mais lequel ? Vu de ma fenêtre, nous sommes encore dans la période de confusion.
— Absolument. Mais si nous n’avons pas une vision claire de ce que devrait être le nouveau paradigme, et je vous accorde que nous ne l’avons pas, alors notre tâche, en tant que scientifiques, est de faire avancer les choses, de leur permettre de se produire, en y appliquant toutes nos ressources et en nous organisant pour ça. Pour arriver plus vite de l’autre côté. L’argent et le pouvoir institutionnel que la NSF concentre depuis toujours doivent être utilisés à cette fin. Et non plus pour traiter les bénéficiaires de nos subventions comme des clients que nous devons satisfaire si nous voulons conserver leur clientèle. Nous ne devons plus aller au Congrès le chapeau à la main, mendier pour que ça change et les laisser mener la danse quand il s’agit de décider comment dépenser l’argent.
— Houlà ! objecta Sophie Harper. La répartition des fonds fédéraux leur incombe, et ils sont très jaloux de ce droit, vous pouvez me croire.
— Pour ça, oui. C’est de là qu’ils tirent leur pouvoir. Et ils sont le gouvernement élu, je n’en disconviens pas. Mais nous pouvons aller les voir et leur dire : Écoutez, la fête est finie. Nous avons besoin de financer cette liste de projets, ou la civilisation en souffrira pour les décennies à venir. Dites-leur qu’ils ne peuvent pas donner un demi-trillion de dollars par an à l’armée et s’en remettre, pour le sauvetage et la reconstruction du monde, à la chance et à une espèce de religion du libéralisme. Ça ne marchera pas, et la science est le seul moyen de sortir de ce merdier.
— Ce que vous suggérez, c’est le redéploiement de tous les efforts humains dans ces causes par le biais de la science, suggéra Diane.
— Peu importe…, rétorqua sèchement Frank, s’interrompant, comme s’il avait reconnu la phrase prononcée par Diane.
Et il devint encore plus rouge, si c’était possible.
— Écoutez, je ne sais pas, dit un autre membre du comité. Nous avons essayé d’aller plus loin, d’intensifier le lobbying auprès du Congrès, tout ça. Je ne suis pas sûr que ce soit en nous agitant davantage que nous obtiendrons le grand changement dont vous parlez.
Frank hocha la tête.
— Je ne suis pas sûr que ça marchera, moi non plus. Mais c’est ce que j’ai trouvé de mieux, et il faut en faire davantage là aussi.
— En fin de compte, la NSF est une petite agence, dit quelqu’un d’autre.
— C’est vrai aussi. Mais réfléchissez-y comme à une cascade d’informations. Si la NSF se concentrait exclusivement là-dessus, pendant un moment, il se pourrait que notre impact soit démultiplié. Et il y aurait des retombées en cascade. Les équations mathématiques qui décrivent les cascades sont assez basées sur des probabilités. Vous modifiez suffisamment de paramètres en même temps, et si ce sont les bons paramètres, et si la situation est au point d’équilibre, ou s’il est dépassé, boum ! Cascade. Changement de paradigme. Nouvelle concentration sur les grands problèmes auxquels nous sommes confrontés.