Bel-Ami
- Автор: Де Мопассан Ги
- Серия: L’œuvre de Guy de Maupassant #3
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Bel-Ami». Краткое содержание книги:
Le roman retrace l’ascension sociale de Georges Duroy (ou Georges Du Roy de Cantel), homme ambitieux et séducteur sans scrupules (arriviste et opportuniste), employé au bureau des chemins de fer du Nord, parvenu au sommet de la pyramide sociale parisienne grâce à ses maîtresses et à la collusion entre la finance, la presse et la politique. Sur fond de politique coloniale, Maupassant décrit les liens étroits entre le capitalisme, la politique, la presse mais aussi l’influence des femmes, privées de vie politique depuis le code Napoléon et qui œuvrent dans l’ombre pour éduquer et conseiller. Satire d'une société d'argent minée par les scandales politiques de la fin du xixe siècle, l’œuvre se présente comme une petite monographie de la presse parisienne dans la mesure où Maupassant fait implicitement part de son expérience de reporter. Ainsi, l’ascension de Georges Duroy peut être comparée à la propre ascension de Maupassant1. En effet, Bel-Ami est la description parfaite de l'inverse de Guy de Maupassant, Georges Duroy devenant une sorte de contraire de l'auteur, dont Maupassant se moquera tout au long du roman.
Bel-Ami est l'une des œuvres romanesques qui a le plus séduit scénaristes et réalisateurs internationaux.
Wikipédia
Madeleine murmura simplement :
« Comme tu voudras. »
Il commença à parler avec abondance : « Oui, c’est clair comme le jour avec cet arrangement de la séparation par moitié. Nous héritons d’un ami qui n’a pas voulu établir de différence entre nous, qui n’a pas voulu faire de distinction, qui n’a pas voulu avoir l’air de dire : « Je préfère l’un ou l’autre après ma mort comme je l’ai préféré dans ma vie. » Il aimait mieux la femme, bien entendu, mais en laissant sa fortune à l’un comme à l’autre il a voulu exprimer nettement que sa préférence était toute platonique. Et sois certaine que, s’il y avait songé, c’est ce qu’il aurait fait. Il n’a pas réfléchi, il n’a pas prévu les conséquences. Comme tu le disais fort bien tout à l’heure, c’est à toi qu’il offrait des fleurs chaque semaine, c’est à toi qu’il a voulu laisser son dernier souvenir sans se rendre compte… »
Elle l’arrêta avec une nuance d’irritation :
« C’est entendu. J’ai compris. Tu n’as pas besoin de tant d’explications. Va tout de suite chez le notaire. »
Il balbutia, rougissant :
« Tu as raison, j’y vais. »
Il prit son chapeau, puis, au moment de sortir :
« Je vais tâcher d’arranger la difficulté du neveu pour cinquante mille francs, n’est-ce pas ? »
Elle répondit avec hauteur :
« Non. Donne-lui les cent mille francs qu’il demande. Et prends-les sur ma part, si tu veux. »
Il murmura, honteux soudain :
« Ah ! Mais non, nous partagerons. En laissant cinquante mille francs chacun, il nous reste encore un million net. »
Puis il ajouta :
« À tout à l’heure, ma petite Made. »
Et il alla expliquer au notaire la combinaison qu’il prétendit imaginée par sa femme.
Ils signèrent le lendemain une donation entre vifs de cinq cent mille francs que Madeleine Du Roy abandonnait à son mari.
Puis, en sortant de l’étude, comme il faisait beau, Georges proposa de descendre à pied jusqu’aux boulevards. Il se montrait gentil, plein de soins, d’égards, de tendresse. Il riait, heureux de tout, tandis qu’elle demeurait songeuse et un peu sévère.
C’était un jour d’automne assez froid. La foule semblait pressée et marchait à pas rapides. Du Roy conduisit sa femme devant la boutique où il avait regardé si souvent le chronomètre désiré.
« Veux-tu que je t’offre un bijou ? » dit-il.
Elle murmura, avec indifférence :
« Comme il te plaira. »
Ils entrèrent. Il demanda :
« Que préfères-tu, un collier, un bracelet, ou des boucles d’oreilles ? »
La vue des bibelots d’or et des pierres fines emportait sa froideur voulue, et elle parcourait d’un œil allumé et curieux les vitrines pleines de joyaux.
Et soudain, émue par un désir :
« Voilà un bien joli bracelet. »
C’était une chaîne d’une forme bizarre, dont chaque anneau portait une pierre différente.
Georges demanda :
« Combien ce bracelet ? »
Le joaillier répondit :
« Trois mille francs, Monsieur.
— Si vous me le laissez à deux mille cinq, c’est une affaire entendue. »
L’homme hésita, puis répondit :
« Non, Monsieur, c’est impossible. »
Du Roy reprit :
« Tenez, vous ajouterez ce chronomètre pour quinze cents francs, cela fait quatre mille, que je paierai comptant. Est-ce dit ? Si vous ne voulez pas, je vais ailleurs. »
Le bijoutier, perplexe, finit par accepter.
« Eh bien, soit, Monsieur. »
Et le journaliste, après avoir donné son adresse, ajouta :
« Vous ferez graver sur le chronomètre mes initiales G.R.C., en lettres enlacées au-dessous d’une couronne de baron. »
Madeleine, surprise, se mit à sourire. Et quand ils sortirent, elle prit son bras avec une certaine tendresse. Elle le trouvait vraiment adroit et fort. Maintenant qu’il avait des rentes, il lui fallait un titre, c’était juste.
Le marchand le saluait :
« Vous pouvez compter sur moi, ce sera prêt pour jeudi, Monsieur le baron. »
Ils passèrent devant le Vaudeville. On y jouait une pièce nouvelle.
« Si tu veux, dit-il, nous irons ce soir au théâtre, tâchons de trouver une loge. »
Ils trouvèrent une loge et la prirent. Il ajouta :
« Si nous dînions au cabaret ?
— Oh ! Oui, je veux bien. »
Il était heureux comme un souverain, et cherchait ce qu’ils pourraient bien faire encore.
« Si nous allions chercher Mme de Marelle pour passer la soirée avec nous ? Son mari est ici, m’a-t-on dit. Je serai enchanté de lui serrer la main. »
Ils y allèrent. Georges, qui redoutait un peu la première rencontre avec sa maîtresse, n’était point fâché que sa femme fût présente pour éviter toute explication.
Mais Clotilde parut ne se souvenir de rien et força même son mari à accepter l’invitation.
Le dîner fut gai et la soirée charmante.
Georges et Madeleine rentrèrent fort tard. Le gaz était éteint. Pour éclairer les marches, le journaliste enflammait de temps en temps une allumette-bougie.
En arrivant sur le palier du premier étage, la flamme subite éclatant sous le frottement fit surgir dans la glace leurs deux figures illuminées au milieu des ténèbres de l’escalier.
Ils avaient l’air de fantômes apparus et prêts à s’évanouir dans la nuit.
Du Roy leva la main pour bien éclairer leurs images, et il dit, avec un rire de triomphe :
« Voilà des millionnaires qui passent. »
VII
Depuis deux mois la conquête du Maroc était accomplie. La France, maîtresse de Tanger, possédait toute la côte africaine de la Méditerranée jusqu’à la régence de Tripoli, et elle avait garanti la dette du nouveau pays annexé.
On disait que deux ministres gagnaient là une vingtaine de millions, et on citait, presque tout haut, Laroche-Mathieu.
Quand à Walter, personne dans Paris n’ignorait qu’il avait fait coup double et encaissé de trente à quarante millions sur l’emprunt, et de huit à dix millions sur des mines de cuivre et de fer, ainsi que sur d’immenses terrains achetés pour rien avant la conquête et revendus le lendemain de l’occupation française à des compagnies de colonisation.
Il était devenu, en quelques jours, un des maîtres du monde, un de ces financiers omnipotents, plus forts que des rois, qui font courber les têtes, balbutier les bouches et sortir tout ce qu’il y a de bassesse, de lâcheté et d’envie au fond du cœur humain.
Il n’était plus le juif Walter, patron d’une banque louche, directeur d’un journal suspect, député soupçonné de tripotages véreux. Il était Monsieur Walter, le riche Israélite.
Il le voulut montrer.
Sachant la gêne du prince de Carlsbourg qui possédait un des plus beaux hôtels de la rue du Faubourg Saint-Honoré, avec jardin sur les Champs-Élysées, il lui proposa d’acheter, en vingt-quatre heures, cet immeuble, avec ses meubles, sans changer de place un fauteuil. Il en offrait trois millions. Le prince, tenté par la somme, accepta.