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Les Habits Noirs Tome VII - Les Compagnons Du Trésor

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VII - Les Compagnons Du Trésor». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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Une légende en lettres d’or s’enroulait dans les festons du cartouche et disait:

PAR PERMISSION DE L’AUTORITÉ

IL FAUT LE VOIR POUR LE CROIRE

Travail de Mme veuve Léocadie Samayoux, première dompteuse des capitales de l’Europe, réservé spécialement aux habitants de cette ville.

De l’autre côté de la chambre, sur la cheminée, un porte-voix de belle dimension, debout sur son pavillon, remplaçait la pendule, flanqué de deux chapeaux chinois, ce qui faisait une jolie garniture.

Le foyer était encombré par deux ou trois petits fourneaux et divers ustensiles de cuisine.

À droite, se carrait un fauteuil à la Voltaire qui rendait ses boyaux d’étoupe par d’innombrables blessures; à gauche, une auge de bois tenait sur ses quatre bâtons. Le corps de l’auge contenait une petite paillasse et quelques guenilles.

C’était le lit d’un enfant.

Enfin, au milieu de la chambre, sous un singe empaillé qui pendait au plafond comme un lustre, une petite table de sapin toute neuve supportait des bouteilles, des verres, une tasse ébréchée où il y avait de la moutarde, et une moitié de journal chargé de débris de charcuterie.

Je ne sais comment dire l’impression qui résultait de ce tohu-bohu. Certes, l’idée de richesse ne naissait pas à la vue de ces bric-à-brac, mais cela paraissait plutôt absurde que misérable.

Un homme était couché dans le lit, bien que le milieu du jour fût depuis longtemps passé. Il avait une bonne figure un peu pâlotte sous son ample bonnet de coton, et son œil gauche portait la marque d’un coup de poing, détaché de main de maître.

Dans le fauteuil à la Voltaire, un autre homme… Mais pourquoi tromper la bonne foi du lecteur? C’était Mme Canada elle-même, digérant son déjeuner, et vêtue d’une robe de chambre qui avait dû faire le bonheur de quelque épicier avant de tomber sur son dos.

C’était une femme qui allait vers la quarantaine, mais qui n’était pas mal, en vérité, malgré l’étrangeté de son costume et la riche surabondance de ses formes.

L’approche de sa joue aurait fait pâlir une tomate.

Une barbe d’adolescent se jouait autour de son menton et de ses lèvres. Son cou donnait l’idée de la santé d’Atlas dont la nuque supportait le monde.

Tout cela jovial et bon, malgré le caractère un peu trop viril de l’ensemble. Mais, chose singulière, deux yeux long fendus languissaient sous l’épaisseur des sourcils et donnaient à la physionomie je ne sais quelle tournure sentimentale qui prêtait à rêver et à rire. À rire surtout.

Par exemple, nous ne vous aurions pas conseillé de rire trop haut, car Mme Canada, vous allez en avoir la preuve, n’avait pas la main légère.

– Vieux, dit-elle en remettant sur le bord de la cheminée le verre à demi plein qu’elle venait de porter à ses lèvres, tout ça c’est des bêtises. Ce n’est pas quand on a eu le malheur de perdre son premier époux par farce et sans rancune qu’on peut voir avec plaisir le second sur un lit de douleur à la suite d’un jeu de main, jeu de vilain. J’ai eu tort de taper si dur puisque je ne voulais pas t’assommer, et je t’en demande excuse.

– Ah! Léocadie! fit M. Canada profondément attendri. Je ne t’en exigeais pas tant. C’est vrai que dans le feu de tes nerfs tu m’as communiqué un peu trop de tripotées, mais faut ajouter que toutes les tapes des quatre parties du monde ne parviendraient pas à diminuer mon amour.

– Il y en a cinq, interrompit Léocadie.

– Alors, ça a donc changé? fit M. Canada avec résignation. J’ai toujours entendu dire les quatre… Mais ne nous faisons pas de mal pour des prétextes de géographie. Je voulais spécifier que toutes les torgnoles de la terre ne me feraient pas oublier mon bonheur dont tu m’as comblé en dédaignant la distance de la patronne à l’employé pour m’admettre à la gloire d’être ton homme, malgré mon rang inférieur. La faveur qui me guérirait toutes mes plaies instantanément, physiques ou morales, ça serait un baiser de tes lèvres que tu m’accorderais gentiment.

Mme Canada se leva aussitôt et se dirigea vers le lit en faisant trembler le carreau sous la fermeté de son pas.

– Depuis qu’on se fréquente, murmura-t-elle, c’est sûr que tu as doré ta langue, De t’avoir élevé jusqu’à moi ça t’a drôlement requinqué, et dorénavant, on s’expliquera au lieu de se houspiller comme dans les ménages du commun, je m’y engage.

Un double baiser fit explosion. Celui de Léocadie était magistral et protecteur; celui d’Échalot [3] (car c’était l’heureux Échalot) sonna comme une fanfare d’amour et de jeunesse.

Il jeta ses deux bras autour du robuste cou de son idole et dit dans le lyrisme de sa joie:

– Ça me serait égal de payer ma présente félicité au prix d’un second service de taloches. Faut bien que les roses aient des épines! T’as la chair d’Arpin, le terrible Savoyard, et la bonne odeur d’une reine!

Léocadie sourit avec bonté.

– Tu n’es pas beau, murmura-t-elle, mais c’est sûr que tu as de la poésie plein le tempérament. Lève-toi, si ça se peut, on va causer d’amitié.

M. Canada repoussa aussitôt sa couverture. Ses jambes et ses bras avaient des noirs comme son œil, mais il ne sentait plus rien de tout cela. Il prit une chaise auprès de sa souveraine, assise de nouveau dans son fauteuil à la Voltaire.

Léocadie but un coup et commença ainsi:

– N’y a pas de doute que dans le mariage faut un maître, la loi le veut, mais ça n’est pas une raison pour que l’autre languisse dans l’esclavage. D’abord, je suis pour la liberté que si tu t’avisais de moucharder mes pas et démarches…

– Plus souvent! interrompit Échalot. Je te verrais avec un militaire que je ne le croirais pas!

– À bas le bec! on parle sérieux. Il y a donc que je porte les culottes, comme de juste, mais que tu as le droit de dire tes raisons en douceur, sans me fâcher.

– Si tu avais voulu m’écouter hier au soir, Léocadie…

– On n’en est pas à savoir que je suis vif, pas vrai? riposta Mme Canada avec un commencement d’impatience. Depuis deux ou trois jours, tu es triste, ça ne me va pas. En plus que, quand je tape, tu ne ripostes pas, c’est bête.

Ceci fut dit comme si Mme Canada eût reproché à son mari d’avoir manqué aux plus simples règles de la politesse. Elle ajouta plus doucement:

– Allons, mon vieux, on te le permet, dis ce que tu as sur le cœur.

M. Canada regarda les fortes mains de sa moitié non sans une nuance d’inquiétude.

– Eh bien! oui, fit-il, je vas me confesser en grand, puisque ça t’est égal, mais quant à espérer que je riposterai dans les moments de grêle, pas possible. De lever la main sur toi ça me semblerait aussi canaille qu’un sacrilège. Je me reproche déjà la parade. Tu ne crois pas ça, toi, mais je suis fort comme un bœuf sans que ça paraisse, et l’idée que je pourrais te blesser ou déboîter un membre…

Léocadie l’interrompit par un retentissant éclat de rire. Ce qui était sous les revers de sa robe de chambre dansait comme une mer agitée.

– C’est bon, reprit Canada un peu piqué. Tu n’y croiras jamais à mes moyens, car jamais je ne les développerai contre toi. Il y a donc que je n’aime pas changer, moi, je t’ai idolâtrée sous le nom de maman Léo, et rien que de prononcer ce nom-là il y a un frétillement dans mes veines comme un millier de petits poissons. Tu as voulu prendre un autre nom, va bien! le bon sens dit qu’il fallait me débaptiser en même temps que toi, puisque nous ne faisons plus qu’un pour mon bonheur, mais…

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[3] Plusieurs personnages de ce récit ont déjà joué un rôle dans Maman Léo et L’Avaleur de sabres, mais aussi dans Les Habits Noirs, Cœur d’Acier, La Rue de Jérusalem et L’Arme invisible.

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