Le compte de Monte-Cristo Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le compte de Monte-Cristo Tome III». Краткое содержание книги:
«- En quel nom viens-tu? dit-il.
«- Je viens au nom de notre maître, Ali-Tebelin.
«- Si tu viens au nom d’Ali, tu sais ce que tu dois me remettre?
«- Oui, dit l’envoyé, et je t’apporte son anneau.
«En même temps il éleva sa main au-dessus de sa tête; mais il était trop loin et il ne faisait pas assez clair pour que Sélim pût, d’où nous étions, distinguer et reconnaître l’objet qu’il lui présentait.
«- Je ne vois pas ce que tu tiens, dit Sélim.
«- Approche, dit le messager, ou je m’approcherai, moi.
«- Ni l’un ni l’autre, répondit le jeune soldat; dépose à la place où tu es, et sous ce rayon de lumière, l’objet que tu me montres, et retire-toi jusqu’à ce que je l’aie vu.
«- Soit, dit le messager.
«Et il se retira après avoir déposé le signe de reconnaissance à l’endroit indiqué.
«Et notre cœur palpitait: car l’objet nous paraissait être effectivement un anneau. Seulement, était-ce l’anneau de mon père?
«Sélim, tenant toujours à la main sa mèche enflammée, vint à l’ouverture, s’inclina radieux sous le rayon de lumière et ramassa le signe.
«- L’anneau du maître, dit-il en le baisant, c’est bien!
«Et renversant la mèche contre terre, il marcha dessus et l’éteignit.
«Le messager poussa un cri de joie et frappa dans ses mains. À ce signal, quatre soldats du séraskier Kourchid accoururent, et Sélim tomba percé de cinq coups de poignard. Chacun avait donné le sien.
«Et cependant, ivres de leur crime, quoique encore pâles de peur, ils se ruèrent dans le souterrain, cherchant partout s’il y avait du feu, et se roulant sur les sacs d’or.
«Pendant ce temps ma mère me saisit entre ses bras, et, agile, bondissant par des sinuosités connues de nous seules, elle arriva jusqu’à un escalier dérobé du kiosque dans lequel régnait un tumulte effrayant.
«Les salles basses étaient entièrement peuplées par les Tchodoars de Kourchid, c’est-à-dire par nos ennemis.
«Au moment où ma mère allait pousser la petite porte, nous entendîmes retentir, terrible et menaçante, la voix du pacha.
«Ma mère colla son œil aux fentes des planches; une ouverture se trouva par hasard devant le mien, et je regardai.
«- Que voulez-vous? disait mon père à des gens qui tenaient un papier avec des caractères d’or à la main.
«- Ce que nous voulons, répondit l’un d’eux, c’est te communiquer la volonté de Sa Hautesse. Vois-tu ce firman?
«- Je le vois, dit mon père.
«- Eh bien, lis; il demande ta tête.
«Mon père poussa un éclat de rire plus effrayant que n’eût été une menace, il n’avait pas encore cessé, que deux coups de pistolet étaient partis de ses mains et avaient tué deux hommes.
«Les Palicares, qui étaient couchés tout autour de mon père la face contre le parquet, se levèrent alors et firent feu; la chambre se remplit de bruit, de flamme et de fumée.
«À l’instant même le feu commença de l’autre côté, et les balles vinrent trouer les planches tout autour de nous.
«Oh! qu’il était beau, qu’il était grand, le vizir Ali-Tebelin, mon père, au milieu des balles, le cimeterre au poing, le visage noir de poudre! Comme ses ennemis fuyaient!
«- Sélim! Sélim! criait-il, gardien du feu, fais ton devoir!
«- Sélim est mort! répondit une voix qui semblait sortir des profondeurs du kiosque, et toi, mon seigneur Ali, tu es perdu!
«En même temps une détonation sourde se fit entendre, et le plancher vola en éclats tout autour de mon père.
«Les Tchodoars tiraient à travers le parquet. Trois ou quatre Palicares tombèrent frappés de bas en haut par des blessures qui leur labouraient tout le corps.
«Mon père rugit, enfonça ses doigts par les trous des balles et arracha une planche tout entière.
«Mais en même temps, par cette ouverture, vingt coups de feu éclatèrent, et la flamme, sortant comme du cratère d’un volcan, gagna les tentures qu’elle dévora.
«Au milieu de tout cet affreux tumulte, au milieu de ces cris terribles, deux coups plus distincts entre tous, deux cris plus déchirants par-dessus tous les cris, me glacèrent de terreur. Ces deux explosions avaient frappé mortellement mon père, et c’était lui qui avait poussé ces deux cris.
«Cependant il était resté debout, cramponné à une fenêtre. Ma mère secouait la porte pour aller mourir avec lui; mais la porte était fermée en dedans.
«Tout autour de lui, les Palicares se tordaient dans les convulsions de l’agonie; deux ou trois, qui étaient sans blessures ou blessés légèrement, s’élancèrent par les fenêtres. En même temps, le plancher tout entier craqua brisé en dessous. Mon père tomba sur un genou; en même temps vingt bras s’allongèrent, armés de sabres, de pistolets, de poignards, vingt coups frappèrent à la fois un seul homme, et mon père disparut dans un tourbillon de feu, attisé par ces démons rugissants comme si l’enfer se fût ouvert sous ses pieds.
«Je me sentis rouler à terre: c’était ma mère qui s’abîmait évanouie.»
Haydée laissa tomber ses deux bras en poussant un gémissement et en regardant le comte comme pour lui demander s’il était satisfait de son obéissance.
Le comte se leva, vint à elle, lui prit la main et lui dit en remarque:
«Repose-toi, chère enfant, et reprends courage en songeant qu’il y a un Dieu qui punit les traîtres.
– Voilà une épouvantable histoire, comte, dit Albert tout effrayé de la pâleur d’Haydée, et je me reproche maintenant d’avoir été si cruellement indiscret.
– Ce n’est rien», répondit Monte-Cristo.
Puis posant sa main sur la tête de la jeune fille:
«Haydée, continua-t-il, est une femme courageuse, elle a quelquefois trouvé du soulagement dans le récit de ses douleurs.
– Parce que, mon seigneur, dit vivement la jeune fille, parce que mes douleurs me rappellent tes bienfaits.»
Albert la regarda avec curiosité, car elle n’avait point encore raconté ce qu’il désirait le plus savoir, c’est-à-dire comment elle était devenue l’esclave du comte.
Haydée vit à la fois dans les regards du comte et dans ceux d’Albert le même désir exprimé.
Elle continua:
«Quand ma mère reprit ses sens, dit-elle, nous étions devant le séraskier.
«- Tuez-moi, dit-elle, mais épargnez l’honneur de la veuve d’Ali.
«- Ce n’est point à moi qu’il faut t’adresser, dit Kourchid.
«- À qui donc?
«- C’est à ton nouveau maître.
«- Quel est-il?
«- Le voici.
«Et Kourchid nous montra un de ceux qui avaient le plus contribué à la mort de mon père, continua la jeune fille avec une colère sombre.
– Alors, demanda Albert, vous devîntes la propriété de cet homme?
– Non, répondit Haydée; il n’osa nous garder, il nous vendit à des marchands d’esclaves qui allaient à Constantinople. Nous traversâmes la Grèce, et nous arrivâmes mourantes à la porte impériale, encombrée de curieux qui s’écartaient pour nous laisser passer, quand tout à coup ma mère suit des yeux la direction de leurs regards, jette un cri et tombe en me montrant une tête au-dessus de cette porte.