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Maupassant

Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:

Ce livre des œuvres complètes de Guy de Maupassant est exhaustif. Il réunit ses huit romans (dont deux inachevés), ses quelques 350 nouvelles réunies en 24 recueils, ses sept pièces de théâtre (dont deux inachevées), toutes ses poésies (réunies en deux volumes), ses carnets de voyages ainsi que les centaines d’articles qu’il écrivit pour la presse entre 1876 et 1891 (classées par dates de publication et par recueils annuels). Une introduction de l’éditeur explique le parcours et l’œuvre de Guy de Maupassant. Ce livre est le fruit d'une somme de travail considérable. Les quelques milliers de pages de « Maupassant : Œuvres complètes » sont réparties en 57 volumes, ayant chacun un sommaire interactif propre. Aussi, un sommaire général permet d’accéder instantanément à n'importe lequel de ses volumes, ou, au choix, à un de ses chapitres, nouvelles, contes fantastiques, poésies, articles de presse, etc. Toutes ces œuvres ont été relues, corrigées lorsque cela était nécessaire, et mises en page avec soin pour en rendre leur lecture aussi agréable que possible.
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
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— Cette fille, Madame, est un homme qui s’appelle Jean-Nicolas Lecapet, condamné à mort en 1879 pour assassinat précédé de viol. Sa peine fut commuée en prison perpétuelle. Il s’échappa voici quatre mois. Nous le cherchons depuis lors.

J’étais affolée, atterrée. Je ne croyais pas. Le commissaire reprit en riant :

— Je ne puis vous donner qu’une preuve. Il a le bras droit tatoué.

La manche fut relevée. C’était vrai.

L’homme de police ajouta avec un certain mauvais goût :

— Fiez-vous-en à nous pour les autres constatations.

Et on emmena ma femme de chambre !

Eh bien, le croirais-tu, ce qui dominait en moi ce n’était pas la colère d’avoir été jouée ainsi, trompée et ridiculisée ; ce n’était pas la honte d’avoir été ainsi habillée, déshabillée, maniée et touchée par cet homme… mais une… humiliation profonde… une humiliation de femme. Comprends-tu ?

— Non, pas très bien.

— Voyons… Réfléchis… Il avait été condamné… pour viol, ce garçon… eh bien ! Je pensais… à celle qu’il avait violée… et ça… ça m’humiliait… Voilà… Comprends-tu, maintenant ?

Et Mme Margot ne répondit pas. Elle regardait droit devant elle, d’un œil fixe et singulier, les deux boutons luisants de la livrée, avec ce sourire de sphinx qu’ont parfois les femmes.

LE PERE

Comme il habitait les Batignolles, étant employé au ministère de l’instruction publique, il prenait chaque matin l’omnibus, pour se rendre à son bureau. Et chaque matin il voyageait jusqu’au centre de Paris, en face d’une jeune fille dont il devint amoureux.

Elle allait à son magasin, tous les jours, à la même heure. C’était une petite brunette, de ces brunes dont les yeux sont si noirs qu’ils ont l’air de taches, et dont le teint à des reflets d’ivoire. Il la voyait apparaître toujours au coin de la même rue ; et elle se mettait à courir pour rattraper la lourde voiture. Elle courait d’un petit air pressé, souple et gracieux ; et elle sautait sur le marche-pied avant que les chevaux fussent tout à fait arrêtés. Puis elle pénétrait dans l’intérieur en soufflant un peu, et, s’étant assise, jetait un regard autour d’elle.

La première fois qu’il la vit, François Tessier sentit que cette figure-là lui plaisait infiniment. On rencontre parfois de ces femmes qu’on a envie de serrer éperdument dans ses bras, tout de suite, sans les connaître. Elle répondait, cette jeune fille, à ses désirs intimes, à ses attentes secrètes, à cette sorte d’idéal d’amour qu’on porte, sans le savoir, au fond du cœur.

Il la regardait obstinément, malgré lui. Gênée par cette contemplation, elle rougit. Il s’en aperçut et voulut détourner les yeux ; mais il les ramenait à tout moment sur elle, quoiqu’il s’efforçât de les fixer ailleurs.

Au bout de quelques jours, ils se connurent sans s’être parlé. Il lui cédait sa place quand la voiture était pleine et montait sur l’impériale, bien que cela le désolât. Elle le saluait maintenant d’un petit sourire ; et, quoiqu’elle baissât toujours les yeux sous son regard qu’elle sentait trop vif, elle ne semblait plus fâchée d’être contemplée ainsi.

Ils finirent par causer. Une sorte d’intimité rapide s’établit entre eux, une intimité d’une demi-heure par jour. Et c’était là, certes, la plus charmante demi-heure de sa vie à lui. Il pensait à elle tout le reste du temps, la revoyait sans cesse pendant les longues séances du bureau, hanté, possédé, envahi par cette image flottante et tenace qu’un visage de femme aimée laisse en nous. Il lui semblait que la possession entière de cette petite personne serait pour lui un bonheur fou, presque au-dessus des réalisations humaines.

Chaque matin maintenant elle lui donnait une poignée de main, et il gardait jusqu’au soir la sensation de ce contact, le souvenir dans sa chair de la faible pression de ces petits doigts ; il lui semblait qu’il en avait conservé l’empreinte sur sa peau.

Il attendait anxieusement pendant tout le reste du temps ce court voyage en omnibus. Et les dimanches lui semblaient navrants.

Elle aussi l’aimait, sans doute, car elle accepta, un samedi de printemps, d’aller déjeuner avec lui, à Maisons-Laffitte, le lendemain.

* * *

Elle était la première à l’attendre à la gare. Il fut surpris ; mais elle lui dit :

— Avant de partir, j’ai à vous parler. Nous avons vingt minutes : c’est plus qu’il ne faut.

Elle tremblait, appuyée à son bras, les yeux baissés et les joues pâles. Elle reprit :

— Il ne faut pas que vous vous trompiez sur moi. Je suis une honnête fille, et je n’irai là-bas avec vous que si vous me promettez, si vous me jurez de ne rien… de ne rien faire… qui soit… qui ne soit pas… convenable…

Elle était devenue soudain plus rouge qu’un coquelicot. Elle se tut. Il ne savait que répondre, heureux et désappointé en même temps. Au fond du cœur, il préférait peut-être que ce fût ainsi ; et pourtant… pourtant il s’était laissé bercer, cette nuit, par des rêves qui lui avaient mis le feu dans les veines. Il l’aimerait moins assurément s’il la savait de conduite légère ; mais alors ce serait si charmant, si délicieux pour lui ! Et tous les calculs égoïstes des hommes en matière d’amour lui travaillaient l’esprit.

Comme il ne disait rien, elle se remit à parler d’une voix émue, avec des larmes au coin des paupières :

— Si vous ne me promettez pas de me respecter tout à fait, je m’en retourne à la maison.

Il lui serra le bras tendrement et répondit :

— Je vous le promets ; vous ne ferez que ce que vous voudrez.

Elle parut soulagée et demanda en souriant :

— C’est bien vrai, ça ?

Il la regarda au fond des yeux.

— Je vous le jure !

— Prenons les billets, dit-elle.

Ils ne purent guère parler en route, le wagon étant au complet.

Arrivés à Maisons-Laffitte, ils se dirigèrent vers la Seine.

L’air tiède amollissait la chair et l’âme. Le soleil tombant en plein sur le fleuve, sur les feuilles et les gazons, jetait mille reflets de gaieté dans les corps et dans les esprits. Ils allaient, la main dans la main, le long de la berge, en regardant les petits poissons qui glissaient, par troupes, entre deux eaux. Ils allaient, inondés de bonheur, comme soulevés de terre dans une félicité éperdue.

Elle dit enfin :

— Comme vous devez me trouver folle.

Il demanda :

— Pourquoi ça ?

Elle reprit :

— N’est-ce pas une folie de venir comme ça toute seule avec vous ?

— Mais non ! C’est bien naturel.

— Non ! Non ! Ce n’est pas naturel — pour moi, — parce que je ne veux pas fauter, — et c’est comme ça qu’on faute, cependant. Mais si vous saviez ! C’est si triste, tous les jours, la même chose, tous les jours du mois et tous les mois de l’année. Je suis toute seule avec maman. Et comme elle a eu bien des chagrins, elle n’est pas gaie. Moi, je fais comme je peux. Je tâche de rire quand même ; mais je ne réussis pas toujours. C’est égal, c’est mal d’être venue. Vous ne m’en voudrez pas, au moins.

Pour répondre, il l’embrassa vivement dans l’oreille. Mais elle se sépara de lui, d’un mouvement brusque ; et, fâchée soudain :

— Oh ! Monsieur François ! Après ce que vous m’avez juré.

Et ils revinrent vers Maisons-Laffitte.

Ils déjeunèrent au Petit-Havre, maison basse, ensevelie sous quatre peupliers énormes, au bord de l’eau.

Le grand air, la chaleur, le petit vin blanc et le trouble de se sentir l’un près de l’autre les rendaient rouges, oppressés et silencieux.

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