Le vicomte de Bragelonne Tome I
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome I». Краткое содержание книги:
– Messieurs, dit Monck en se détournant, désormais, je vous prie, souvenez-vous que je ne suis plus rien. Naguère encore je commandais la principale armée de la république; maintenant cette armée est au roi, entre les mains de qui je vais remettre, d'après son ordre, mon pouvoir d'hier.
Une grande surprise se peignit sur tous les visages, et le cercle d'adulateurs et de suppliants qui serrait Monck l'instant d'auparavant s'élargit peu à peu et finit par se perdre dans les grandes ondulations de la foule. Monck allait faire antichambre comme tout le monde. D'Artagnan ne put s'empêcher d'en faire la remarque au comte de La Fère, qui fronça le sourcil. Soudain la porte du cabinet de Charles s'ouvrit, et le jeune roi parut, précédé de deux officiers de sa maison.
– Bonsoir, messieurs, dit-il. Le général Monck est-il ici?
– Me voici, Sire, répliqua le vieux général.
Charles courut à lui et lui prit les mains avec une fervente amitié.
– Général, dit tout haut le roi, je viens de signer votre brevet; vous êtes duc d'Albermale, et mon intention est que nul ne vous égale en puissance et en fortune dans ce royaume, où, le noble Montrose excepté, nul ne vous a égalé en loyauté, en courage et en talent. Messieurs, le duc est commandant général de nos armées de terre et de mer, rendez-lui vos devoirs, s'il vous plaît, en cette qualité.
Tandis que chacun s'empressait auprès du général, qui recevait tous ces hommages sans perdre un instant son impassibilité ordinaire, d'Artagnan dit à Athos:
– Quand on pense que ce duché, ce commandement des armées de terre et de mer, toutes ces grandeurs, en un mot, ont tenu dans une boîte de six pieds de long sur trois pieds de large!
– Ami, répliqua Athos, de bien plus imposantes grandeurs tiennent dans des boîtes moins grandes encore; elles renferment pour toujours…
Tout à coup Monck aperçut les deux gentilshommes qui se tenaient à l'écart, attendant que le flot se fût retiré. Il se fit passage et alla vers eux, en sorte qu'il les surprit au milieu de leurs philosophiques réflexions.
– Vous parliez de moi, dit-il avec un sourire.
– Milord, répondit Athos, nous parlions aussi de Dieu.
Monck réfléchit un moment et reprit gaiement:
– Messieurs, parlons aussi un peu du roi, s'il vous plaît; car vous avez, je crois, audience de Sa Majesté.
– À neuf heures, dit Athos.
– À dix heures, dit d'Artagnan.
– Entrons tout de suite dans ce cabinet, répondit Monck faisant signe à ses deux compagnons de le précéder, ce à quoi ni l'un ni l'autre ne voulut consentir.
Le roi, pendant ce débat tout français, était revenu au centre de la galerie.
– Oh! mes Français, dit-il de ce ton d'insouciante gaieté que, malgré tant de chagrins et de traverses, il n'avait pu perdre. Les Français, ma consolation!
Athos et d'Artagnan s'inclinèrent.
– Duc, conduisez ces messieurs dans ma salle d'étude. Je suis à vous, messieurs, ajouta-t-il en français.
Et il expédia promptement sa cour pour revenir à ses Français, comme il les appelait.
– Monsieur d'Artagnan, dit-il en entrant dans son cabinet, je suis aise de vous revoir.
– Sire, ma joie est au comble de saluer Votre Majesté dans son palais de Saint-James.
– Monsieur, vous m'avez voulu rendre un bien grand service, et je vous dois de la reconnaissance Si je ne craignais pas d'empiéter sur les droits de notre commandant général, je vous offrirais quelque poste digne de vous près de notre personne.
– Sire, répliqua d'Artagnan, j'ai quitté le service du roi de France en faisant à mon prince la promesse de ne servir aucun roi.
– Allons, dit Charles, voilà qui me rend très malheureux, j’eusse aimé à faire beaucoup pour vous, vous me plaisez.
– Sire…
– Voyons, dit Charles avec un sourire, ne puis-je vous faire manquer à votre parole? Duc, aidez-moi. Si l'on vous offrait, c'est-à-dire si je vous offrais, moi, le commandement général de mes mousquetaires?
D'Artagnan s'inclinant plus bas que la première fois:
– J'aurais le regret de refuser ce que Votre Gracieuse Majesté m'offrirait, dit-il; un gentilhomme n'a que sa parole, et cette parole, j'ai eu l'honneur de le dire à Votre Majesté, est engagée au roi de France.
– N'en parlons donc plus, dit le roi en se tournant vers Athos.
Et il laissa d'Artagnan plongé dans les plus vives douleurs du désappointement.
– Ah! je l'avais bien dit, murmura le mousquetaire: paroles! eau bénite de cour! Les rois ont toujours un merveilleux talent pour vous offrir ce qu'ils savent que nous n'accepterons pas, et se montrer généreux sans risque. Sot!… triple sot que j'étais d'avoir un moment espéré!
Pendant ce temps, Charles prenait la main d'Athos.
– Comte, lui dit-il, vous avez été pour moi un second père; le service que vous m'avez rendu ne se peut payer. J'ai songé à vous récompenser cependant. Vous fûtes créé par mon père chevalier de la Jarretière; c'est un ordre que tous les rois d'Europe ne peuvent porter; par la reine régente, chevalier du Saint-Esprit, qui est un ordre non moins illustre; j'y joins cette Toison d'or que m'a envoyée le roi de France, à qui le roi d’Espagne, son beau-père, en avait donné deux à l'occasion de son mariage; mais, en revanche, j'ai un service à vous demander.
– Sire, dit Athos avec confusion, la Toison d'or à moi! quand le roi de France est le seul de mon pays qui jouisse de cette distinction!
– Je veux que vous soyez en votre pays et partout l'égal de tous ceux que les souverains auront honorés de leur faveur, dit Charles en tirant la chaîne de son cou; et j'en suis sûr, comte, mon père me sourit du fond de son tombeau.
«Il est cependant étrange, se dit d'Artagnan tandis que son ami recevait à genoux l'ordre éminent que lui conférait le roi, il est cependant incroyable que j'aie toujours vu tomber la pluie des prospérités sur tous ceux qui m'entourent, et que pas une goutte ne m'ait jamais atteint! Ce serait à s'arracher les cheveux si l'on était jaloux, ma parole d'honneur!»
Athos se releva, Charles l'embrassa tendrement.
– Général, dit-il à Monck.
Puis, s'arrêtant, avec un sourire:
– Pardon, c'est duc que je voulais dire. Voyez-vous, si je me trompe, c'est que le mot duc est encore trop court pour moi… Je cherche toujours un titre qui l'allonge… J'aimerais à vous voir si près de mon trône que je pusse vous dire, comme à Louis XIV: Mon frère. Oh! j'y suis, et vous serez presque mon frère, car je vous fais vice-roi d'Irlande et d'Écosse, mon cher duc… De cette façon, désormais, je ne me tromperai plus.