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Les Mystères De Paris Tome I - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les Mystères De Paris Tome I

Электронная книга - «Les Mystères De Paris Tome I». Краткое содержание книги:

Voici un roman mythique, presque à l'égal du Comte de Monte-Cristo ou des Trois mousquetaires, un grand roman d'aventures, foisonnant, qui nous décrit un Paris mystérieux et inconnu, dévoilé dans ses recoins les plus secrets, un Paris exotique où les apaches de Paris remplacent ceux de l'Amérique.
Errant dans les rues sombres et dangereuses de la Cité, déguisé en ouvrier, le prince Rodolphe de Gérolstein sauve une jeune prostituée, Fleur-de-Marie, dite la Goualeuse, des brutalités d'un ouvrier, le Chourineur. Sans rancune contre son vainqueur, le Chourineur entraîne Rodolphe et Fleur-de-Marie dans un tripot, Au Lapin Blanc. Là, le Chourineur et Fleur-de-Marie content leur triste histoire à Rodolphe. Tous deux, livrés dès l'enfance à l'abandon et à la misère la plus atroce, malgré de bons instincts, sont tombés dans la dégradation: le meurtre pour le Chourineur, dans un moment de violence incontrôlée, la prostitution pour Fleur-de-Marie. Rodolphe se fait leur protecteur et entreprend de les régénérer en les arrachant à l'enfer du vice et de la misère où ils sont plongés…
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Cette attention délicate mit à l’instant M. Pipelet en confiance avec Rodolphe; le portier porta la main au rebord antérieur de son chapeau et dit d’une voix de basse digne d’un chantre de cathédrale:

– Nous vous satisferons, monsieur, comme portiers, de même que vous nous satisferez comme locataire; qui se ressemble s’assemble.

Puis, s’interrompant, M. Pipelet dit à Rodolphe avec anxiété:

– À moins pourtant, monsieur, que vous ne soyez peintre.

– Non, je suis commis marchand.

– Alors, monsieur, à vous rendre mes humbles devoirs. Je félicite la nature de ne pas vous avoir fait naître l’égal de ces monstres d’artistes!

– Les artistes… des monstres? demanda Rodolphe.

M. Pipelet, au lieu de répondre, leva ses deux mains au plafond de sa loge et fit entendre une sorte de gémissement courroucé.

– C’est les peintres qui ont empoisonné la vie d’Alfred. C’est eux qui lui ont fait la mélancolie dont je vous parlais, dit tout bas Mme Pipelet à Rodolphe. Puis elle reprit plus haut et d’un ton caressant: Allons, Alfred, sois raisonnable, ne pense pas à ce polisson-là… tu vas te faire du mal, tu ne pourras pas dîner.

– Non, j’aurai du courage et de la raison, répondit M. Pipelet avec une dignité triste et résignée. Il m’a fait bien du maclass="underline" il a été mon persécuteur, mon bourreau, pendant bien longtemps; mais maintenant je le méprise. Les peintres, ajouta-t-il en se tournant vers Rodolphe, ah! monsieur, c’est la peste d’une maison, c’est son bacchanal, c’est sa ruine.

– Vous avez logé un peintre?

– Hélas! oui, monsieur, nous en avons logé un! dit M. Pipelet avec amertume, un peintre qui s’appelait Cabrion, encore!

À ce souvenir, malgré son apparente modération, le portier ferma convulsivement les poings.

– Était-ce le dernier locataire qui a occupé la chambre que je viens louer? demanda Rodolphe.

– Non, non, le dernier locataire était un brave, un digne jeune homme, nommé M. Germain; mais avant lui c’était Cabrion. Ah! monsieur, depuis son départ, ce Cabrion a manqué me rendre fou, hébété.

– L’auriez-vous regretté à ce point? demanda Rodolphe.

– Cabrion, regretté! reprit le portier avec stupeur; regretter Cabrion! Mais figurez-vous donc, monsieur, que M. Bras-Rouge lui a payé deux termes pour le faire déguerpir d’ici; car on avait été assez malheureux pour lui faire un bail. Quel garnement! Vous n’avez pas une idée, monsieur, des horribles tours qu’il nous a joués à nous et aux locataires. Pour ne parler que d’un seul de ces tours, il n’y a pas un instrument à vent dont il n’ait fait bassement son complice pour démoraliser les locataires! Oui, monsieur, depuis le cor de chasse jusqu’au serpent, monsieur! Il a abusé de tout, poussant la vilenie jusqu’à jouer faux, et exprès, la même note pendant des heures entières. C’était à en devenir fou. On a fait plus de vingt pétitions au principal locataire, M. Bras-Rouge, pour qu’il chassât ce gueux-là. Enfin, monsieur, on y parvint en lui payant deux termes… C’est drôle, n’est-ce pas? un locataire à qui on paye deux termes; mais on lui en aurait payé trois pour s’en dépêtrer. Il part… Vous croyez peut-être que c’est fini du Cabrion? Vous allez voir! Le lendemain, à onze heures du soir, j’étais couché. Pan, pan, pan! Je tire le cordon. On vient à la loge. «Bonsoir portier, dit une voix, voulez-vous me donner une mèche de vos cheveux, s’il vous plaît?» Mon épouse me dit «C’est quelqu’un qui se trompe de porte!» Et je réponds à l’inconnu: «Ce n’est pas ici; voyez à côté. – Pourtant c’est bien ici le n° 17? Le portier s’appelle bien Pipelet? reprend la voix. – Oui, que je dis, je m’appelle bien Pipelet. – Eh bien: Pipelet mon ami, je viens vous demander une mèche de vos cheveux pour Cabrion; c’est son idée, il y tient, il en veut.»

M. Pipelet regarda Rodolphe en secouant la tête et en se croisant les bras dans une attitude sculpturale.

– Vous comprenez, monsieur? C’est à moi, son ennemi mortel, à moi qu’il avait abreuvé d’outrages, qu’il venait impudemment demander une mèche de mes cheveux, une faveur que les dames refusent même quelquefois à leur bien-aimé!

– Encore si ce Cabrion avait été bon locataire comme M. Germain! reprit Rodolphe avec un sang-froid imperturbable.

– Eût-il été bon locataire, je ne lui aurais pas davantage accordé cette mèche, dit majestueusement l’homme au chapeau tromblon; ce n’est ni dans mes principes ni dans mes habitudes; mais je me serais fait un devoir, une loi, de la lui refuser poliment.

– Ce n’est pas tout, reprit la portière; figurez-vous, monsieur, que depuis ce jour-là, le matin, le soir, la nuit, à toute heure, cet affreux Cabrion avait déchaîné une nuée de rapins qui venaient ici l’un après l’autre demander à Alfred une mèche de ses cheveux, toujours pour Cabrion!

– Et vous pensez si j’ai cédé! dit M. Pipelet d’un air déterminé, on m’aurait plutôt traîné à l’échafaud, monsieur! Après trois ou quatre mois d’opiniâtreté de leur part, de résistance de la mienne, mon énergie a triomphé de l’acharnement de ces misérables. Ils ont vu qu’ils s’attaquaient à une barre de fer, et ils ont été bien forcés de renoncer à leurs insolentes prétentions. Mais c’est égal, monsieur, j’ai été frappé là. (Alfred porta la main à son cœur.) J’aurais eu commis des crimes affreux que je n’aurais pas eu un sommeil plus bourrelé. À chaque instant je me réveillais en sursaut, croyant entendre la voix de ce damné Cabrion. Je me défiais de tout le monde: dans chacun je supposais un ennemi; je perdais mon aménité. Je ne pouvais voir une figure étrangère se présenter au carreau de la loge sans frémir en pensant que c’était peut-être quelqu’un de la bande à Cabrion. Et même encore maintenant, monsieur, je suis soupçonneux, renfrogné, sombre, épilogueur comme un malfaiteur… je crains d’épanouir mon âme à la moindre nouvelle connaissance, de peur d’y voir surgir quelques-uns de la bande à Cabrion; je n’ai de goût à rien.

Ici Mme Pipelet porta son index à son œil gauche, comme pour essuyer une larme, et fit un signe de tête affirmatif.

Alfred continua d’un ton de plus en plus lamentable:

– Enfin je me recroqueville sur moi-même, et c’est ainsi que je vois couler le fleuve de la vie. Avais-je tort, monsieur de vous dire que cet infernal Cabrion avait empoisonné mon existence?

Et M. Pipelet, poussant un profond soupir, inclina son chapeau tromblon sous le poids de cette immense infortune.

– Je conçois maintenant que vous n’aimiez pas les peintres, dit Rodolphe; mais du moins ce M. Germain dont vous parlez vous a dédommagé de M. Cabrion!

– Oh! oui, monsieur; voilà un bon et digne jeune homme, franc comme l’or, serviable et pas fier, et gai, mais d’une bonne gaieté qui ne faisait de mal à personne, au lieu d’être insolent et goguenard comme ce Cabrion que Dieu confonde!

– Allons, calmez-vous, mon cher monsieur Pipelet, ne prononcez pas ce nom-là. Et maintenant quel est le propriétaire assez heureux pour posséder M. Germain, cette perle des locataires?

– Ni vu ni connu… personne ne sait ni ne saura où demeure à cette heure M. Germain. Quand je dis personne… excepté Mlle Rigolette.

– Et qu’est-ce que Mlle Rigolette? demanda Rodolphe.

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